«Un monstre!» Le ministère public n’a pas eu peur des mots

Tribunal criminel d’YverdonAccusé de l’assassinat d’une octogénaire, à Orbe, en 2013, le prévenu admet les faits.

Le prévenu, mercredi matin, à?son arrivée au Tribunal criminel du Nord vaudois.

Le prévenu, mercredi matin, à?son arrivée au Tribunal criminel du Nord vaudois. Image: OLIVIER ALLENSPACH

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«Un monstre.» Le ministère public n’a pas eu peur des mots en décrivant Yves*, 31 ans. Ce dernier répondait mercredi devant le Tribunal criminel d’Yverdon de l’assassinat d’une octogénaire chez elle, à Orbe, en novembre 2013.

Physique de basketteur, calme imperturbable, ce métis alcoolique avec un penchant pour l’injure et les menaces de mort ne nie pas sa responsabilité dans la mort de Sophie* dans des circonstances particulièrement violentes.

Difficile toutefois de savoir ce qui s’est passé exactement ce jour-là dans l’immeuble d’un quartier populaire d’Orbe où son père l’hébergeait depuis une dizaine de jours à peine. Mercredi, la version des faits du prévenu divergeait sur plusieurs points de celle du Ministère public, de celle des enquêteurs et de celle donnée lors de ses auditions.

Une certitude: c’est pour laver un affront fait à son père qu’il s’est mis en tête de chercher une voisine dont la fille avait déversé du ketchup sur sa porte palière. «J’étais touché par ce que mon père m’avait raconté, témoigne Yves. Je voulais discuter avec la mère de l’adolescente pour comprendre pourquoi elle avait fait ça.»

Selon lui, c’est vers 18 h qu’il aurait entamé sa quête. Auparavant, il avait bu quatre bières, presque vidé une bouteille de rhum achetée le matin même et fumé un joint.

Selon l’enquête et les témoignages des locataires, il aurait commencé bien plus tôt dans la journée à sonner et à frapper aux portes de l’immeuble dans l’espoir d’y trouver sa cible. D’après les voisins, Yves se serait montré agressif, insultant et menaçant envers eux.

Invité à dîner
C’est aux alentours de 18 h 30 qu’Yves tombe sur Sophie. «Je n’ai pas sonné. Elle se tenait devant sa porte, avance-t-il. Elle m’a fait signe de rentrer. Elle était tellement chaleureuse que je me suis dit qu’elle était gentille.»

Un scénario qui étonne le président, Stéphane Parrone. «Vous savez qu’on dit que c’était une personne méfiante?» – «Peut-être qu’elle m’a confondu avec quelqu’un du CMS, dit sans se démonter le prévenu. Je ne sais pas, mais je me suis dit qu’elle ne devait pas avoir beaucoup de visites, j’ai décidé de rester pour lui tenir compagnie.»

La future victime installe alors Yves à table et lui demande s’il veut manger. «Elle m’a ramené un gratin de pommes de terre, un couteau, une fourchette, une cuillère. Et voilà, j’ai mangé.»

C’est alors que, selon l’accusation, l’octogénaire, souffrant d’hallucinations, commet un impair fatal: elle s’adresse au prévenu en l’appelant son petit-fils. «J’ai trouvé ça bizarre. Je me suis dit que peut-être elle était ma grand-mère cachée.»

Que s’est-il passé après? Selon l’acte d’accusation, Yves se serait mis dans une colère noire. Du haut de ses 1,93 m pour 100 kg, il se jette sur la frêle vieille dame, 1,51 m pour 54 kg, en la frappant violemment au visage avec des ustensiles pris dans un tiroir: fourchette à fondue, couteau de cuisine et un ouvre-bocal. La fourchette à fondue sera retrouvée plus tard pliée à angle droit sous la force des coups.

Le calvaire de Sophie n’est pas terminé: Yves s’empare ensuite d’un coussin pour l’étouffer pendant deux longues minutes.

Selon l’accusé, il serait accidentellement tombé sur Sophie. «Elle a dû avoir mal et elle a commencé à crier. J’ai pris le coussin du canapé sur lequel elle était tombée et l’ai appliqué sur son visage pendant près de trente secondes pour la faire taire. Je voulais qu’elle s’évanouisse.»

A la suite de quoi il se serait déchaîné sur elle avec les ustensiles de cuisine. «J’ai été pris de panique et j’ai perdu le contrôle.» Mais, avant de quitter les lieux, Yves dit s’être assuré qu’elle respirait encore. Et prend même le temps de caresser le chien de Sophie.

Cocktail explosif
Le procureur et l’avocat de la famille ne manquent pas de souligner le comportement pour le moins détaché d’Yves qui s’est ensuivi. Ce dernier aurait contacté un ami pour se procurer du cannabis et continué à chercher la voisine déclenchant un esclandre dans l’immeuble. Provoquant l’intervention de la police et son arrestation, au même moment que le corps inanimé de Sophie était découvert.

Pour Yves, l’homicide est la conséquence du cocktail explosif d’alcool et de cannabis conjugué à un état de manque aux antidépresseurs. «Mais je n’avais jamais l’intention de la tuer. J’étais à l’ouest, à l’ouest.»

Selon sa mère, citée comme témoin, c’est après la naissance des deux filles d’Yves, aujourd’hui âgée de 6 et 7 ans, que les problèmes de ce dernier avec l’alcool ont commencé. «Il était tellement malheureux car il ne pouvait pas aider sa famille. Il était sans travail.»

Inscrit au social, il traînait des poursuites pour plus de 20'000 francs. C’est ce sentiment d’échec qui ronge Yves et qui, dit-il, l’incite à trouver du réconfort dans la boisson. Sauf que lorsqu’il boit, il devient violent. «C’est toujours quand je bois que j’ai des problèmes.» Son casier judiciaire en témoigne. Extorsion, chantage, voies de fait, entre autres. Et même injure et menace à l’encontre de sa mère.

Aucun regret
Pour le procureur, le fait qu’Yves n’a jamais émis de regrets pour la mort de Sophie ne fait qu’aggraver son cas. Pour preuve supplémentaire de son absence de scrupules, il récite l’extrait d’un enregistrement d’une conversation entre le prévenu et sa mère: «La grand-mère de 81 ans, elle était au moins proche de la mort. Si j’avais tué un jeune de 20 ans, ç’aurait été pire.»

«Ce monsieur est un monstre, complètement déshumanisé», conclut le procureur. Il demande une peine privative de liberté à vie doublée d’une mesure d’internement. Il suit sur ce point la conclusion de l’expert-psychiatre, qui estime que «l’internement est la seule mesure envisageable pour prévenir efficacement la récidive» du meurtrier atteint de troubles de la personnalité.

Le verdict sera rendu la semaine prochaine.

* Prénoms fictifs (TDG)

Créé: 12.03.2015, 07h18

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