Les hôpitaux peinent à proposer de véritables économies

Coûts de la santéL’organisation faîtière H + parle beaucoup de qualité des soins. Interview de sa présidente, la conseillère nationale Isabelle Moret.

Isabelle Moret préside H+ Les Hôpitaux de Suisse.

Isabelle Moret préside H+ Les Hôpitaux de Suisse. Image: SÉBASTIEN ANEX

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L’organisation faîtière des hôpitaux, H+, est intarissable sur la haute qualité de la médecine suisse et comment elle compte encore la développer. Lors de sa conférence de presse annuelle, elle a ainsi présenté un projet bâlois incluant de multiples critères pour mesurer la satisfaction pendant et après son séjour à l’hôpital. En revanche, sur les coûts de la santé, l’association est très discrète. Alors qu’un rapport d’experts estime qu’on pourrait économiser 20% des coûts, elle se borne à dire qu’elle ne veut pas «d’une médecine du budget mais d’une médecine de qualité». Interview de sa présidente Isabelle Moret.

Les coûts de la santé explosent et vous n’avez pas une seule mesure concrète pour freiner cela.

Nous proposons une multitude de solutions car il n’y a pas une seule solution miracle.

Il n’y a pas un seul objectif financier dans vos propositions, rien.

(Grand silence) Pour nous, l’essentiel, ce n’est pas d’arriver à un objectif financier mais de mettre le patient au centre des préoccupations. En particulier en améliorant la qualité, tant dans le domaine stationnaire qu’ambulatoire. Quand vous améliorez l’efficience du traitement du patient, vous arrivez automatiquement à une meilleure maîtrise des coûts.

En tant que conseillère nationale, vous ironisiez sur l’initiative populaire PDC qui veut freiner les coûts de la santé. «Où est le frein?» disiez-vous. On vous retourne la question: «Où est le frein de H+?»

Un frein aux coûts de la santé serait inévitablement fait au détriment du patient. Ce dernier souhaite pouvoir être opéré dans un environnement d’excellente qualité et, lorsqu’il rentre à la maison, ne pas avoir besoin de revenir à l’hôpital pour subir à nouveau une opération. Ou bien avoir des effets indésirables: attraper une maladie nosocomiale, avoir une dépression suite à un cancer du sein, souffrir de douleurs, etc.

Le message que vous envoyez est: «Une médecine de qualité coûte cher. Attendez-vous à payer +4% de primes chaque année. Cela les vaut.»

C’est un raisonnement qui n’est pas correct. Une médecine de bonne qualité n’entraîne pas de frais supplémentaires car les patients ne reviennent pas à l’hôpital.

Ce sont des promesses. Pourquoi êtes-vous contre un plafonnement des budgets, avec un objectif financier à respecter, soit par exemple une hausse maximale de 1,5%?

Un plafonnement entraîne une médecine à deux vitesses. Si au mois de novembre un hôpital atteint les coûts attribués, que fait-il? Dit-il au patient qui devait être opéré de revenir en janvier? Et s’il meurt sur la liste d’attente? Finalement, seuls ceux qui ont une assurance privée seront opérés à temps. Un plafonnement est un danger pour la qualité de la médecine. En revanche, on peut s’inspirer de trois cantons qui fixent déjà une enveloppe budgétaire. Si elle est dépassée, les prestataires de soins sont moins rémunérés. C’est différent d’un plafond fixe.

Genève et Vaud ont ce type de système. Pourquoi H+ ne préconise-t-elle pas que tous les hôpitaux suisses fassent de même et déterminent un plafond ou un objectif financier?

C’est la responsabilité des cantons, pas de H+. Si d’autres cantons veulent le faire, ils en ont la possibilité dans le cadre actuel de l’assurance-maladie. Nous, notre rôle est de développer les systèmes de qualité. Celui de Bâle permet de suivre le patient et ne se limite pas à des chiffres de réadmission à l’hôpital mais englobe aussi des critères de ressenti du patient. Comme sur la douleur par exemple. (TDG)

Créé: 22.05.2018, 20h46

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