Les critiques émises contre les binationaux font un tollé

FootballLe secrétaire général de l’ASF songe à interdire la formation aux binationaux. La proposition choque largement.

Les célébrations de Granit Xhaka et de Xherdan Shaqiri ont «révélé une problématique», selon l’ASF.

Les célébrations de Granit Xhaka et de Xherdan Shaqiri ont «révélé une problématique», selon l’ASF. Image: KEYSTONE/EPA/LAURENT GILLIÉRON

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Les aigles refont parler d’eux. À peine sortie du Mondial de football par la Suède, l’équipe de Suisse n’en a peut-être pas fini avec la polémique déclenchée par les célébrations de Granit Xhaka et de Xherdan Shaqiri. Pour rappel, lors du match contre la Serbie, les deux joueurs originaires du Kosovo avaient chacun fêter leur but en imitant l’aigle du drapeau albanais. Cela leur avait valu une amende de la part de la FIFA.

Notre éditorial: Pourvu que le tollé dure, hors des stades

On pensait le débat clos, mais l’Association suisse de football a décidé de rallumer le feu. Dans un entretien accordé au «Tages-Anzeiger», Alex Miescher, secrétaire général de l’ASF, juge ainsi que «ces incidents ont révélé une problématique» et songe jusqu’à interdire les programmes juniors de formation pour les joueurs binationaux. Ceux-ci devraient alors renoncer à leur autre nationalité afin qu’ils ne puissent pas, après avoir été formés en Suisse, aller jouer pour la sélection de leur pays d’origine. Un phénomène qui a notamment concerné Ivan Rakitic, qui porte aujourd’hui le maillot de la Croatie. Radicale, la mesure est qualifiée par son auteur de ballon d’essai, afin d’en sentir l’écho auprès de la population. Il n’aura guère besoin d’attendre pour la retirer si l’on se fie à l’immense révolte que cette proposition a engendrée sur les réseaux sociaux depuis vendredi matin. Et, même si elle était maintenue, elle devrait sans doute encore être tranchée juridiquement car, selon les avocats que nous avons contactés, cela nécessiterait une analyse précise de la situation.

Réactions outrées

«Lamentable», «choquant», «attitude revancharde et honteuse» après l’élimination de la Nati, propos ramenant les binationaux «à des citoyens de seconde zone»: la Toile se déchaîne et en appelle même, comme principale mesure, au licenciement d’Alex Mie­scher.

Dans ce concert de contestations, la voix du président de Swiss Olympic – faîtière des fédérations sportives de Suisse – Jürg Stahl, appuie celle du secrétaire général de l’ASF et tente de calmer le jeu. «Nous avons vu que l’affaire des aigles a déclenché une vaste polémique en Suisse avec des positions très marquées, dans un sens comme dans l’autre. Il était impossible d’en discuter. Du point de vue des règles sportives, il est donc légitime d’amener ce sujet sur la table pour en débattre et en discuter», affirme celui qui est aussi conseiller national UDC.

Son parti ne s’est par ailleurs pas privé d’attaquer à plusieurs reprises la double nationalité hors du seul cadre sportif, aux Chambres fédérales. Sans succès jusqu’ici mais avec une pression récurrente. La dernière fois, c’était en marge de l’élection au Conseil fédéral d’Ignazio Cassis, qui avait choisi de renoncer à son passeport italien.

Champions binationaux

Mais, si la déclaration choque l’opinion, c’est aussi parce que de nombreux champions ont des ascendants étrangers. Le record de Suisse tombé jeudi soir lors de la victoire des relayeuses suisses à Athletissima n’a-t-il pas, aussi, le visage de ce multiculturalisme? La Suisse n’a-t-elle pas remporté la Coupe Davis de tennis aussi grâce à un Sud-Africain (Roger Federer) et à un Allemand (Stan Wawrinka)? Et l’équipe de Suisse de football, avec 15 binationaux sur 23 joueurs sélectionnés représentant au total 11 nationalités, était la reine du cosmopolitisme lors de ce Mondial de 2018.

Mais, comme souvent, le discours sur la nationalité des sportifs est fortement lié aux résultats. Et c’est sans doute encore plus fort en football. La France en a fait l’expérience. Du collectif «black-blanc-beur» adulé après son sacre de 1998, l’équipe n’est devenue qu’une «bande de racailles de banlieue» après la débâcle de 2010. C’est ce même processus qui voit aujourd’hui certains défenseurs du multiculturalisme lors du match contre la Serbie douter de l’engagement «des Kosovars» contre la Suède. «Je crois que tout le monde doit se calmer, ce n’est que du football», tempère Ada Marra, conseillère nationale et elle-même binationale (PS/VD). «Le foot est un ascenseur social, il est aussi le reflet de notre pays. Ce qui me dérange le plus dans ce discours, c’est cette suspicion de la «suissitude», cette idée qu’un étranger naturalisé ne fait pas toujours un Suisse de plus», regrette-t-elle.

Binational lui aussi, son collègue Benoît Genecand (PLR/GE) trouve que ces propos «sont totalement déplacés et arrivent comme la grêle après la vendange. Il aurait mieux valu que l’ASF intervienne en amont pour éviter ces polémiques.»

(TDG)

Créé: 07.07.2018, 10h37

«Impensable de déchirer son passeport»

Directement visé par Alex Miescher, le petit monde du football suisse n’a pas manqué de réagir. De manière différente. Capitaine de la Nati lors du match contre la Suède, Valon Behrami a «liké» sur Twitter le post fâché de notre journaliste en Russie. Une position limpide. «Comment aurait réagi mon fils, Philippe, face à tel dilemme alors qu’il n’avait qu’une quinzaine d’années, s’interroge Julian Senderos, le père de l’ex-international. Il est pourtant né en Suisse, un pays où il a passé toute son enfance, mais cette question aurait tout de même touché ses racines espagnoles. Et cela, même s’il n’a jamais voulu jouer pour l’Espagne. Maintenant, continue Julian Senderos, je peux comprendre que les Suisses soient touchés lorsqu’un joueur comme Rakitic choisit de jouer pour la Croatie, ou quand ils s’aperçoivent que rares sont ceux qui chantent l’hymne national. Dans ce sens, je me souviens que Markus Frei, alors coach de la sélection M17, avait appris les paroles de l’hymne suisse à ses joueurs avant le Mondial. Une idée à creuser…»

Actuellement en Russie, Michel Pont vole, lui, au secours d’Alex Miescher. «Je crois qu’il s’est mal exprimé, que ses propos n’ont pas été bien interprétés, assure l’ancien coach assistant de l’équipe de Suisse. S’il me semble impensable de demander à un jeune de déchirer son autre passeport, on pourrait effectivement obtenir – je ne sais pas de quelle manière – une garantie de sa part qu’il ne défendra pas plus tard d’autres couleurs s’il est formé dans notre pays. À mon avis, il appartient à la FIFA de protéger ces «petits» pays qui forment bien mais restent moins attractifs que les nations dominantes.»
André Boschetti

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.