Les auteurs de l’audacieuse évasion de Bochuz passent à confesse

ProcèsEntendus par le Tribunal correctionnel d’Yverdon, deux Roumains ont avoué avoir permis une des évasions les plus spectaculaires de Suisse.

Dix-neuf gendarmes et policiers armés de mitraillettes encerclaient mardi le Tribunal d'arrondissement d'Yverdon pour le procès des deux Roumains.

Dix-neuf gendarmes et policiers armés de mitraillettes encerclaient mardi le Tribunal d'arrondissement d'Yverdon pour le procès des deux Roumains. Image: Olivier Allenspach

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Tel un commando minutieusement préparé, ils ont fracturé le portail de la prison avec un fourgon utilisé comme voiture bélier. Ils ont stoppé leur course effrénée vers l’enceinte qui borde le terrain de sport, ont hissé une première échelle sur le pont de leur camionnette, puis une seconde de l’autre côté de la clôture barbelée. Il était 19 h 35, ce 25 juillet 2013. Le célèbre braqueur valaisan Adrian Albrecht et un Bosniaque, membre supposé du gang des Pink Panthers, s’échappaient ainsi de la prison de Bochuz pendant que, parmi leurs trois complices, un tirait à la kalachnikov et l’autre boutait le feu au fourgon.

Mardi, deux des trois hommes qui ont permis cette spectaculaire évasion comparaissaient devant le Tribunal correctionnel d’Yverdon. Stefan*, 40 ans, et Vlad*, 42 ans, deux Roumains spécialistes des cambriolages, n’ont pas nié les faits. Leur troisième complice, un Français aux multiples condamnations, grand ami d’Albrecht et évadé lui aussi des Établissements de la plaine de l’Orbe en 2000, est actuellement détenu en France.

Alors, mardi, le tribunal avait pris l’allure d’une forteresse. Dix-neuf gendarmes et policiers armés de mitraillettes encerclaient les lieux; une herse bloquait l’entrée des véhicules. Dans la salle d’audience, pas moins de six agents entouraient les deux hommes menottés aux pieds et aux mains.

Déjà planifié en prison
Le sang chaud et le gabarit d’un basketteur, Vlad est un habitué de la prison. «Moi, j’ai fait que ça, travailler un peu, voler, travailler, puis voler, et au milieu la prison», raconte-t-il, le sourire aux lèvres. Sur son tableau de chasse impressionnant, l’homme se vante aussi de son évasion en 1998, à Bienne. Celle de Bochuz devait d’ailleurs être aussi la sienne. C’est que, en détention, Vlad est devenu ami avec Albrecht et avec le membre supposé des Pink Panthers. «On avait organisé une évasion. Mais, avant qu’on le fasse, j’ai été libéré (ndlr: environ 4 mois avant l’évasion). Les autres ont dit que je devais leur donner un coup de main. Voilà, moi, j’avais donné ma parole…»

A sa sortie de Bochuz, Vlad se fait héberger chez le Français, futur complice de l’évasion. Il reçoit également 4500 francs du frère du Pink Panther présumé. Vlad contacte alors son copain Stefan, avec qui il a cambriolé des dizaines de maisons. Petit et trapu, une vraie allure de bulldog, Stefan prendra le rôle de l’homme de main. C’est lui seul, à ses dires, qui cambriole des maisons, entre le 3 et le 12 juillet 2013, afin de voler les trois véhicules qui serviront pour l’évasion. «Mon rôle, c’était ça, et installer les échelles le jour de l’évasion. C’est tout.» Les hommes à libérer, il dit d’ailleurs ne pas les connaître. «J’ai fait ça, car je voulais rentrer en Roumanie, et on me proposait 5000 euros», explique-t-il.

Ce 25 juillet, c’est Vlad qui tire à l’arme de guerre. «C’est vrai, mais j’ai fait attention de tirer en l’air. J’ai voulu le faire aussi pour être sûr que personne ne soit blessé», tente-t-il de convaincre la Cour avec un bagout déroutant. Mais, lorsqu’il s’agit de comprendre le rôle de chacun, Vlad se cache derrière les grands principes. «Je sais tout, mais je ne veux pas parler des autres. Monsieur, vous, vous pourriez trahir des amis?»

Reste que la cavale des cinq comparses ne durera pas. Fin août, Albrecht se fait arrêter près de Sierre. Quelques jours après, le Bosniaque et les deux Roumains se font pincer dans un chalet des Paccots. Les larmes aux yeux, Stefan a expliqué aujourd'hui avoir beaucoup de regrets. Une posture bien différente de celle de Vlad. «Je vous dis que je l’ai fait par amitié. Oui, j’ai des regrets… d’être en prison!» balance-t-il. Les deux hommes risquent au maximum 6 ans de prison. Albrecht et le Pink Panther présumé ne seront pas sanctionnés pénalement, puisque l’évasion n’est pas punie dans notre pays, contrairement au fait de faire évader des détenus. Le réquisitoire et les plaidoiries ont lieu mercredi.

*Prénoms d'emprunt

L'évasion expliquée en vidéo

(TDG)

Créé: 03.12.2014, 12h46

Dossiers

Articles en relation

Les acteurs de l'évasion d'un membre des Pink Panthers devant leurs juges

Évasion armée Le procès d'un braqueur de bijouteries aux méthodes violentes et du fameux Adrian Albrecht commence mardi après-midi. Plus...

«Aucune évasion n'avait réussi depuis 1995 aux EPO»

Orbe La conseillère d'Etat vaudoise Béatrice Métraux et la police ont expliqué les détails de l'évasion de Bochuz vendredi après-midi devant la presse. Plus...

Coups de feu et évasion de deux détenus à la prison de Bochuz

Plaine de l'Orbe Deux détenus se sont échappés jeudi soir du pénitencier d'Orbe. Ils ont été aidés dans leur fuite par deux complices qui ont forcé l'enceinte de la prison et tiré plusieurs coups de feu. La dernière évasion de Bochuz remonte à 1995. Plus...

Deuxième évasion de Bochuz pour Adrian Albrecht

Évasion Le détenu qui a pris la fuite jeudi soir des établissements pénitentiaires de la plaine de l'Orbe s'était déjà enfui en juillet 1992. Plus...

Galerie photo

Deux prisonniers s'évadent des EPO

Deux prisonniers s'évadent des EPO Adrian Albrecht avait déjà pris la poudre d'escampette en 1992, en compagnie d'autres détenus, dont le pirate de l'air Hussein Hariri.

Publicité

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Berne offre un milliard à Sion 2026
Plus...