Les ambitions radicales de Zurich contre le réchauffement

EnvironnementLa première ville de Suisse vise zéro émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Irréaliste, s’alarme la droite.

Les grévistes du climat manifestaient mercredi soir devant le parlement de la ville de Zurich.

Les grévistes du climat manifestaient mercredi soir devant le parlement de la ville de Zurich. Image: Urs Jaudas

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À quelques heures d’une nouvelle manifestation nationale, les grévistes zurichois pour le climat fêtent une victoire de taille. Mercredi soir, comme à leur habitude, c’est dans le bruit qu’ils ont accueilli les membres du parlement de la Ville de Zurich, scandant notamment – et en français – qu’ils sont «plus chauds que le climat». Avec le sourire aux lèvres. Comme attendu, les élus ont accepté peu après une motion urgente visant à renforcer la lutte contre le réchauffement de la planète: la Ville doit se fixer l’objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2030. À l’Exécutif désormais de rédiger une disposition en ce sens, de la soumettre au parlement, puis au vote de la population puisqu’elle viendra s’inscrire dans la Constitution communale.

Ramener les émissions de CO2 par habitant à zéro dans les dix années à venir: l’ambition est radicale et permettrait à Zurich de jouer un rôle précurseur. Le Groupe d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) plaide pour une diminution mondiale de 50% des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 et de zéro d’ici à 2045 ou 2050. Les Suisses émettent en moyenne environ 5 tonnes de CO2 par personne et par année.

«Alliance climatique»

Le centre gauche – PS, Verts, Vert’libéraux, Liste Alternative et le Parti évangélique – a soutenu le projet en bloc. Cette «alliance climatique» a rédigé la motion en concertation avec le mouvement zurichois des grèves pour le climat. À ses yeux, les objectifs actuels visés par la «société à 2000 watts» – que la Ville de Zurich était pionnière à mettre en place en 2008 – sont dépassés: il faut en faire plus pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5 degré.

«Il ne reste plus beaucoup de temps pour prendre des mesures efficaces», a plaidé la socialiste Simone Brander. Les motionnaires voient dans leur projet l’assise sur laquelle bâtir une nouvelle politique climatique. Ils sont cependant conscients que la Ville seule ne peut pas atteindre l’objectif fixé et que des solutions cantonales et fédérales seront nécessaires, notamment pour agir sur le trafic aérien. Ils appellent l’Exécutif à s’engager dans ce sens.

Dans le camp adverse, le PLR et l’UDC ont tenté en vain de discréditer une «utopie» qui n’a pas sa place dans la Constitution, qui ouvre la voie à des interdits en série et qui conduira tout droit à la «pauvreté climatique». Les partis bourgeois estiment qu’en visant la neutralité carbone dans la décennie à venir, le porte-monnaie de la classe moyenne souffrira inévitablement d’une hausse des coûts de transports et de logement. Le centre gauche demande que les futures mesures climatiques soient supportables socialement.

L’Alliance climatique vise zéro émission «nette» en 2030. Cela signifie que la quantité de CO2 dans l’atmosphère ne doit plus augmenter à cette date mais que les émissions pourront être compensées, notamment en plantant des forêts. Des certificats de réduction des émissions obtenus à l’étranger sont exclus. Que ce soit dans le domaine de la mobilité, des bâtiments ou dans l’aménagement de quartiers, la Ville de Zurich va devoir miser sur d’autres ressources que les énergies fossiles et nucléaires. Appliqué à la lettre, l’objectif de neutralité carbone implique que dans une décennie, il ne devrait plus être possible de conduire des voitures roulant avec un moteur à combustion.

L’Exécutif zurichois soutient ces ambitions. Il va élaborer un scénario «zéro tonne de CO2», qui analysera la faisabilité et les conséquences du programme. L’Alliance climatique, de son côté, vient de déposer quatre propositions pour viser ce nouveau cap dans les temps voulus. Elle appelle notamment à créer un fonds de 50 millions de francs pour le remplacement des chauffages à combustible fossile dans les logements privés. Et plaide aussi pour la promotion de l’énergie photovoltaïque, qui devra couvrir 10% au moins des besoins en énergie de la ville d’ici à 2030.

D’autres mesures seront nécessaires. Et les motionnaires se gardent bien d’affirmer que l’objectif sera atteint. «Mais il faut au moins viser ce but», commente la socialiste Simone Brander.

Optimisme d’experts

La climatologue vaudoise et professeur à l’EPFZ Sonia Seneviratne ne dit pas autre chose. Atteindre zéro émission nette d’ici à dix ans n’est pas irréaliste, estime-t-elle. «Nous disposons des énergies renouvelables nécessaires et celles-ci n’ont jamais été aussi bon marché.» L’important, poursuit-elle, c’est d’agir maintenant. «Chaque ville, chaque pays a un rôle à jouer.» L’experte salue le fait que Zurich souhaite aller plus loin que les recommandations du GIEC. «Les objectifs fixés doivent être dépassés lorsque c’est possible. Dans une ville comme Zurich, il y a un plus grand potentiel d’action qu’en campagne par exemple, où il peut être plus compliqué de prendre des mesures contre le trafic motorisé.» Aux yeux du professeur d’économie environnementale à l’EPFL Philippe Thalmann, c’est un défi de taille qui attend Zurich. «L’objectif est ambitieux. Mais s’il y a une commune capable de l’atteindre, c’est bien celle-là. Elle a déjà massivement réduit le nombre de voitures en ville et dispose du savoir-faire et de l’argent nécessaires.» (TDG)

Créé: 24.05.2019, 07h42

Le chiffre

10%

des besoins en énergie de la ville de Zurich devraient être couverts par l’énergie photovoltaïque en 2030, selon le centre gauche.

Genève montre aussi la voie

Depuis plusieurs mois, les Cantons et les Villes multiplient les déclarations – plus symboliques que contraignantes – d’urgence climatique. Mais sur le plan des mesures, difficile de s’y retrouver.
En Suisse romande, Genève fait figure de pionnier. Quelques jours avant la COP21, en 2015, le Canton annonçait vouloir réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40% en 2030, par rapport à 1990.

Vingt-cinq mesures sont déjà édictées pour les années 2018-2022. «Cela a été fait en collaboration avec les politiques publiques qui aujourd’hui adhèrent à ce projet. Par ailleurs, cette réduction comprend les émissions occasionnées à l’étranger et doit se faire sans compensation», détaille Rémy Zinder, directeur du Service cantonal du développement durable. Le Canton attend pour l’automne le résultat d’une expertise de l’Université de Lausanne décrivant les scénarios possibles pour arriver à un canton climatiquement neutre en 2050. «Il faudra alors mesurer les risques, les opportunités mais aussi les impacts politiques et socio-économiques car cela impose de toute façon une rupture.» Il faut dire qu’avec 10 tonnes de CO2 par an par habitant à Genève (dont près d’un quart est imputable au seul trafic aérien), l’effort à accomplir est conséquent.

Côté vaudois, le Canton vise la neutralité carbone à l’horizon 2050, en accord avec les objectifs de la Confédération soit 1,5 tonne de CO2 par an et par habitant. Aujourd’hui, chaque Vaudois en produit 5,5 tonnes. L’État de Vaud se dit aussi «déterminé» à réduire ses émissions à l’échelle cantonale et les objectifs seront précisés dans un plan climat en cours d’élaboration. La Direction générale de l’environnement nous précise que l’État sera attentif à ne pas exporter ses émissions pour atteindre ses objectifs. De son côté, le Valais vise aussi la neutralité carbone, mais pour 2060.

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