Les syndicats font des primes maladie leur combat

TravailL’Union syndicale suisse (USS) change son fusil d’épaule. Au-delà des traditionnelles hausses salariales, elle revendique une augmentation massive des subsides maladie.

Pour le président de l’USS, Paul Rechsteiner, la charge des primes maladie doit devenir un thème de?lutte prioritaire.

Pour le président de l’USS, Paul Rechsteiner, la charge des primes maladie doit devenir un thème de?lutte prioritaire. Image: Keystone

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L’Union syndicale suisse (USS) s’adapte au tournant réclamé par ses délégués en octobre dernier. Elle a revisité la lutte des classes, lundi, à Berne, en marge de son rapport sur la répartition des revenus et de la fortune en Suisse. Aux traditionnelles revendications – hausse des salaires, des rentes AVS, meilleures CCT ou encore égalité salariale – elle a joint, pour 2015, un autre thème central: l’allégement des primes des caisses maladie.

«Le cycle de la caisse publique est terminé, estime Paul Rechsteiner, président de l’USS. L’atténuation de la charge des primes maladie pour les ménages doit devenir un thème prioritaire.»

Un poids trop lourd
Comme base de départ pour se lancer dans ce nouveau combat, l’Union syndicale suisse a analysé le revenu disponible des ménages. Selon ses propres calculs – elle juge les statistiques de la Confédération peu représentatives –, elle arrive à un constat amer: de 2002 à 2012, le revenu disponible des bas salaires (environ 60'000 francs annuels) a reculé, tandis qu’il a stagné pour les moyens salaires (environ 90'000 francs annuels). Une évolution jugée «inquiétante» qui doit beaucoup au poids des primes maladie, d’après l’USS. «Nous exigeons qu’aucun ménage ne doive dépenser plus de 10% de son revenu pour payer ses primes», assène Paul Rechsteiner. Coût de la mesure: 2 milliards de francs. Pour la financer, l’USS lance un autre pavé dans la mare. Elle veut utiliser l’argent que la Confédération prévoit de verser aux cantons (ndlr: 1 milliard de francs par an) pour compenser les pertes qui découleront de la troisième réforme de la fiscalité des entreprises! L’autre milliard serait à puiser dans les caisses cantonales, selon l’USS.

Pour rappel, les Cantons de Vaud et de Genève seront parmi les plus touchés par l’abandon des régimes fiscaux spéciaux pour les entreprises étrangères. Afin de ne pas perdre en attractivité, ils songent tous deux à diminuer la fiscalité générale des sociétés. Ils demandent à la Confédération de compenser au moins la moitié des pertes découlant de cette adaptation.

Dans ce contexte, la revendication des syndicats horripile à droite. «Mon Dieu! soupire le conseiller national Christian Lüscher (PLR/GE). C’est un effet d’annonce de début d’année pour réveiller l’électorat de gauche, pas très réceptif aux idées extrêmes. Mais dans la majorité actuelle du parlement, cette proposition n’a aucune chance!» estime le vice-président du PLR.

Sa consœur Lucrezia Meier-Schatz (PDC/SG) n’en pense pas moins: «Il est illusoire de vouloir coupler les deux éléments, à savoir la réforme de la fiscalité des entreprises et les subsides pour les primes octroyées par les cantons. Les syndicats feraient mieux, s’ils veulent aider les familles, de soutenir notre initiative en faveur de la défiscalisation des allocations familiales.»

Un «bon débat»
L’exigence des syndicats trouve davantage d’écho auprès du conseiller national Roger Nordmann (PS/VD). «L’USS pose un bon débat en se demandant s’il faut «subventionner» les baisses d’impôts en faveur des entreprises dans les cantons – ce sont les termes d’Eveline Widmer-Schlumpf – ou plutôt utiliser cet argent pour aider des familles, souvent de la classe moyenne inférieure, à payer leurs primes maladie. J’y suis plutôt favorable, alors que les entreprises qui ne bénéficieront plus d’un régime fiscal spécial ne vont pas s’envoler du jour au lendemain en Bulgarie!» Au-delà de l’idée choc, l’USS mettrait ainsi le doigt sur un malaise, à entendre Roger Nordmann: «Beaucoup de cantons ont annoncé ces derniers temps leurs intentions de porter leur taux d’imposition des entreprises à des niveaux très bas, avec des pertes substantielles. Je craignais ce dumping fiscal entre cantons, et c’est pour cela que je défendais il y a plus d’un an déjà une sorte de pacte autour d’un taux à 16%.»

Aujourd’hui, en proposant de détourner l’appétit de cantons vers les primes maladie, sujet hautement populaire, l’Union syndicale suisse place donc ses pions tant dans l’optique d’un référendum sur la réforme de la fiscalité des entreprises que dans le débat sur la santé. Elle en profite au passage pour rappeler qu’en 1990, lors de la révision de la LAMal, le Conseil fédéral promettait des subsides pour les ménages dont les primes dépassent les 8% du revenu imposable. Si l’on s’en tenait à cette promesse, il faudrait même augmenter les réductions de primes de 5 milliards de francs, tance l’Union syndicale suisse. (TDG)

Créé: 06.01.2015, 08h13

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Daniel Lampart, économiste en chef de l’Union syndicale suisse (Image: Keystone )

«Utilisons le milliard proposé aux cantons»

Daniel Lampart, économiste en chef de l’Union syndicale suisse, détaille la revendication phare posée lundi par la faîtière, à savoir d’augmenter de près de 50% les aides publiques pour aider la classe moyenne et les bas revenus à payer leurs primes d’assurance-maladie.

L'USS dresse un tableau très sombre aujourd'hui. A qui, à quoi la faute?
– Il y a deux grands problèmes en Suisse. Le premier tient aux écarts salariaux, dus principalement à l'introduction des systèmes de bonus dans les politiques salariales. Suite à cela, dans les années 1990, les hauts revenus ont beaucoup augmenté, tandis que les salaires, par exemple des personnes au bénéfice d'un CFC, ont presque stagné. Le deuxième problème est l'augmentation des primes maladie qui pèsent lourd sur le budget des ménages. Les subventions introduites pour corriger la situation n'ont pas suivi le même rythme que l'évolution des primes. C'est la raison pour laquelle il est aujourd'hui nécessaire d'augmenter substantiellement ces subventions.

Vous réclamez au moins 2 milliards de francs de subsides en plus pour aider les citoyens à payer leurs primes maladie. Comment le financer sans faire passer la classe moyenne à la caisse?
– Il y a plusieurs possibilités. Le Conseil fédéral propose aujourd'hui de donner aux cantons plus d'un milliard de francs pour compenser la baisse à venir de la fiscalité des entreprises. Pour nous, c'est totalement faux! Il faut utiliser ce milliard pour faire baisser le poids des primes maladie sur les ménages. Quant à l'autre milliard, il appartient aux cantons de le prolonger.

Mais au final, il faut bien que quelqu'un paie. Et ce sera la classe moyenne...
– Non...

-Ou vous envisagez un impôt pour taxer les super-riches et payer ces subsides?
– Et bien, si quelqu'un vient avec une telle proposition, nous la soutiendrons. Nous sommes ouverts à toute idée qui aurait pour conséquence de faire baisser le poids des primes maladie sur les ménages.

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