Les délais d’attente font désespérer les enfants placés

SuisseLes victimes de placements abusifs dénoncent une attente trop longue pour toucher leur argent.

Les dossiers des personnes gravement malades ou âgées de plus de 75 ans sont traités en priorité, soit 1400 des 9018 demandes adressées. L’OFJ évaluera 2500 autres cas d’ici 2019. Les dernières victimes seront indemnisées au plus tard en 2021.

Les dossiers des personnes gravement malades ou âgées de plus de 75 ans sont traités en priorité, soit 1400 des 9018 demandes adressées. L’OFJ évaluera 2500 autres cas d’ici 2019. Les dernières victimes seront indemnisées au plus tard en 2021. Image: Keystone

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«Il y a cette dame de 80 ans, à Genève… Je crois qu’elle s’est ôté la vie. Elle m’a appelé la semaine passée pour me dire adieu, raconte, la gorge serrée, l’ancien enfant placé Clément Wielly. Ces derniers temps, elle était toujours plus désespérée. Elle n’avait plus la force d’attendre.»

Le groupe hors et interpartis qui défend les victimes de placements abusifs, réuni jeudi à Lausanne pour une conférence de presse, est dépité. Après s’être battus en vain pour que les victimes disposent d’un délai plus long pour déposer la demande de contribution à laquelle ils ont droit auprès de la Confédération, les militants dénoncent à présent des temps d’attente beaucoup trop étendus. Le groupe a envoyé le 12 juillet une lettre au président de la Confédération exigeant un traitement des dossiers plus rapide.

En septembre 2016, le Parlement a approuvé la création d’une enveloppe de 300 millions de francs destinés à indemniser les enfants victimes de placements abusifs par la Confédération entre les années 1930 et 1970. Chacun peut espérer toucher un montant maximal de 25 000 francs. Le délai pour déposer une demande était fixé au 31 mars 2018. Les contributions ne pouvaient pas être versées avant l’expiration de ce délai. «Toutefois, rapidement après cette date, la première tranche de la contribution sera versée à la grande majorité des victimes», avait promis l’Office fédéral de la justice (OFJ).

«Si la Confédération mettait à disposition le personnel nécessaire, toutes les requêtes auraient pu être réglées en un an»

Depuis, les dossiers des personnes gravement malades ou âgées de plus de 75 ans ont été traités en priorité, soit 1400 des 9018 demandes adressées. L’OFJ évaluera 2500 autres cas prioritaires d’ici 2019. Les dernières victimes, soit les plus jeunes et en meilleure santé, seront indemnisées au plus tard en 2021.

Des délais inacceptables, estime l’ancien conseiller aux États vaudois Luc Recordon (Verts), membre du comité de l’initiative pour la réparation. «Si la Confédération mettait à disposition le personnel nécessaire, toutes les requêtes auraient pu être réglées en un an».

Un délai trop court et des indemnités qui se font attendre

Et ce d’autant plus que le nombre de personnes à s’être manifestées est bien inférieur aux 12 000 à 15 000 attendues initialement par Berne. «On a mis une forte pression aux victimes pour qu’elles entament des démarches dans un délai imparti bien trop court. En revanche, la Confédération, elle, n’est absolument pas pressée. C’est scandaleux», dénonce Luc Recordon. «Le politique a fait en sorte que les choses aillent vite, appuie Lisa Mazzone (Verts/GE). Maintenant, on bute sur des lenteurs administratives qui ne suivent pas cette volonté, regrette la conseillère nationale. C’est une sorte de double peine pour les victimes.» David Cevey, grand militant de la cause, soupçonne carrément Berne de faire preuve de cynisme. «Ils font traîner les choses parce qu’ils attendent que les malades ou les plus vieux meurent. Pour économiser.»

Qu’ils aient ou non reçu leurs sous, les anciens enfants placés restent meurtris dans leur chair. À l’instar de Willy Resin, 79 ans, membre d’une fratrie de six enfants, ballottés d’orphelinats en foyers. «J’ai travaillé des années sans voir de salaire, je n’ai jamais eu accès à une formation. Je touche une retraite de 1676 francs par mois. L’indemnité que j’ai reçue est déjà partie. En arriérés d’impôts, dans mon divorce, chez mon fils en difficulté… Ce qu’ils nous ont donné, ce n’est pas assez. Ce n’est pas de la reconnaissance que je veux, c’est la justice. Cela fait 40 ans qu’on l’attend.» (TDG)

Créé: 12.07.2018, 18h46

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