Mgr Morerod nie avoir été informé du possible abus

Affaire FrochauxL’homme qui aurait été abusé sexuellement par l’abbé, en 1998, a témoigné dans des médias.

Mgr Morerod: «Il m'a dit qu'il avait eu une fois dans sa vie une affaire avec un homme adulte. Jusqu'ici, la relation était imprécise à mes yeux. Si ce jeune n'avait pas 18 ans, cela change considérablement la donne.»

Mgr Morerod: «Il m'a dit qu'il avait eu une fois dans sa vie une affaire avec un homme adulte. Jusqu'ici, la relation était imprécise à mes yeux. Si ce jeune n'avait pas 18 ans, cela change considérablement la donne.» Image: Sébastien Anex

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«Il a abusé de mon intimité et de ma confiance. J’ai beaucoup souffert de ce qui s’est passé. Un mélange de honte et de sentiment d’avoir été violé.» Ces déclarations, sans équivoque, ont été transcrites ce mercredi tant dans le «Tages-Anzeiger» que sur le site web de la SRF. Cette chaîne a diffusé le soir même le témoignage de celui qui se dit victime de l’abbé Frochaux (curé de la cathédrale de Fribourg suspendu ce mardi par l’évêque, et qui a officié à Vevey de 2000 à 2012).


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Dans les médias alémaniques, la victime présumée – qui avait 17 ans à l’époque des faits – se souvient de deux scènes lorsque l’abbé l’a emmenée à son chalet de Torgon (VS) en 1998. L’abbé lui aurait saisi le pénis. Il aurait également introduit le sien dans la bouche du jeune homme. Devenu adulte, ce dernier mène une carrière académique en France. Contacté à de multiples reprises tant mardi que mercredi, il n’a pas répondu à nos sollicitations.

Au contraire de sa mère, jointe par téléphone: «Je crois mon fils. Vraiment», répète-t-elle. Elle se remémore: «Au départ, j’étais contente que mon fils aille avec l’abbé, pour lui parler et échanger avec lui. C’était une marque de reconnaissance.» D’autant qu’elle élevait seule ses enfants.

«Si j’avais tout su, je serais peut-être allée plus loin»

Mise au courant des événements de Torgon en 2000, elle avait écrit à l’abbé Frochaux pour dire son indignation. Qu’avait-il répondu? «Je n’ai pas la lettre sous les yeux. Mais je me souviens du choc que j’avais ressenti, car il accusait presque mon fils, disant qu’il avait été entreprenant. Je m’étais demandé si ce que l’abbé disait était vrai.» Des termes sont restés gravés dans sa mémoire: «L’abbé Frochaux parlait de «ma seule dérive», expression déjà très forte, ou encore «ma faiblesse». Avec le recul et avec l’âge, je réalise des choses qui n’étaient pas si claires pour moi à l’époque: même s’il pointait du doigt mon fils, il reconnaissait finalement aussi ce qu’il avait fait.»

Avait-elle porté plainte? «Non. Nos relations étaient difficiles: mon fils me parlait peu, alors encore moins de ces questions si délicates! Si j’avais tout su, je serais peut-être allée plus loin. Mais il était majeur et il avait pris les choses en main en sollicitant une rencontre pour que les choses sortent.» Avec une amie à lui, le jeune homme se retrouve en effet en 2001 devant l’abbé Frochaux, Mgr Berchier ainsi que Nicolas Betticher (auteur du procès-verbal, il n’a pas non plus répondu à nos nombreuses sollicitations). Sur cette confrontation, l’abbé Frochaux affirmait dans nos pages récemment: «J’ai emmené à mon chalet un jeune pour lequel j’avais beaucoup d’affection et que je considérais un peu comme mon fils. Il ne s’est rien passé d’autre. Nous nous sommes expliqués devant l’évêque et tout a été réglé.» Comment l’abbé a-t-il pu imaginer une seconde qu’il s’agissait d’actes sexuels consentis, alors que ce jeune n’avait que 17ans et était sous l’autorité du quadragénaire? Les médias suisses alémaniques soulignent en effet que la victime présumée connaissait l’abbé depuis ses 11 ans, que l’abbé constituait pour lui une figure paternelle, qui par ailleurs le rémunérait pour jouer de l’orgue. L’abbé Frochaux n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Que stipule le procès-verbal de la confrontation de 2001? «Le contenu n’est pas explicite du tout, mais donne l’impression que tout a fini à l’amiable. Il présupposait probablement que les faits étaient connus de tous, répond Mgr Charles Morerod. Cette confrontation faisait suite à une rencontre de la victime supposée avec Mgr Genoud, semble-t-il. Ceci dit, je ne connais pas non plus le contenu de leur dialogue.»

Et Mgr Berchier, présent à la confrontation? «Je fouille dans ma mémoire, sans me remémorer les détails. Et je n’ai plus d’accès aux archives de l’évêché, n’étant plus en responsabilités. Je souhaite juste que toute la lumière soit faite.» Problème: la lettre de la victime présumée aurait disparu des archives.

«Je n’étais pas au courant»

Mgr Morerod nie avoir été mis au courant de cette affaire en 2011, contrairement à ce qu’affirme le «Tages-Anzeiger»: «Je n’ai jamais reçu de dossier sur Paul Frochaux, j’en suis certain! Et notre ancien archiviste, à qui nous avons demandé, non plus. Si j’avais eu connaissance d’accusations contre lui, je n’aurais pas voulu ensuite le nommer vicaire épiscopal: cela aurait été faux et stupide. Nous ne connaissons pas tous les dossiers liés aux abus sexuels à travers l’histoire – même récente – du diocèse. Nous comptons sur la participation de chacun pour nous rappeler des faits.»

Dans «Forum», l’évêque a dit avoir entendu parler d’une version édulcorée en 2016: «L’abbé Frochaux m’a dit qu’il avait eu une fois une affaire avec un homme adulte. S’il n’avait pas 18 ans, cela change considérablement la donne.»

Créé: 05.02.2020, 19h33

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