Rien n’arrête la polémique sur la poignée de main

ReligionLa pression s’accroît sur les autorités de Bâle-Campagne après qu'une exception a été accordée à deux élèves musulmans.

L'école secondaire de Therwil (BS) a provoqué un tremblement de terre en Suisse.

L'école secondaire de Therwil (BS) a provoqué un tremblement de terre en Suisse. Image: Image Google map

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«Le Canton doit prendre des mesures pour éviter et sanctionner ce genre de comportement contre les femmes, s’indigne Adil Koller, coprésident du PS de Bâle-Campagne. Je ne comprends pas pourquoi il n’a pas encore agi.»

La commune de Therwil est au cœur de la tempête depuis que la Schweiz am Sonntag a révélé une dispense inhabituelle accordée à deux élèves musulmans. Invoquant une pratique contraire à leurs convictions religieuses, les adolescents ont obtenu l’autorisation de ne plus serrer la main de leur enseignante. Dans l’établissement secondaire de Känelmatt, c’est ainsi que l’on salue ses professeurs au début et à la fin des cours («24 heures» de mardi).

La dérogation a soulevé un vent de réactions, quasi unanimes, pour condamner une mesure discriminatoire envers les femmes et portant atteinte aux valeurs suisses. Jusqu’au sommet de l’Etat: «Ce n’est pas ainsi que je conçois l’intégration», s’est exclamée la conseillère fédérale socialiste, Simonetta Sommaruga.

Directeur injoignable

Comment dissiper le malaise? Malgré le tollé, l’école de Therwil déclare qu’elle ne lèvera pas la dérogation, sauf indication contraire des autorités cantonales. Une position que la direction semble avoir de plus en plus de peine à assumer. Sous le feu des critiques, le directeur Jürg Lauener est aux abonnés absents, rapporte la Basler Zeitung, qui a tenté en vain de le joindre.

Le «compromis» conclu par son établissement date de la fin de l’année dernière. En novembre, deux frères âgés de 14 et 15 ans (lire ci-contre) demandent à être dispensés de donner la main à leur enseignante. L’islam, argumentent-ils, leur interdit de toucher une femme autre que leur épouse ou un membre de leur famille. Après négociation, l’école finit par accepter. Pour éviter une mesure discriminatoire envers le corps enseignant féminin, elle décide que les deux élèves ne serreront pas la main aux professeurs de sexe masculin non plus. Depuis, les élèves saluent oralement tous les enseignants.

Dans la cour de l’école secondaire de Therwil, commune de près de 10?000 habitants, leur demande trouve peu de soutien. Y compris parmi les élèves de confession musulmane, rapporte le Blick. «Même si cette règle existait vraiment dans l’islam, je ne m’y conformerais pas», répond un adolescent au quotidien. «Je trouve ça bête qu’ils ne soient pas obligés de serrer la main», ajoutent d’autres.

Interventions au parlement

Les yeux sont désormais rivés sur le Département de l’éducation de Bâle-Campagne, dont tout le monde attend qu’il torpille la dispense. La conseillère d’Etat Monica Gschwind (PLR) se veut rassurante: la dérogation de poignée de main n’est pas une «solution durable», affirme-t-elle. Reste que son département dit faire face à une équation difficile, obligé de concilier liberté religieuse, droit à l’éducation et égalité entre hommes et femmes. Confronté à un trou réglementaire, il a commandité une expertise juridique. Ses conclusions sont attendues «prochainement».

Mais les sections cantonales des partis s’impatientent. Le PDC a annoncé qu’il préparait une intervention au Grand Conseil. Quant à l’UDC, elle va déposer une motion visant à ancrer dans la loi l’interdiction d’exceptions pour les communautés religieuses.

Président de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’Ins­truction publique (CDIP), Christoph Eymann rappelle qu’il n’existe pas de recommandation supracantonale sur les dispenses à accorder ou pas. «Et nous ne pensons pas qu’il devrait y en avoir. C’est aux établissements scolaires de trouver une solution. En cas de doute, ils peuvent demander conseil aux cantons.» Si les membres de la CDIP critiquent tous la dispense de poignée de main, certains estiment que le bruit provoqué par cette affaire est exagéré, relaie Christoph Eymann. «C’est la première fois qu’un tel cas se présente.» (TDG)

Créé: 07.04.2016, 11h56

Fils d’un imam syrien

Le portrait des deux adolescents dispensés de devoir serrer la main d’enseignantes prend forme. Il s’agit de deux frères syriens âgés de 14 et 15 ans. Ils habitent en Suisse depuis plusieurs années.

Leur père, Ibrahim S., est imam à la mosquée du roi Fayçal à Bâle, où il dirige la prière du vendredi, indique «20 Minuten». Ce lieu de culte avait fait parler de lui en 2013 à la suite de prêches haineux contre les non-musulmans.

L’un des frères montrerait des signes inquiétants de radicalisation. Selon «20 Minuten», il a publié sur Facebook des vidéos de propagande de l’Etat islamique ou du prédicateur allemand controversé Pierre Vogel. Interrogé par le «Blick», un membre de la famille de la fratrie a décrit deux individus très religieux. «Ils n’ont pas le droit de toucher une femme en dehors d’un membre de leur famille immédiate, même pas leur cousine.»

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