Accusés d'avoir employé un Kosovar 5 fr. de l'heure, 7/7 durant 16 mois

JusticeUn agriculteur neuchâtelois et son fils sont jugés pour usure. Ils nient avoir engagé qui que ce soit pour traire leurs 180 vaches et gérer leur domaine de 50 hectares.

Le procès des deux hommes s'est tenu ce lundi devant le tribunal de La Chaux-de-Fonds (NE). Ils encourent des peines de 23 et 19 mois de prison avec sursis.

Le procès des deux hommes s'est tenu ce lundi devant le tribunal de La Chaux-de-Fonds (NE). Ils encourent des peines de 23 et 19 mois de prison avec sursis. Image: Google Street View

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«Avoir été contraint de travailler 98 heures par semaine, sept jours sur sept, qui plus est sans s’être vu octroyer le moindre congé, cela s’appelle de l’esclavagisme moderne.» La procureure Sarah Weingart a requis des peines de 23 et 19 mois de prison (assorties de peines pécuniaires de 3900 et 2900 fr.) à l’encontre de deux agriculteurs – un quinquagénaire et son fils – des Montagnes neuchâteloises, ce lundi devant le tribunal de La Chaux-de-Fonds. Pour avoir littéralement exploité Ilir*, un Kosovar en séjour illégal, aujourd’hui âgé de 42 ans. Payé selon ses dires quelque 2000 fr. par mois en plus du gîte et du couvert, soit 5 fr. de l’heure, et ce durant seize mois. «Le plaignant se trouvait objectivement dans une situation de détresse: il n’avait d’autre choix que de travailler pour eux», lance la magistrate aux deux coprévenus.

La représentante du Parquet les accuse d’avoir «menti effrontément» tout au long de l’enquête pénale, en faisant preuve d’une «mauvaise foi crasse». Les deux hommes ont en effet nié depuis leur interpellation avoir engagé le clandestin au noir, ni un quelconque autre employé agricole. Et ce malgré la taille du domaine – 50 hectares – et leurs 180 têtes de bétail à traire matin et soir. «Il faut être bien organisé, mais c’est faisable», a répondu le fils aux questions posées par la juge unique Muriel Barrelet. Depuis sa reprise du domaine en 2015, le jeune Neuchâtelois dit assumer seul l’entier des tâches «manuelles», à l’instar de son père avant lui. Ce dernier – devenu veuf et fatigué – ne s’occuperait plus que de l’administration et d’effectuer quelques achats. Le quinquagénaire admet cependant avoir rencontré Ilir dans un restaurant notoirement connu pour le recrutement de travailleurs en situation illégale… «Il disait qu’il était à la rue, alors je l’ai pris à la maison. Comme j’étais tout seul et que j’avais une sciatique, ça me faisait de la compagnie, et une bonne action», a déclaré l’accusé. Tout en affirmant n’avoir «hébergé» le Kosovar que durant une semaine: «Il n’avait pas prévu de rester beaucoup plus longtemps, me disant vouloir retrouver sa compagne et ses enfants restés au pays.»

Seulement voilà: vendredi 31 mars 2017, vers midi, l’«invité» se blesse gravement en tombant dans l’ouverture d’une trappe donnant sur la grange, et dont le couvercle devait rester entrouvert à des fins d’aération. Une chute de 2,13 m qui finit par un atterrissage sur le dos au milieu d’une dalle en béton. Bilan: une névralgie et de multiples fractures à la colonne vertébrale, dont deux vertèbres fracturées, entraînant une incapacité de travail depuis les faits.

Les deux agriculteurs doivent également répondre d’omission de prêter secours pour avoir refusé de conduire le blessé à l’hôpital. Le plaignant assure que le père l’a menacé de le licencier s’il téléphonait lui-même aux Urgences. Des propos qui auraient été réitérés alors que le Kosovar se trouvait sur son lit d’hôpital – ce dernier ayant finalement fait appel à des parents éloignés établis en Suisse.

Les mêmes intimidations lui ont été signifiées pour, cette fois, le convaincre de mentir à la police, en prétendant s’être blessé en tombant de la table de la cuisine, et n’avoir été hébergé que depuis quelques jours. Une version qui sera rapidement contredite par des témoins, et par des selfies devant la ferme extraits du smartphone d’Ilir, datés de juin et décembre 2016.

La défense a plaidé l’acquittement au bénéfice du doute. La procureure Weingart a pour sa part renoncé à poursuivre le clandestin pour infraction à la loi sur les étrangers, estimant que l’homme avait été «suffisamment puni» durant son séjour dans les Montagnes neuchâteloises.

Verdict le mois prochain.

* Prénom d’emprunt

Créé: 08.07.2019, 22h33

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