Les grandes surfaces lorgnent le pactole des médicaments en vente libre

SantéDes distributeurs ont déjà investi dans les pharmacies. Ils espèrent enrichir leur rayon consacré aux traitements.

La Migros de la Marktgasse, à Berne, teste depuis un an avec succès la vente de médicaments.

La Migros de la Marktgasse, à Berne, teste depuis un an avec succès la vente de médicaments. Image: Keystone

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En 2017, le marché des médicaments s’est chiffré à quelque 5,8 milliards de francs dans notre pays. Et les Suisses ont dépensé environ 762 millions pour les seuls traitements OTC (over the counter), ceux obtenus sans ordonnance dans les pharmacies, les drogueries, les cabinets médicaux ou les hôpitaux. Ces chiffres de l’association des entreprises pharmaceutiques Interpharma ont de quoi susciter des convoitises. Notamment celles des grands distributeurs.

Signe de cet intérêt, les clients de la Migros de la Marktgasse, à Berne, trouvent depuis un an leurs aspirines dans le périmètre du magasin. Une zone pharmacie, avec la présence d’un professionnel, propose aux clients les produits en vente libre. Un guichet est aussi disponible pour les ordonnances. Le tout est géré par Zur Rose, connu pour ses pharmacies en ligne. Résultat? S’il ne donne aucun détail, le géant orange annonce que le chiffre d’affaires est plus élevé qu’attendu. Cette année, il a d’ailleurs ouvert un deuxième emplacement de ce type à Bâle. Zurich va suivre et d’autres sites sont à l’étude.

Redéfinir qui vend quoi

Pour Migros, la collaboration avec Zur Rose date de 2006 déjà. Coop a également créé les pharmacies Coop Vitality il y a dix-huit ans. Ce réseau compte aujourd’hui 75 succursales, dont 13 en Suisse romande. L’ambition est d’en atteindre 100. Ira-t-on plus loin, en vendant de nombreux médicaments dans les rayons? Tout le monde balaie l’idée d’un système à l’américaine, mais les distributeurs espèrent franchir un pas supplémentaire. Cette discussion est ouverte dans le cadre des travaux actuels de reclassification des médicaments.

Le législateur a en effet décidé de revoir les catégories définissant quels remèdes peuvent être vendus par qui et dans quelles conditions. Le but est de limiter les visites inutiles chez le médecin en augmentant l’automédication là où elle est judicieuse. D’un côté, les pharmacies pourront, sous certaines conditions, délivrer des médicaments nécessitant actuellement une ordonnance. De l’autre, les drogueries pourront vendre tous ceux qui ne sont pas soumis à ordonnance. Et la catégorie E, qui regroupe ceux disponibles dans tous les commerces, sera élargie.

Lois suisses plus strictes

Plus de 1000 pilules, sirops et pommades sont passés sous revue pour savoir dans quelle catégorie les classer. Ces travaux sont menés sous l’égide de Swissmedic. Le résultat devrait être connu en novembre et le système entrer en vigueur l’an prochain. Comme l’a révélé la «NZZ», Migros espère que cela lui permettra d’augmenter son assortiment. «Nous souhaitons que les produits thérapeutiques non problématiques, utilisables en automédication, puissent être distribués librement dans les supermarchés, comme c’est le cas par exemple en Allemagne», confirme sa porte-parole, Lisa Asticher. Elle ajoute que la législation sur les produits thérapeutiques est plus stricte en Suisse que dans les pays qui nous entourent, et que les prix sont «particulièrement élevés».

Que pourrait-on voir à l’avenir dans nos rayons? Chez Migros, on donne l’exemple des aides à l’endormissement à base de valériane et de houblon, des stimulants cardiovasculaires à l’aubépine, au ginkgo et au ginseng ou encore des frictions pour douleurs musculaires ou articulaires. «Ces produits peuvent être utilisés en automédication sans danger», explique Lisa Asticher, avant de préciser que l’objectif n’est pas de vendre, par exemple, des analgésiques. Coop soutient l’initiative en principe, mais ne se prononce pas pour le moment.

Les pharmaciens mettent en garde contre une trop grande ouverture. Christian Rouvinez, vice-président de la Société suisse des pharmaciens, installé à Vevey, avertit que «les médicaments ne sont jamais anodins». Une automédication, si elle n’est pas responsable, peut entraîner de grands dangers. Un exemple? Des gouttes de millepertuis peuvent interagir avec plusieurs médicaments. Dans ce débat sur la reclassification, PharmaSuisse souligne l’importance d’élaborer des critères pour que les décisions soient prises sur une base objective. «Il s’agit aussi d’éviter une tromperie sur les mots utilisés pour les indications thérapeutiques, laissant facilement imaginer au consommateur moyen une efficacité dont les promesses ne seraient pas tenues», ajoute son secrétaire général, Marcel Mesnil.

Concurrence bénéfique

Pour l’heure, les pharmaciens ne sont toutefois pas trop inquiets. Ils sont satisfaits de pouvoir remettre à l’avenir certains médicaments soumis à ordonnance. Et puis ils font confiance au législateur. «Le parlement a clairement choisi l’option de ne pas glisser vers un usage irresponsable des médicaments», commente Marcel Mesnil. Christian Rouvinez renchérit: «L’an prochain, on verra des produits supplémentaires dans les rayons des supermarchés. Le mouvement semble inéluctable, mais je pense qu’on en restera à des traitements peu actifs.»

Cette évolution est saluée par Monsieur Prix, Stefan Meierhans. «Nous ne nous exprimons pas sur le côté médical de la question, mais pour la surveillance des prix, la concurrence est bénéfique. Elle peut conduire à une baisse des prix et à une plus grande transparence sur le marché.»

Felix Schneuwly, spécialiste de la santé chez Comparis, est du même avis. Plus encore que les grandes surfaces, il estime que les pharmacies en ligne permettront de créer cette concurrence. Les pharmaciens, au contraire, mettent en garde contre les fausses économies. Pour eux, la motivation à vendre des grands volumes ne permettra pas de réduire les coûts de la santé. Et puis le conseil professionnel a un prix. «C’est comme une voiture: si on supprime les freins, elle sera moins chère», conclut Marcel Mesnil. (TDG)

Créé: 06.08.2018, 10h16

En chiffres

5,8


C’est en milliards de francs, le chiffre total du marché des médicaments en Suisse en 2017. Sur ce montant, 762 millions concernent des médicaments achetés sans ordonnance dans les pharmacies, les drogueries, les cabinets médicaux ou les hôpitaux.




1000


En francs, c’est la dépense moyenne par personne et par année en médicaments. Seuls les citoyens américains déboursent davantage que les Suisses, mais les statistiques ne sont pas calculées selon la même méthode dans tous les pays.




13%


Il s’agit de la proportion que représentent les médicaments dans les coûts de la santé générés chaque année en Suisse. La première place revient aux traitements hospitaliers, qui s’élèvent pour ce seul secteur à 39%.




3


Trois gélules sur quatre vendues dans notre pays en 2017 étaient des médicaments génériques. Cette proportion est en forte progression depuis quelques années. En 2005, les génériques ne représentaient que la moitié des ventes.




16,3%


C’est la part de marché des médicaments contre les affections du système nerveux central. Il s’agit de la catégorie la plus importante. Elle est suivie par les produits contre le cancer (15,3%) et les infections (11%).




1000


C’est le nombre approximatif de pilules, sirops ou pommades que Swissmedic est en train de passer en revue. La nouvelle classification permettra de déterminer quels produits peuvent être en vente libre, notamment dans les grandes surfaces, dès l’an prochain.

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