Les Italiens d’ici appellent à ne pas banaliser la mafia

SuisseUne campagne de sensibilisation est lancée auprès des jeunes. Selon sa responsable, il est nécessaire d’agir dans notre pays.

Ces hommes soupçonnés d’appartenir à une cellule basée à Frauenfeld ont été extradés vers l’Italie.

Ces hommes soupçonnés d’appartenir à une cellule basée à Frauenfeld ont été extradés vers l’Italie. Image: KEYSTONE / CARABINIERI DI REGGIO CALABRIA

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Un mafieux, ce n’est pas un homme qui porte un Borsalino et qui fume le cigare. C’est un membre d’une organisation criminelle, internationale et dangereuse. Ce message est celui de «Progetto legalità». Lancée il y a une semaine, cette campagne vise à sensibiliser les jeunes Italiens de Suisse à la citoyenneté, et notamment à la mafia. Plusieurs conférences publiques sont planifiées jusqu’en juin 2018, dont une rencontre avec la présidente de la Commission parlementaire italienne antimafia, Rosy Bindi. Des ateliers sont prévus dans les écoles italiennes. L’objectif est de sortir des stéréotypes et de ne pas minimiser ces organisations «en les réduisant à un folklore», résume Maria Chiara Vannetti, présidente du Comité des Italiens des cantons de Berne et de Neuchâtel, à l’origine du projet. Celui-ci est également porté par les comités des Italiens de Bâle et de Zurich ainsi que par l’ambassade d’Italie.

Avec cette action, il s’agit encore de montrer aux jeunes que «l’Italie n’est pas le pays de la mafia, mais celui de l’antimafia». Ces élèves seront invités à réaliser des vidéos et des textes sur le sujet. Les organisateurs comptent présenter ces productions à la Suisse, «qui doit réfléchir à ce phénomène et se doter d’une loi efficace pour lutter contre ces mouvements», selon Maria Chiara Vannetti.

Pas de recrutement actif

Qu’en est-il chez nous? Selon l’Office fédéral de la police (FedPol), la Ndrangheta (mafia calabraise, la plus puissante) a connu un pic d’activité dans les années 80 et 90. «Nous avons remarqué qu’elle est désormais moins active, mais elle continue ses activités dans la criminalité économique et les cambriolages», précise Anne-Florence Débois, porte-parole de FedPol. Des signes de cette présence, il y en a régulièrement. En mars 2016, les polices thurgovienne et zurichoise ont arrêté treize Italiens membres présumés de cette organisation. Ces hommes soupçonnés d’appartenir à une cellule basée à Frauenfeld ont été extradés vers l’Italie.

Selon FedPol, il n’y a toutefois pas de «recrutement actif» dans notre pays. «Si l’on naît dans une famille qui appartient à la Ndrangheta, on en est membre de manière presque automatique», ajoute Anne-Florence Débois. Et de préciser: «Être membre de la Ndrangheta ne signifie pas être un criminel actif. Certains gardent un rôle passif, ils s’en distancient même et ne sont pas des criminels.» Les bases légales à disposition en Suisse sont-elles suffisantes? «Nous avons besoin d’un durcissement en ce qui concerne les organisations criminelles», estime Michael Lauber, le procureur général de la Confédération, dans le SonntagsBlick. Dans l’affaire thurgovienne, par exemple, le Ministère public de la Confédération a donné la primauté à l’extradition vers l’Italie, où la sanction encourue est plus importante.

Échange d’informations

En cas de participation ou de soutien à une organisation criminelle, une personne risque jusqu’à 5 ans de prison en Suisse. Les cantons ont notamment demandé de relever ce plafond. Mais le Conseil fédéral n’est pas de cet avis. Dans un avant-projet de modification du Code pénal, envoyé en consultation en juin, il juge que le système actuel est approprié et rappelle que si une autre infraction est commise, elle est punie en tant que telle.

Un autre débat porte sur la protection étendue des repentis (les «témoins de la Couronne»). L’idée est que les autorités de poursuite pénale pourraient garantir à un prévenu, déjà au début de la procédure, une réduction de peine en échange d’informations, voire une exemption. En septembre 2016, le conseiller aux États Claude Janiak (PS/BL) a déposé une motion demandant au Conseil fédéral d’agir dans le domaine. L’intervention a été adoptée par le Conseil des États. Mais en juin, le National n’a pas voulu aller aussi loin.

L’avocat Paolo Bernasconi, ancien procureur tessinois, appuie ces revendications. Et en ajoute d’autres. À ses yeux, les magistrats et les policiers devraient être mieux formés à l’interrogatoire de tels accusés. «Mais il faudrait surtout agir à titre préventif, en durcissant les conditions pour ouvrir une société financière et fiduciaire en Suisse. Trop d’entreprises établies dans notre pays peuvent offrir un soutien logistique à des organisations criminelles et leur permettre ainsi de blanchir leur argent. C’est une lacune dans l’activité du Registre du commerce. Et la Suisse risque de devenir une base logistique et financière du crime organisé, qu’il s’agisse de la mafia ou du terrorisme.» (TDG)

Créé: 20.11.2017, 08h26

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