À Berne, le destin maudit des procureurs

JusticeMichael Lauber joue son avenir à la tête du Ministère public de la Confédération. Ses prédécesseurs ont connu des fins de parcours ratées.

Michael Lauber a été élu procureur général de la Confédération en 2011.

Michael Lauber a été élu procureur général de la Confédération en 2011. Image: Keystone

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Les heures qui viennent sont cruciales pour Michael Lauber. C’est ce mercredi que la Commission judiciaire (CJ) du parlement doit statuer sur l’avenir du procureur général de la Confédération.

La CJ a trois options: recommander au plénum de réélire le Soleurois en juin pour un nouveau mandat de quatre ans à la tête du Ministère public de la Confédération (MPC). Ne pas le recommander, ce qui constituerait un désaveu cinglant. Ou alors reporter l’élection. Une stratégie qui permettrait de gagner du temps et de voter en connaissant les conclusions de l’enquête disciplinaire menée par l’Autorité de surveillance du MPC, qui s’intéresse à sa gestion des enquêtes autour de la corruption présumée au sein de la FIFA.

Mardi en fin de journée, les Commissions de gestion du parlement qui se sont penchées durant deux jours sur l’affaire ont livré leurs propositions à l’intention de la CJ. Elles ne se prononcent pas. La balle est dans le camp de la Commission judiciaire. Michael Lauber parviendra-t-il à se maintenir ou connaîtra-t-il à son tour la malédiction qui entoure la fonction de procureur de la Confédération? Ses deux prédécesseurs, eux, avaient fini par mordre la poussière, emportés par les polémiques.


Les trois procureurs de la Confédération en difficulté face aux politiques

Roschacher, l’ennemi de Blocher

Nommé par Ruth Metzler en 2000 en remplacement de Carla Del Ponte, Valentin Roschacher accède à la tête d’un Ministère public de la Confédération (MPC) dont les pouvoirs viennent d’être accrus. Mais le prestige se transforme peu à peu en cauchemar. Six ans plus tard, il finit par démissionner après avoir subi un flot de critiques sur sa gestion des dossiers. En fin de carrière, le patron du Ministère public était plus isolé que jamais. Ses collaborateurs, le Tribunal fédéral, les parlementaires et surtout le nouveau chef du Département fédéral de justice et police, Christoph Blocher, ne lui faisaient plus du tout confiance. Son inimitié avec le tribun zurichois a sans doute pesé lourd sur sa décision de partir. Christoph Blocher avait en effet maintes fois critiqué la faible efficacité du Ministère public, en rapport aux moyens alloués. Un conflit de personnes qui a même porté un nom: «l’affaire Blocher-Roschacher». Mais l’hypothèse d’un complot mené par l’ex-conseiller fédéral pour affaiblir ou destituer le procureur n’a jamais été confirmée. Valentin Roschacher se fait désormais un nom dans la peinture.

Beyeler, la non-élection surprise

Alors qu’il aurait dû devenir le premier procureur élu par le parlement, Erwin Beyeler restera dans l’histoire comme le seul à ce jour à ne pas avoir été reconduit. Que lui reprochait donc le parlement en 2011, lorsqu’il lui a montré la porte? En gros de ne pas avoir l’étoffe pour le poste. Le MPC venait d’obtenir un nouveau statut, celui d’autorité indépendante alors qu’il était auparavant rattaché au Département de justice et police. Directeur d’office, Erwin Beyeler devenait – du point de vue institutionnel – un alter ego du Conseil fédéral, du Tribunal fédéral et du parlement. Et à cette aune, le choix fait en 2006 par Christoph Blocher ne correspondait plus aux attentes. Reste que pour ne pas fragiliser l’institution, la Commission judiciaire avait recommandé de réélire Erwin Beyeler. Mais la mauvaise humeur du parlement aura dépassé les attentes et bouleversé le scénario, le procureur manquant sa réélection de cinq voix. Ce jour-là, plusieurs élus étaient eux-mêmes surpris par l’issue du vote.

Lauber, le péché par arrogance

Élu en 2011 à la tête du Ministère public de la Confédération, Michael Lauber était l’homme qui devait incarner le renouveau de l’institution. Si son étoile pâlit aujourd’hui, c’est en raison de ses méthodes.

Au cœur de la polémique, trois rencontres secrètes et non protocolées qu’il a tenues avec le patron de la FIFA. La troisième étant celle qui cristallise les tensions, puisque le Soleurois dit ne plus s’en souvenir. Dimanche, la «NZZ am Sonntag» révélait que d’autres rencontres dans le cadre du scandale Petrobras n’avaient pas non plus été codifiées.

Ce n’est pas la première tempête que Michael Lauber doit affronter. Déjà critiqué pour avoir licencié plusieurs collaborateurs, il avait été accusé en 2016 de faux témoignage. Une plainte prise suffisamment au sérieux pour que l’Autorité de surveillance du Ministère public décide d’ouvrir une enquête, avant de classer l’affaire.

Créé: 14.05.2019, 18h24

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