Swisscom nous épie pour le compte du Conseil fédéral

CoronavirusBerne recourt au Big Data pour analyser le respect des contraintes liées au Covid-19. Malgré les gardes-fous, certains élus s'inquiètent.

Swisscom assure que les données seront entièrement anonymisées et agrégéea.

Swisscom assure que les données seront entièrement anonymisées et agrégéea. Image: Keystone

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La Confédération examinait depuis quelque temps la possibilité de recourir aux données de nos téléphones portables dans lutte contre la propagation du coronavirus. Son objectif est de déterminer si la population respecte les règles qu’elle a ordonnées, notablement l’interdiction de regroupements de plus de cinq personnes. Le projet s'est concrétisé: le ministre de la Santé, Alain Berset, vient de le confirmer, ce mercredi, en conférence de presse.

Plus tôt dans la journée, le site du «Temps» informait que les autorités fédérales ont fait appel à Swisscom pour mener à bien cette mission. Selon le quotidien, l’opérateur va identifier et relayer à Berne la présence de plus de 20 téléphones dans un espace d’une superficie 100 m2. Ces analyses ne porteront toutefois que sur le domaine public: ni les immeubles d’habitation ni les locaux d’entreprises ne sont concernés. Les données ne seront pas immédiatement communiquées à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), mais dans un délai de vingt-quatre heures environ.

«Pas de surveillance individuelle»

Théoriquement, ces informations pourraient permettre à la Confédération de disperser un rassemblement interdit qui aurait lieu plusieurs fois au même endroit. L’OFSP nous assure que «ce n’est pas prévu.»

Répondant aux inquiétudes d’un traçage de la population, Alain Berset s’est efforcé de livrer ce mercredi le même message rassurant que vendredi dernier: le but de l’opération n’est en aucun cas de mettre en place une «surveillance individuelle», mais d’observer si les mesures adoptées «pour limiter les mouvements de la population» sont suivies d’effets. Selon le conseiller Il ne s’agit pas de vérifier ce qui se passe en temps réel, mais d’avoir un «regard sur le passé». Jeudi, Daniel Koch, chef de la division maladies transmissibles à l’OFSP, avait également défendu le projet: «Nous allons analyser si, avec les données de téléphone portable, nous pouvons savoir si les gens se croisent de trop près. Mais c’est certain, nous n’allons pas utiliser ces données, comme ils le font en Asie, en recensant les personnes testées positives et ensuite annoncer ces personnes positives aux autres.»

Pas de quoi rassurer entièrement à Berne. Pour Lisa Mazzone (Verts/GE) «on met un doigt dans un dangereux engrenage en matière de surveillance.» Et la sénatrice d'ajouter: « il ne faudrait pas profiter de cette crise pour créer des précédents.» Sur son site internet, le préposé fédéral à la protection met en garde. «Si l'utilisation de technologie numérique pour la collecte et l'analyse des données sur les mobilités et de donnée de proximité est envisagée, elle doit s'avérer proportionnée à l'objectif de prévention de la contamination.»

Pour Christian Lüscher (PLR/GE), il faut faire une pesée des intérêts. «Il y a d'un côté l'intérêt public de nature sanitaire qui peut exiger qu'on contrôle des gens qui ne respectent pas les règles. C'est un peu comme les radars sur les autoroutes. De l'autre côté, le Conseil fédéral a déjà pris des mesures très incisives. La population joue le jeu. Il faut donc faire attention à ne pas en rajouter.»


Données anonymisées

Swisscom assure au Temps que seules quelques collaborateurs de l’OFSP ont accès aux données, «qui sont par ailleurs entièrement anonymisées et agrégées, à savoir qu’elles ne sont identifiables que comme valeur de groupe». L’opérateur garantit l’impossibilité de déterminer l’identité de personnes spécifiques, ni d’établir des profils de déplacement. Les informations «ne peuvent pas être utilisées à d’autres fins», ajoute-t-il, assurant par ailleurs que les dispositions de la loi sur la protection des données sont intégralement respectées.

Créé: 25.03.2020, 17h43

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