À pied, ils traversent les Alpes jusqu’à la mer

RécitDeux élus de l’arc lémanique se sont lancés cet été sur le mythique GR5. Une randonnée en solo qu’ils racontent.

Benoît Genecand et Olivier Français se sont lancés sur la route des alpes jusqu'à la Méditerranée.

Benoît Genecand et Olivier Français se sont lancés sur la route des alpes jusqu'à la Méditerranée.

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Ils ne savaient rien de leurs plans respectifs. Et pourtant ils se sont suivis à quelques jours d’intervalle sur les sentiers alpins. Olivier Français et Benoît Genecand ont parcouru le GR5, ce chemin qui relie les bords du Léman à la côte méditerranéenne. Pour Olivier Français, c’est un rêve qu’il caressait depuis quinze ans. Pour Benoît Genecand, c’est la répétition d’un périple qu’il avait effectué il y a douze ans. Le premier est conseiller aux États vaudois; le second, conseiller national genevois. Tous deux sont PLR.

Une traversée qu’ils ont effectuée en solo. «Je devais partir avec un ami, mais pour des raisons de santé il n’a pu m’accompagner que le premier jour, raconte Olivier Français. J’ai toujours fait du sport en montagne et gravi des sommets. J’ai aussi parcouru à vélo des cols alpins mythiques, mais je voulais voir ce qu’il y avait derrière, à la vitesse du marcheur. Les Alpes gardent une part d’inconnu.»

Benoît Genecand, lui, est un habitué des randonnées à pied. «Je marche souvent seul. Il y a un côté méditatif, mais sans l’aspect spirituel. J’ai déjà effectué des marches de plusieurs jours dans l’arc jurassien. Et avant de siéger au Conseil national j’ai rallié Berne depuis Genève à pied.»

Alors qu’ils s’apprêtent tous deux à remettre leur costard-cravate d’élu du peuple – la rentrée politique a lieu lundi – les deux marcheurs témoignent de leur expérience estivale.


«J’ai une aventure avec les Alpes»

Olivier Français (PLR/VD) pose devant le lac Miroir, situé à 2215 m d’altitude au-dessus de Ceillac (F).

«Si mon physique le permet, je continue.» Au moment de partir de Saint-Gingolph (VS), Olivier Français avait le ventre serré. Et pourtant l’endurance, il connaît. Lui qui dit «avoir une aventure avec les Alpes» a déjà effectué à plusieurs reprises la Patrouille des Glaciers et gravi plusieurs 4000. Au final, son corps ne l’aura pas lâché. Mieux: il ira jusqu’à doubler les distances parcourues sur les dernières étapes. «Plus tu avances et plus tu te sens bien.»

De ce périple de trois semaines, il garde une foule de souvenirs. «Le GR5 est une route mythique, et pourtant je n’ai pas croisé beaucoup de monde. Toutefois, en partant seul, vous faites évidemment des rencontres.» Comme ce couple de Genevois qui lui donne une crème miracle, alors qu’il a un problème musculaire à la cuisse. «Il y a des paysages merveilleux. J’ai vu un vol d’une trentaine de vautours. Un soir, ce sont une quinzaine de cerfs qui se baladaient devant moi.»

Dans son sac, le sénateur est équipé pour toutes les saisons. «J’avais un équipement de pluie complet, qui m’a bien servi.» Il y a aussi de la nourriture de survie pour deux jours et de l’eau. Jusqu’à 3 litres lorsqu’il traversait des régions plus sèches et moins habitées. «Si c’était à refaire, je prendrais encore une toile de tente étanche. En revanche, il est essentiel d’avoir de bonnes chaussures. À la fin, les miennes étaient mortes.»

Entre les étapes, le Vaudois redescend souvent dans les vallées pour dormir à l’hôtel ou dans des bed and breakfast. «Un bon lit et une douche, ce n’est pas négligeable quand vous marchez durant des journées entières.»

A-t-il été ému de voir la mer après presque trois semaines dans les montagnes? «Quand on la voit la première fois, elle paraît proche, on pense qu’il n’y a plus que deux ou trois vallées à parcourir, mais c’est bien plus!» Arrivé à Nice, il n’hésitera pas à se plonger dans la grande bleue, avant de reprendre l’avion le soir même.

«C’était un privilège de partir durant trois semaines, confie-t-il. C’est la première fois que ça m’arrivait. Ça m’a libéré. On pense qu’on va souffrir et au final cette fatigue physique vous repose l’esprit.» Après plusieurs jours sans parler, le retour à la réalité n’est pas facile. «Il faut un peu de temps pour redescendre de son nuage et se remettre dans le circuit. Il y a aussi le contrecoup du corps, qui a été mis à rude épreuve.» Et Olivier Français de conclure: «Il ne faut pas voir ce périple comme un exploit, c’est avant tout une démarche de plaisir.»



«Je ne me suis perdu qu’une fois»

Benoît Genecand (PLR/GE) arrive au sommet du col de la Crousette, dans le Mercantour (F).

«Le chemin étant bien indiqué, je suis parti sans carte. Et je ne me suis perdu qu’une fois.» Le GR5, Benoît Genecand le connaît. En 2006, il avait déjà marché seul de Saint-Gingolph à Menton. «Les circonstances étaient différentes. Je venais de perdre mon père et j’allais bientôt quitter mon employeur, UBS. La solitude avait fait aussi sortir des pensées sombres.»

Rien de tel cette fois. «Je suis passé d’un bad trip à un good trip». Avoir uniquement une activité physique, voilà qui sort du quotidien pour une personne habituée aux bureaux. «Marcher, ça me permet de réfléchir et de clarifier les idées.» De ce périple, il garde l’image de vallées perdues, où le printemps joue les prolongations. «Il y avait encore de la neige. La nature avait des couleurs incroyables.»

Près de la frontière italienne, il décrit des zones qui se dépeuplent. «Ça se ressent sur le paysage et sur les gens. Ils ont des problèmes pratiques. Ils se demandent comment garder les écoles pour les petits.» La première partie du parcours, il la parcourt solo. «Mais quand on est seul, les rencontres se font facilement.» D’autant que les montagnards aiment parler. «Je garde notamment le souvenir d’un paysan qui avait construit seul une machine pour faire des bottes de paille. Ou alors de Timothée et Benoît, deux jeunes novices jésuites rencontrés près du Mont Thabor.» Sur la seconde moitié du parcours, il marche quelques jours avec une Suédoise. «Elle était patronne d’une banque, comme moi à l’époque. Décidément, il n’y a pas de hasard», rigole-t-il. D’hôtel en chambre d’hôte, en passant par des refuges, le Genevois trimballe son sac. «L’important, c’est d’avoir une très bonne trousse de secours. Physiquement, je me demandais si mes genoux supporteraient l’effort.» Parfois, il accompagne sa marche avec la musique de Pink Floyd, celle des années 1970, qu’il n’avait plus écoutée depuis trois décennies.

A-t-il été ému de voir la Méditerranée? «Oui, mais j’ai surtout été ébloui par la beauté de l’arrière-pays niçois. Je craignais un peu l’arrivée sur la ville, mais les couleurs étaient magnifiques.»

Arrivé au bout de son périple, il descend à l’Hôtel 64, son année de naissance. «Je me suis baigné dans la mer, mais je me suis davantage promené dans les rues de la vieille ville que sur la promenade des Anglais. J’ai découvert Nice.» Le lendemain, il prend un vol pour Genève. Pas anodin pour celui qui n’était plus monté dans un avion depuis 2006 par conviction.



(TDG)

Créé: 11.08.2018, 10h14

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