Toujours plus de femmes excisées vivent en Suisse

Mutilations génitalesUNICEF Suisse publie une nouvelle étude sur la problématique des mutilations génitales en Suisse, qui touche des milliers de femmes issues de l'immigration. Interview.

En Suisse, les jeunes filles et les femmes les plus touchées par les mutilations génitales viennent principalement de Somalie, d’Érythrée et d'Éthiopie.

En Suisse, les jeunes filles et les femmes les plus touchées par les mutilations génitales viennent principalement de Somalie, d’Érythrée et d'Éthiopie. Image: UNICEF Suisse

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Infibulation (rétrécissement de l’orifice vaginal par la création d’une fermeture), ablation du clitoris, des petites lèvres. Des termes qui renvoient à une douloureuse réalité. Dans le monde, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), recense 130 millions de femmes excisées. Une toutes les 15 secondes.

En tant que terre d'accueil de femmes en provenance de pays entretenant ces pratiques, la Suisse est aussi touchée. L'étude d'UNICEF Suisse menée durant les douze derniers mois, mentionne dans le pays 10'700 femmes et jeunes filles touchées ou menacées de mutilations génitales. Le point avec Elsbeth Müller, directrice d'UNICEF Suisse.

la Tribune de Genève: - Par rapport à la dernière étude menée par UNICEF Suisse en 2004, on remarque une augmentation conséquente du nombre de femmes qui ont subi des mutilations génitales, comment expliquez-vous cette hausse ?

Elsbeth Müller: Cette hausse découle du phénomène migratoire. La migration en Suisse de femmes en provenance de pays où se pratiquent régulièrement des mutilations génitales a augmenté, ce qui engendre une hausse du nombre de jeunes filles et femmes touchées ou menacées par l’excision.

Il est intéressant de constater que si plus de femmes sont touchées par les mutilations génitales, la pratique de l'infibulation a par contre diminué de 10%. Et ça c’est une bonne nouvelle. Par contre, l’ablation du clitoris a augmenté. On peut amener plusieurs explications à cette hausse. Premièrement, on constate que la formation dans le milieu médical a permis de mieux poser le diagnostique d’une clitoridectomie. Deuxièmement, l’ablation du clitoris qui est la pratique d'excision la moins douloureuse, est sans doute plus souvent choisie par les parents.

En Suisse, de quels pays proviennent les femmes touchées par les mutilations génitales ?

Ces femmes proviennent principalement de Somalie, d’Érythrée et d'Éthiopie. Ensuite, on trouve également des personnes en provenance du Soudan et d’Égypte.

Est-ce que vous avez connaissance de la pratique de mutilations génitales en Suisse ?

Beaucoup de femmes ont été mutilées dans leur pays d'origine et sont arrivées après en Suisse. Mais on nous a aussi signalé des cas de complications dues à des infibulations venant d’être réalisées. Par contre, on ignore si celles-ci se sont effectuées en Suisse, dans un autre pays européen - car on sait que le tourisme de l’excision existe, notamment en France, en Autriche ou encore au Royaume-Uni - ou dans le pays d’origine durant les vacances.

Mondialement, les mutilations génitales sont-elles plutôt en baisse ou en hausse ?

Mondialement, le nombre de jeunes filles devant subir une excision est en recul. Mais réduire la pratique de l'excision prend du temps, car c'est une question de changement de mentalités. C'est pourquoi, nous devons continuer à mener des campagnes de sensibilisation et de prévention. Et en Suisse entreprendre des discussions avec les personnes touchées.

Que peut-on faire en Suisse pour continuer à lutter contre l'excision ?

Dans la formation des médecins, du personnel soignant, des professionnels du social et des personnes travaillant dans le domaine de l’asile, il faut discuter systématiquement de ce thème. Et enseigner aux professionnels de ces secteurs la manière d'aborder ce sujet sensible avec les personnes concernées. Il faut aussi continuer à informer et encourager à dénoncer les cas de mutilations génitales.

Nous remarquons d'ailleurs dans cette étude que les professionnels du milieu médical, comme les gynécologues, les médecins ou les pédiatres, pensent à 97% en moyenne qu'ils ont le devoir de dénoncer, en cas de soupçon fondé de mutilations génitales (ndlr: dès le 1er juillet 2012, le code pénal suisse réprime les mutilations génitales). Seuls dans les parties francophones du Valais (80%) et de Fribourg (67%), ce sentiment de responsabilité est moins présent. C'est intriguant, mais pour l'instant nous ne pouvons pas expliquer ces différences.

Créé: 28.11.2012, 14h55

L'étude

UNICEF a interrogé 1350 personnes. Les questionnaires ont été distribués entre juillet et août de cette année.

Données-clés

Environ 320 personnes ont affirmé avoir déjà rencontré une jeune fille ou une femme victime d'excision ou d'infibulation. Un nombre en augmentation par rapport à l'étude menée en 2004.

Un tiers des gynécologues interrogés dans le cadre de l'étude (environ 40) ont affirmé avoir déjà dû réaliser une défibulation. Un nombre aussi en hausse par rapport à l'étude menée en 2004.

Elsbeth Müller, directrice d'UNICEF Suisse. (Image: UNICEF Suisse)

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