Tamoil se donne cinq ans pour démanteler sa raffinerie

Collombey-MurazAlors qu’elle l’annonçait pour début 2020, l’entreprise évoque la démolition de son usine «pour le second semestre».

Tamoil a suspendu ses activités de raffinage en 2015. L’entreprise s’était engagée à démanteler son usine en 2020.

Tamoil a suspendu ses activités de raffinage en 2015. L’entreprise s’était engagée à démanteler son usine en 2020. Image: KEYSTONE

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C’était en janvier 2015. Tamoil annonçait qu’elle suspendait ses activités de raffinage sur son site de Collombey (VS): 272 emplois, dans le Chablais valaisan, mais aussi à Genève, passaient à la trappe. En plein bras de fer syndical, le géant pétrolier s’engageait alors soit à trouver un repreneur, soit à reprendre ses activités ou à démanteler son usine d’ici au début de l’année 2020.

En février 2020, les Chablaisiens ne peuvent que constater que la raffinerie se dresse toujours de toute sa hauteur dans la zone industrielle collombeyroude. Mardi, les autorités communales, la Direction valaisanne de l’environnement et Tamoil ont convoqué une conférence de presse commune pour rassurer. «Le projet de démantèlement est maîtrisé, le délai est tenu», dixit Yannick Buttet, président (syndic) de Collombey-Muraz. Et Stéphane Trachsler, membre de la direction de Tamoil et porte-parole de l’entreprise, d’annoncer: «Les appels d’offres sont lancés; le démantèlement à proprement parler démarrera dans la seconde moitié de 2020.» Pas plus tard qu’en mai dernier, le groupe annonçait pourtant qu’il commencerait «les travaux de démantèlement de la raffinerie Tamoil SA à Collombey à partir du premier semestre 2020».

Pas d’espoir de revendre

Cette fois, tout espoir pour l’entreprise de revendre son bien en l’état est abandonné. «Nous avons reçu une cinquantaine d’offres, précise Stéphane Trachsler. Aucune n’a répondu aux critères que nous avions fixés: nous voulions un repreneur qui ait une vision à moyen terme pour la raffinerie, qui ait l’assise financière nécessaire et, surtout, nous voulions un exploitant et non un courtier.» Le contexte économique n’a pas joué en faveur de Tamoil. «Depuis 2009, une vingtaine de raffineries ont fermé en Europe en raison de la baisse de consommation d’hydrocarbures. En Suisse, elle diminue de 14% par an», illustre le porte-parole.

La possibilité d’une vente écartée, le scénario du démantèlement semble enfin entrer dans sa phase concrète. Celui-ci devrait durer cinq ans. Dans un premier temps, les 54 réservoirs, dont le volume total équivaut à la consommation annuelle du canton du Valais, seront démontés, une opération qui devrait prendre deux ans. De quoi laisser du temps au propriétaire pour trouver preneur pour les infrastructures du site de raffinage, constitué d’un millier d’unités distinctes. «Il s’agit d’un matériel de pointe qui a été entretenu depuis l’arrêt du raffinage», relève Stéphane Trachsler.

Parallèlement, Tamoil devra s’employer à dépolluer les terrains contaminés. Les 835 échantillons d’air et d'eau prélevés et les 159 forages effectués ont révélé que seuls 2% des 116 hectares du site sont pollués. Pour y remédier, le Service valaisan de l’environnement préconise l’injection d’air dans la nappe phréatique, qui contribuera à dégrader les matériaux polluants. «Différents tests ont été menés pour déterminer la méthode à privilégier, explique Yves Degoumois, responsable du Service sites pollués, déchets et sols. Celle-ci se révèle la plus efficace. Elle est relativement lente mais a le mérite d’être douce et peu coûteuse.» L’État laisse à Tamoil jusqu’en 2028 pour mener à bien ces opérations.

Du boulet à l’occasion

À l’heure de faire ses adieux à l’usine installée depuis 1963 sur sa commune, Yannick Buttet évoque des sentiments mitigés. «Sa fermeture a été vécue comme un traumatisme et elle laisse une cicatrice dans la région. Cinq ans après, cette raffinerie n’est plus un boulet, mais une fantastique occasion. Peu de communes bénéficient encore d’un terrain de 120hectares d’un seul tenant en zone industrielle. L’attractivité de Collombey, du Chablais et de toute la Suisse romande s’en trouve renforcée.»

Propriétaire des terrains, Tamoil réfléchit à leur avenir. Avec d’autant plus d'empressement que le maintien sous azote de son usine lui coûte la bagatelle de 600'000 francs par an. «Nous étudions aujourd’hui les possibilités d’un développement harmonieux du site, signale Stéphane Trachsler. Il est prématuré de dire quel type d’entreprise pourrait s’y installer.» Pour Yannick Buttet, l’implantation de logements n’est pas à l'ordre du jour. «Ou alors dans une mixité intelligente. La priorité est la création d’emplois.»

Créé: 18.02.2020, 18h49

En chiffres

116 hectares
La surface occupée par la raffinerie.

10 millions de francs
Le coût estimé (par un bureau indépendant) du démantèlement de l’usine. Tamoil estime que le budget sera inférieur. Il faudra 3,6 millions de plus pour la dépollution des terrains.

600'000 francs
Le montant annuel dépensé par Tamoil pour maintenir son usine en état depuis son arrêt en 2015.

30'000 tonnes
Le poids total d’acier qu’il s’agira d’évacuer.

90 km
La longueur cumulée des conduites qui serpentent sur le site, soit la distance séparant Collombey de Coppet par le nord du lac.

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Le groupe reste à Aigle

Tamoil démantèlera sa raffinerie mais ne quittera pas le Chablais pour autant. Du côté d’Aigle, les citernes et la gare de transit exploitées par le groupe sont toujours aussi actives depuis l’arrêt du raffinage de l’autre côté du Rhône.

«Quarante wagons-citernes y entrent encore quotidiennement et le carburant acheminé est expédié par camions en direction du Valais, de Lausanne et de Fribourg», explique Stéphane Trachsel.

Et le porte-parole et membre de la direction de Tamoil d’ironiser: «Le tout à la voiture électrique dans trois ans, nous n’y croyons pas encore. Raison pour laquelle Aigle restera un pôle important dans la distribution en Suisse romande à moyen terme, a priori pour une vingtaine d’années encore.»

En marge du site de la raffinerie de Collombey, Tamoil possède également un important lieu de stockage sur la même commune, traversé par la route menant de Collombey-le-Grand à Illarsaz.

Ces réservoirs ne sont pas concernés par le démantèlement et devraient également rester en fonction ces prochaines années. «Nos activités n’y sont pas visibles, puisque les citernes sont reliées directement au site d’Aigle par des conduites», précise Stéphane Trachsel.

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