Philipp Hildebrand cède à la pression et démissionne

Affaire Blocher-HildebrandSous le feu des critiques depuis plus d’une semaine, le président de la Banque nationale suisse abandonne ses fonctions avec effet immédiat. Il en va de la crédibilité de la BNS, selon lui. Son épouse s'excuse.

Le patron de la BNS a décidé de jeter l'éponge.

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Le président de la Banque nationale suisse (BNS) Philipp Hildebrand jette l’éponge. Il abandonne ses fonctions avec effet immédiat. Il a également indiqué qu’il abandonnait la vice-présidence du Conseil de stabilité financière (FSB). Il avait été nommé en novembre 2011 vice-président du FSB, une organisation de régulateurs et d’institutions chargée de réformer le système bancaire international.

Garantir la crédibilité de la BNS

Philipp Hildebrand a affirmé démissionner pour garantir la crédibilité de la Banque nationale suisse. Au vu des circonstances, «je n’aurais pas été en mesure de prendre les décisions importantes et courageuses» qu’imposent la fonction de président de la BNS.

Jeudi, Philipp Hildebrand excluait encore un retrait, mais il a entre-temps eu un «peu plus de temps pour réfléchir». Et de se dire étonné de la véhémence des attaques qui se sont poursuivies depuis.

«Je ne pense pas avoir réussi à lever entièrement les soupçons et je ne pense jamais y parvenir». «Je ne peux que donner ma parole. Je ne dispose d’aucune preuve définitive que la transaction mise en cause a été effectuée par ma femme sans que je le sache».

Philipp Hildebrand a affirmé avoir publié tous les documents en sa possession sur le site de la BNS. Mais il s’est refusé à spéculer sur les motifs de l’affaire. «Ce n’est pas ma tâche». Pour lui, l’essentiel est que la crédibilité de la BNS soit sauvegardée. Malgré les difficultés actuelles, je suis sûr que la Banque nationale va s’en sortir, a-t-il déclaré.

Il a défendu le bilan de l’institut national d’émission. La politique de la BNS a été couronnée de succès, puisqu’elle a réussi à garantir la stabilité et le bien-être de la Suisse à l’heure où toute l’Europe est secouée par la crise.

Dépôt de plainte pas exclue

Il entend passer désormais davantage de temps avec sa famille. «Nous avons vécu des jours très difficiles», a-t-il affirmé. Il va ensuite étudier la question d’éventuelles plaintes. «Je n’exclus rien pour l’heure»

C'est le vice-président Thomas Jordan qui reprend la présidence de la Banque nationale suisse ad intérim, a annoncé le patron de la BNS. Le futur président devra être nommé par le Conseil fédéral.

Mme Hildebrand s'excuse

Présentant ses excuses à propos de la transaction sur devises ayant entraîné la démission de Philipp Hildebrand de la présidence de la Banque nationale suisse (BNS), son épouse Kashya reconnaît une erreur d’appréciation. Celle-ci indique ne pas avoir réalisé que son achat de dollars susciterait un conflit d’intérêt.

«Je regrette profondément que mes actes aient pu remettre en question l’intégrité de mon mari», écrit lundi Mme Hildenbrand dans une brève prise de position. Elle exprime également de vifs regrets quant à son comportement dont elle n’a pas su prévoir les conséquences.

Exprimant son «plus grand respect pour la BNS en tant qu’institution et pour ce merveilleux pays», la galeriste zurichoise, ancienne négociante en devises, se dit très peinée des remous que son comportement a suscités. «Mon mari a échoué, parce que je n’ai pas réalisé que mon achat de dollars entraînerait un conflit d’intérêt.»

A noter que Christoph Blocher, à l'origine de l'affaire, s'expliquera lui aussi devant les médias dans une conférence de presse lundi à 17h15 à Berne. La Banque nationale suisse tiendra également une conférence à 18h.

Juste avant son audition en commission

L’annonce est tombée alors que la commission de l’économie du Conseil national devait auditionner M. Hildebrand, ainsi que le président du Conseil de banque Hansueli Raggenbass et la présidente de la Confédération Eveline Widmer-Schlumpf. Jeudi dernier, le président de la Banque nationale suisse avait pourtant affirmé qu’il ne démissionnerait pas et qu’il n’avait commis aucune erreur juridique.

Le conseiller financier d'Hildebrand parle

Peu avant la démission de Philipp Hildebrand, le conseiller financier du couple Hildebrand a rompu le silence. Selon ce dernier, Kashya Hildebrand lui a demandé le 15 août dans sa galerie à Zurich d’effectuer l’opération sur devises au coeur de l’affaire.

Dans le cadre de la discussion, «nous avons convenu, que j’effectue la transaction après mon retour à la banque, ce que j’ai fait le jour même», écrit le conseiller financier de la banque Sarasin dans une mise au point envoyée Peter Nobel, l’avocat de Philipp Hildebrand et dont l’ats a reçu lundi une copie. L’employé de la banque bâloise et sa cliente ont également prévu que Mme Hildebrand lui confirme l’ordre par courriel.

«L’e-mail en question m’est parvenu le même jour à 13h20», a ajouté le banquier, confirmant que les faits mentionnés correspondent à la vérité. Celui-ci n’a donc pas reçu mandat d’acheter près de 500’000 dollars par téléphone, a ajouté Benedikt Gratzl, porte-parole de la banque Sarasin.

Le conseiller financier a été mandaté pour effectuer la transaction controversée de manière orale par Mme Hildebrand dans la galerie que possède l’épouse du président de la BNS à Zurich. Il n’existe aucun enregistrement prouvant que l’opération a été ordonnée par Kashya Hildebrand et non par son époux.

Bref courriel

Selon les journaux dominicaux Le Matin dimanche et la SonntagsZeitung, le courriel de Mme Hildebrand confirmant la transaction ne compte que quelques mots: «cher Felix, comme convenu, nous souhaiterions porter notre fx position de 31 à 50%». Le message rédigé en anglais comporte les mots «we would like to», ce qui laisse ouverte l’éventualité que l’opération ait ordonnée par M. Hildebrand.

Toujours selon la SonntagsZeitung, le conseiller financier du couple Hildebrand a confirmé avoir effectué la transaction dans un courriel envoyé à 14h50. Ce dernier comportait en outre un formulaire que devaient signer Mme et M. Hildebrand. Un message dont le président de la BNS a reçu une copie, également par courrier électronique.

A 15h10, Kashya Hildebrand a remercié le banquier, faisant suivre ce message à son époux. Ce dernier avait expliqué jeudi passé à Zurich avoir pris connaissance de ce courriel le lendemain matin seulement à 7h36. M. Hildebrand avait aussi précisé avoir alors indiqué au conseiller financier de ne plus effecter à l’avenir de telles opérations sur devises sans en avoir informé M. Hildebrand ou obtenu la confirmation.

Philipp Hildebrand avait également déclaré avoir informé de cette transaction le responsable des affaires juridiques de la BNS. Pour mémoire, l’hebdomadaire alémanique «Weltwoche» avait reproché au président de la BNS d’avoir lui-même ordonné la transaction controversée et demandé sa démission.

Soutien de la BNS

Soutenant son président, la BNS avait de son côté affirmé qu’une partie des informations dévoilées dans la presse étaient incorrectes. A la demande du Conseil de banque, le cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC) avait examiné en décembre les transactions de la famille, après les rumeurs sur un enrichissement illégal en lien avec l’introduction du taux plancher du franc.

D’après le rapport du cabinet PwC, lequel juge toutefois la transaction du 15 août «délicate», Philipp Hildebrand n’avait pas connaissance des actions de sa femme. Il les a déclarées a posteriori aux instances de contrôle de la BNS. Selon ces dernières, elles étaient «absolument conformes aux exigences réglementaires».

L’affaire a éclaté autour de transactions sur devises de M. Hildebrand et de son épouse révélées par Christoph Blocher sur la base de documents soustraits par un employé informatique de la Banque Sarasin. (ATS/nxp)

Créé: 09.01.2012, 14h36

La BNS regrette

La Banque nationale suisse (BNS) regrette la démission de son président Philipp Hildebrand. Elle prend note de cette décision et des circonstances qui y ont conduit avec regret.

M. Hildebrand a pris cette décision pour protéger l’institution, a indiqué le Conseil de banque lundi dans un communiqué. La Suisse perd un excellent banquier central avec de très bonnes connections internationales qui pouvait apporter beaucoup au pays, ajoute-t-il.

Le vice-président Thomas Jordan reprend pour l’instant les fonctions de président du directoire de l’institut d’émission. Le successeur de M. Hildebrand sera désigné aussi vite que possible.

La politique monétaire de la BNS, avec un taux de change minimum de 1,20 franc contre l’euro, reste inchangée, a indiqué pour sa part le directoire de la Banque nationale dans un communiqué. Cette stratégie sera poursuivie «avec détermination».

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