Quand le travail sur appel touche le fond

Droits des travailleursL’Alliance contre la ségrégation sociale dénonce les contrats à zéro heure. Double peine pour les employés.

Une quarantaine de manifestants ont mené une action devant les locaux du SECO à Berne.

Une quarantaine de manifestants ont mené une action devant les locaux du SECO à Berne.

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«Le travail sur appel, ce n’est pas qu’un problème d’étudiants et de femmes au foyer. Avec la précarisation du travail, ce genre de contrat se généralise. On demande toujours plus de flexibilisation.» Aïcha Brugger est responsable de l’association pour la défense des chômeurs de Neuchâtel. Comme une quarantaine d’autres manifestants, elle a répondu à l’appel de l’Alliance contre la ségrégation sociale. Tous ont mené une action de protestation mercredi à Berne devant le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO).

Deux revendications ont été formulées. La première concerne le Code des obligations. Le collectif veut un nouvel article qui précise qu’un contrat de travail «contient obligatoirement une durée moyenne de travail.» La loi actuelle admet en effet des contrats à zéro heure de travail. «Par nécessité de nombreuses personnes sont amenées à prendre n’importe quel job, explique Alexandre Baljozovic de l’association de défense des chômeurs et chômeuses de Genève. Avec un travail sur appel, vous pouvez gagner de l’argent pendant certains mois, puis plus rien du tout. C’est une forme d’exclusion.» Et de dénoncer le transfert du risque de l’employeur vers l’employé, sans les bénéfices en contrepartie.

Mais ce n’est pas tout. Ces personnes peuvent très rapidement entrer dans un cercle vicieux. Le travail sur appel se heurte à certaines règles de l’assurance-chômage. En cas de diminution des revenus, ces personnes se voient refuser l’accès aux prestations sociales, ce qui augmente encore leur précarité. La seconde revendication du collectif est donc que le SECO assouplisse les critères d’admission à l’assurance-chômage pour mieux intégrer le cas des travailleurs sur appel.

Ces doléances auront toutefois du mal à passer. «Des propositions similaires ont été faites au Parlement pour modifier le Code des obligations, explique Boris Zürcher, chef de la Direction du travail. Elles ont toutes deux été rejetées. Le SECO ne peut rien entreprendre sans en avoir reçu la demande des politiques.» Et de botter également en touche concernant les ajustements dans l’assurance-chômage. «Nous prendrons connaissance de ces revendications et nous donnerons une réponse.»

Selon la dernière enquête suisse sur la population active, le travail sur appel concernait 187 000 personnes en 2015, soit 5% des travailleurs. Pour deux tiers d’entre eux, aucun minimum d’heures de travail n’était garanti. (TDG)

Créé: 29.03.2017, 17h12

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