«Republik» relève le défi d’un média affranchi de la pub

PresseLe site d’info zurichois est en ligne depuis dimanche. Rencontre avec une rédaction aux grandes ambitions.

Des membres de la rédaction de Republik, dont Nadja Schnetzler, au deuxième rang, Constantin Seibt en chemise blanche et Christof Moser tout à droite.

Des membres de la rédaction de Republik, dont Nadja Schnetzler, au deuxième rang, Constantin Seibt en chemise blanche et Christof Moser tout à droite. Image: Keystone

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Une «rébellion» médiatique est en cours dans un ancien hôtel de passe en brique rouge du quartier chaud de la Langstrasse, à Zurich. C’est du moins ainsi que le site d’information alémanique Republik voit sa mission. Vendredi après-midi, l’équipe d’une trentaine de collaborateurs (dont près de 20 journalistes) tourne à plein régime deux jours avant la mise ligne, dimanche. Des post-it parsèment les murs de chambres réaménagées en bureaux. Des membres de la rédaction défilent dans la salle de réunion doublée d’une cafétéria désordonnée pour aller fumer sur le balcon.

«Stressés? Je dirais plutôt que nous sommes excités», dit Nadja Schnetzler, cofondatrice. Il y a trois ans, la Biennoise s’alliait à deux journalistes vedettes alémaniques, Constantin Seibt et Christof Moser, pour réfléchir à une nouvelle forme de journal. Le fruit de leur réflexion figure dans le «manifeste» de Republik, qui se décrit comme un média indépendant, affranchi du diktat de la publicité et tributaire de ses abonnés comme seule source de revenus.

Dans la forme, il est organisé en coopérative: tout abonné acquiert une petite part de l’organisation et est ainsi considéré comme un «éditeur». Il doit être informé de l’évolution du magazine et être appelé à donner son avis. Le site estime ainsi être en mesure de produire une information de qualité nécessaire au fonctionnement démocratique.

Crowdfunding record

Le concept a eu un large écho. Au printemps dernier, Republikbattait le record suisse pour une campagne de financement participatif. En 35 jours, il récoltait 3,4 millions de francs de la part de plus de 13 000 nouveaux abonnés – ils sont aujourd’hui plus de 15 500 de tout le pays, de Suisse romande aussi. S’ajoutent à cette somme 3,5 millions de francs injectés par des donateurs et des mécènes, dont les frères Meili, riches héritiers qui se sont notamment engagés pour l’introduction d’un impôt fédéral sur les successions. Comment garantir les conflits d’intérêts? «Au sein de la coopérative, les investisseurs n’ont pas plus de droits que les abonnés et les fondateurs. Ils ne peuvent pas à eux seuls influencer les choix de la rédaction», explique Nadja Schnetzler. Le titre espère atteindre 25 000 abonnés d’ici trois à cinq ans afin de pouvoir commencer à rembourser les investissements et ne compter que sur ses lecteurs. Un abonnement annuel coûte 240 francs.

«L’accent sera mis sur la contextualisation et les analyses approfondies. Nous voulons informer le citoyen, lui donner les outils pour savoir comment se décider sur un sujet, voter ou améliorer sa vie de parent»

Republik réservera à ses abonnés un à trois articles par jour – en allemand – sur des thèmes politiques, économiques ou sociétaux. Une cellule d’investigation a été créée, mais ce n’est pas sa mission première que de sortir des scoops à profusion. «L’accent sera mis sur la contextualisation et les analyses approfondies. Nous voulons informer le citoyen, lui donner les outils pour savoir comment se décider sur un sujet, voter ou améliorer sa vie de parent», détaille Nadja Schnetzler.

Après avoir placé la barre très haut, le magazine sera-t-il à la hauteur? Dimanche, les abonnés ont eu un premier aperçu de ce qui les attend. Figurent sur le site un long portrait du patron de Facebook ainsi qu’une enquête sur le financement en Suisse des Tigres Tamouls. S’y trouve aussi un papier de Daniel Binswanger, transfuge de marque du magazine du Tages-Anzeiger. «Je trouvais important de relever ce défi, de voir si notre modèle peut marcher plutôt que celui adopté par les grands éditeurs qui répondent à la transition du secteur par des réductions d’effectifs et de coûts.» Dans sa première chronique, le journaliste s’en prend au populisme et à l’initiative No Billag.

«Pas un site de gauche»

Republik est-il orienté à gauche? Le site – dont une des cadres est ancienne vice-présidente du PS zurichois – ne veut pas de cette étiquette qui lui colle à la peau. «Nous sommes une équipe diverse, représentative de tous les bords politiques. Et si nous avons dans un premier temps suscité l’enthousiasme dans les milieux de gauche, il y a aussi parmi nos abonnés des UDC, défend Nadja Schnetzler. Par contre, nous allons combattre toute polarisation qui exclut des franges de la population.»

Republik n’est pas seul à tenter le pari d’un fonctionnement sans publicité. Le site romand Bon pour la tête s’y essaie depuis juin, après avoir levé 100 000 francs en un jour lors d’une opération de crowdfunding. Il ne communique pas pour l’heure le nombre de ses abonnés, mais rapporte un mois de décembre «très fructueux», six mois après son lancement. (TDG)

Créé: 14.01.2018, 21h44

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