Zurich tient au français et à l’anglais en primaire

VotationLe canton rejette l’initiative sur l’enseignement des langues étrangères à plus de 60%.

Dans le canton de Zurich, les cours de français débutent en 5e, ceux d'anglais en 2e. (Image d'illustration)

Dans le canton de Zurich, les cours de français débutent en 5e, ceux d'anglais en 2e. (Image d'illustration) Image: Keystone

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Les écoliers zurichois continueront d’apprendre deux langues étrangères, l’anglais et le français, avant d’entrer au secondaire. Les citoyens du canton ont largement rejeté l’initiative pour «Davantage de qualité – une langue étrangère à l’école primaire»: ils ont été 60,8% à glisser un non dans l’urne. La défaite est sévère pour les syndicats d’enseignants à l’origine de ce texte soutenu par l’UDC, le Parti évangélique et l’UDF.

«C’est une grosse déception, lâche Kurt Willi, président du comité d’initiative. Malheureusement, les professionnels n’ont pas été écoutés.» Selon les initiants, l’apprentissage précoce de deux langues étrangères surcharge les écoliers, qui finissent par perdre leur motivation. En repoussant les cours d’un idiome au secondaire, et en intensifiant à ce moment-là le nombre de périodes, le niveau des élèves – qui n’est pas satisfaisant aujourd’hui – s’améliorera, plaident-ils. L’initiative ne fixait pas la langue dont l’apprentissage devait être retardé. «Les Zurichois ont sûrement eu peur que ce soit l’anglais qui passe à la trappe», analyse Kurt Willy, dont le comité ne cachait pas sa préférence pour le français.

La ministre de l’Education de Zurich, Silvia Steiner avaient déclaré qu’en cas de oui dimanche, ce serait la langue de Shakespeare qui serait repoussée. Elle avait aussi attiré l’attention sur le chaos que provoquerait le report d’une langue dans le programme scolaire.

Devant les médias, la conseillère d’Etat PDC s’est réjouie du résultat sorti des urnes dimanche. L’issue du scrutin revêtait une importance particulière pour celle qui est également présidente de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique. Pour elle, le net rejet de l’initiative est un signal clair lancé en faveur de la cohésion nationale et de la stratégie actuelle des langues. «La Suisse est un pays plurilingue. Nous devons en être fiers.»

Trois fois oui

A trois reprises déjà les Zurichois ont eu à se prononcer sur la question de l’enseignement des langues. Ils ont à chaque fois adoubé le système actuel. En 2006, ils ont rejeté à 58,5% une initiative cantonale plaidant pour la suppression du français en primaire. La même année, ils ont accepté les nouveaux articles constitutionnels sur la formation. Puis, en 2008, ont voté le concordat HarmoS, qui entérine le compromis des langues conclu par les cantons en 2004. Celui-ci prévoit que deux langues étrangères doivent être enseignées au niveau primaire, dont une langue nationale. Vingt-trois cantons l’appliquent aujourd’hui.

Mais la contestation gronde ailleurs en Suisse alémanique. Le Parlement thurgovien pourrait confirmer en juin sur une suppression de la langue de Molière en primaire. En septembre, ce sera au tour des Lucernois de voter sur une initiative issue des milieux enseignants. A Bâle-Campagne et dans les Grisons, l’enseignement précoce de deux idiomes est aussi contesté. Le conseiller fédéral Alain Berset a réagi l’été dernier en mettant en consultation un projet de loi. Celui-ci aurait obligé les cantons récalcitrants à rentrer dans le rang. Le projet a été gelé en décembre dernier, mais le ministre de l’Education a averti qu’il pourrait relancer la procédure en cas d’entorse au compromis des langues.

«Je suis soulagé. On ne peut que dire merci aux Zurichois d’avoir été clairvoyants sur cette question qui concerne l’ensemble du pays, sa cohésion, et qui, faut-il le rappeler, n’est pas remis en cause en Suisse romande», commente le conseiller national valaisan Mathias Reynard. Très investi dans le débat, l’élu socialiste estime que la stratégie mise en place par les défenseurs de l’enseignement précoce d’une langue nationale en primaire a porté ses fruits. «Il faut maintenir la pression, comme le fait le Conseil fédéral, rappeler les règles, ce que prévoit la Constitution.» (TDG)

Créé: 21.05.2017, 19h36

Commentaire

Et si l’anglais avait sauvé le français?

La victoire est éclatante pour les défenseurs du compromis des langues. Zurich a rejeté avec vigueur l’initiative «Davantage de qualité – une langue étrangère à l’école primaire». Le résultat est encore plus net que celui sorti des urnes il y a 11 ans sur le même thème.

Cette victoire est aussi symbolique, car c’est dans le canton de Zurich que se sont écrit les prémices de la «guerre des langues», lorsque, au tournant du siècle, le conseiller d’Etat Ernst Buschor décidait que les petits Zurichois se frotteraient à Shakespeare avant Molière.

Zurich envoie donc un signal clair aux autres cantons alémaniques où gronde la contestation. Le maintien de l’enseignement du français à un stade précoce est essentiel, même si, outre-Sarine, l’anglais est perçu comme plus facile et plus utile.

Mais à cette heure, il serait hâtif de lire dans le non de dimanche un soutien sans faille au plurilinguisme helvétique et un attachement au Frühfranzösisch. Pas sûr, en effet, que l’argument de la cohésion nationale ait véritablement porté. Et rien n’indique que les Zurichois soient satisfaits du niveau de français de leurs enfants.

Plus simplement, c’est peut-être la peur de voir l’anglais repoussé au secondaire qui a fait pencher la balance si nettement. On peut l’imaginer. En prenant position contre l’initiative, c’est en tout cas cette dernière crainte qu’a mise en avant le PLR.

Le rejet de l’initiative ne doit en tout cas pas empêcher de repenser le système actuel, qui mérite d’être amélioré.
Gabriel Sassoon

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