Malgré la tempête, le PDC Suisse persiste et signe

Élections fédéralesLe président Gerhard Pfister ne regrette rien à propos de la campagne polémique de son parti, si ce n’est de ne pas avoir prévenu les sections cantonales que ça pouvait secouer.

Le président du PDC Suisse, Gerhard Pfister, a justifié la campagne polémique de son parti vendredi à Berne.

Le président du PDC Suisse, Gerhard Pfister, a justifié la campagne polémique de son parti vendredi à Berne. Image: KEYSTONE

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Le Parti démocrate-chrétien (PDC) n’est pas habitué à cela: que l’on parle autant de lui et qu’une de ses séances d’information soit fréquentée par autant de journalistes. Vendredi après-midi, au Palais du parlement à Berne, la salle était pleine pour entendre les explications de la présidence du parti sur sa campagne polémique démarrée lundi sur internet.

«Si c’était à refaire, je le referais. Mais je dois avouer que nous avons été surpris par les réactions. Nous n’avions pas imaginé qu’une campagne qui se base sur la comparaison entre des thèmes et entre des partis suscite de telles critiques», admet le président Gerhard Pfister.

La première étape de l’opération – si vous l’avez manquée – ressemble à ceci: vous tapez le nom d’un candidat aux élections fédérales d’un parti concurrent au PDC dans le moteur de recherche Google. On vous propose alors parfois, comme premier lien sponsorisé, le renvoi vers un autre site. Sur cette page, le PDC vous dit que l’élu sur lequel vous cherchez des informations représente un parti qui manque de solutions pour résoudre tel ou tel problème – climat, santé, relations à l’UE, etc. Il vous invite finalement à découvrir ses propres solutions, qualifiées, bien sûr, de meilleures.

Nombreux clics

Cette campagne cartonne en termes de clics. En quelques jours, le PDC a épuisé son budget mensuel de publicité en ligne pour de nombreuses personnes ciblées. Mais elle a surtout fait parler d’elle par la vague de réactions des candidats des partis adverses visés par cette publicité, ainsi que par la gêne que cela a provoqué parmi certains ténors locaux du PDC. Dans les cantons de Vaud, de Genève et du Valais en particulier, nombre de démocrates-chrétiens se sont distanciés de l’opération. Certains ont même présenté sur les réseaux sociaux leurs excuses aux «concurrents» ciblés.

Au plus haut niveau, le PDC assure que tous les responsables des sections cantonales, comme les élus fédéraux, ont été informés régulièrement de ce qui se tramait. Cela dit, le président Gerhard Pfister a fait vendredi une forme de mea culpa. «Nos sections cantonales étaient informées mais elles ne pouvaient pas prévoir de telles réactions. Si nous avions nous-mêmes anticipé la violence des commentaires, j’aurais bien sûr dit à tous les candidates et candidats de faire attention, que le début de la campagne allait être turbulent. Mais on ne s’y attendait pas.»

Pas question de reculer

C’est le seul regret formulé par le président du PDC. Les réactions des citoyens qui se sont adressés au parti depuis la tornade de mardi montreraient que 50% environ trouvent cette campagne pertinente, tandis que l’autre moitié la juge négative. Quant aux candidats heurtés, sur demande, une dizaine ne seront plus ciblés par la campagne. Le parti se dit prêt à faire de même pour tous ceux qui le lui demanderaient. Mais Gerhard Pfister note aussi, un brin amusé: «Il y a des politiciens qui nous ont répondu: «Vous présentez la position de mon parti et moi j’en ai une autre.» C’est intéressant, et c’est là où commence le dialogue.»

Le PDC Suisse le répète: il n’attaque pas la personne, mais les idées. Il ne voit pas pourquoi il reculerait. Il lancera ainsi la deuxième phase de son opération ce week-end. Le principe restera le même: selon les mots-clés que vous utiliserez pour une recherche Google, il se pourrait bien que l’on vous propose des liens sponsorisés par le Parti démocrate-chrétien. Aux noms de certains candidats aux élections fédérales s’ajouteront ainsi des termes comme «élections fédérales», «coûts de la santé» ou encore les abréviations de certains partis.



L’incompréhension reste grande en Suisse romande

Le mea culpa du président du PDC suffira-t-il à apaiser les membres? En Suisse romande en particulier, la «campagne de comparaison» du parti a fait souffler un vent de contestation, voire de panique, dans les sections cantonales. Vendredi, une forme de tension restait perceptible.

Candidate au Conseil national, la Genevoise Sophie Buchs s’est distanciée mardi de l’opération du parti suisse. Vendredi, elle avait tourné la page mais restait droite dans ses bottes: «J’ai l’impression que ce qui unit le plus les membres du parti aujourd’hui, c’est une question de valeurs qui est liée à la manière de faire de la politique. Les sondages le montrent d’ailleurs. Nous ne faisons pas de la politique en tapant sur l’autre mais en cherchant des solutions consensuelles. Je maintiens ma position.»

Dans le canton de Vaud, le conseiller national Claude Béglé (PDC/VD) estime qu’il faudra laver le linge sale en famille: «Il y a des différences de sensibilités entre les cantons où le PDC est dominant et d’autres où nous n’avons pas intérêt à aller provoquer d’autres partis. Sur le fond, nous souhaiterions que la situation soit différente. Mais c’est à nous de régler cela à l’interne.»

En Valais, le PDC est intervenu auprès du parti suisse pour qu’il cesse le ciblage sur les candidats valaisans, confie le conseiller national Benjamin Roduit (PDC/VS). «J’adhère aux regrets de notre président, Gerhard Pfister. Nous n’avons pas été informés suffisamment dans le détail de la démarche du parti suisse. Et, surtout, le fait que la campagne cible nommément des candidats dans nos cantons, sans nous consulter, me gêne.» Pour autant, il estime pour sa part qu’il n’y a pas lieu de s’excuser auprès des autres partis: cela reste un fait de campagne.

Créé: 20.09.2019, 19h37

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