Le désamour du service civil gagne l'arc lémanique

Obligation de servirAlors que le Conseil fédéral veut durcir les conditions d’accès, le recul des admissions en 2018 change la donne.

Image: Keystone

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Le boom du service civil subit un coup d’arrêt aussi brutal qu’inattendu. Après des années d’augmentation continue, le nombre d’admissions a pour la première fois baissé en 2018. Un recul de 8,5% par rapport à l’an dernier qui a pris tout le monde de court lorsqu’il a été rendu public début janvier.

Selon nos recherches, cette tendance se répercute sur tout le pays. Vingt et un cantons sur vingt-six affichent une baisse des admissions. Avec une diminution de 7%, Vaud se situe à peine en dessous de la moyenne. Même Genève connaît un léger recul, avec – en chiffres absolus – une demande de moins 1% par rapport à 2017. Au final, seuls cinq cantons se trouvent à contre-courant, dont Jura et Fribourg.


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Que s’est-il passé? «On ne dispose pas d’une analyse confirmée des raisons de cette diminution», répond Thomas Brückner, responsable de la communication de l’Office fédéral du service civil. Ces civilistes qui manquent sont-ils autant de jeunes qui ont opté pour le gris-vert? Difficile là aussi d’obtenir une réponse précise.

Ce qu’on sait avec certitude, c’est que la majorité des admissions au service civil découle de militaires qui décident de quitter l’armée en cours de route. Or plusieurs mesures ont été prises pour réduire les départs pendant l’école de recrues. Davantage d’heures de sport, de congés et de sorties. L’assurance d’avoir des nuits de 6 heures ou encore une meilleure formation des cadres. Il s’agit peut-être d’un premier effet.

«Perdre sa crédibilité»

Si elle ne s’explique pas encore clairement, cette baisse des admissions au service civil fait beaucoup parler d’elle. Car le contexte est explosif: le Conseil fédéral doit présenter dans les semaines à venir un projet de loi qui vise à durcir les conditions d’accès au service civil. Son attrait mettrait en effet en péril le fonctionnement de l’armée. «Le service civil est l’un des facteurs qui influent sur les effectifs militaires», affirme le Conseil fédéral, pour qui il est nécessaire de prendre des mesures.

Ces nouveaux chiffres donnent de la munition à la Fédération suisse du service civil (CIVIVA). Elle exige carrément l’arrêt des travaux. «La classe politique perdrait en crédibilité si elle s’obstinait à maintenir la révision malgré ces nouveaux chiffres», déclare Lisa Mazzone, coprésidente de CIVIVA.

«On cherche un bouc émissaire au lieu de régler des problèmes internes. Ce n’est pas au service civil de sauver l’armée»

Le discours de la Genevoise – vice-présidente des Verts – est clair: les admissions de militaires ayant terminé leur école de recrues, c’est-à-dire précisément le groupe de personnes visé par les nouvelles mesures, ont chuté de 17,3%. Il n’y a donc plus de raison de modifier la loi. «On cherche un bouc émissaire au lieu de régler des problèmes internes. Ce n’est pas au service civil de sauver l’armée.» Le discours est partagé par la gauche et le Groupe pour une Suisse sans armée. Pas étonnant, puisqu’ils ont tous fustigé la révision de la loi en consultation.

«Le service civil ne doit pas mettre en péril la réforme de l’armée»

En face, le bloc bourgeois, les cantons et les sociétés d’officiers - tous très favorables au projet – sont prêts à la riposte. Ils ne voient aucune raison de changer de position. «Ce n’est pas parce qu’il y a une fois une baisse des admissions qu’il faut tout stopper», réagit Raymond Clottu (NE), représentant du groupe UDC au sein de la Commission de sécurité du Conseil national. «La tendance des dernières années reste une augmentation. Il ne faut pas oublier que le service civil est un service de remplacement du service militaire. Il ne doit pas mettre en péril la réforme de l’armée en réduisant les effectifs de soldats.»

Menace de référendum

Le dossier est actuellement traité par le gouvernement. Selon nos informations, il devait initialement transmettre le message au Parlement en février encore. Les récents changements de département pourraient faire durer les choses. Mais pas de quoi faire modifier le projet de fond en comble. D’une part, la majorité du Conseil fédéral n’a pas changé, d’autre part, il serait étonnant que le nouveau responsable du dossier change de tactique. Le département en charge du service civil est en effet celui de l’Économie, désormais dirigé par Guy Parmelin, ancien ministre de la Défense.

Au final, c’est bien le peuple qui pourrait trancher. CIVIVA et ses alliés promettent d’ores et déjà de lancer le référendum en cas de durcissement de la loi.

Créé: 12.02.2019, 12h04

Berne veut décourager les civilistes

L’objectif du Conseil fédéral est de convaincre ceux qui ont déjà effectué des obligations militaires de rester au sein de l’armée. En 2017, en effet, plus de 54% des admissions au service civil concernaient des jeunes qui avaient commencé ou terminé l’école de recrues.

Pour lutter contre le départ de ces militaires instruits, il propose tout d’abord l’instauration d’un minimum intangible de 150 jours de service civil. Que le jeune ait déjà servi sous les drapeaux ou non, il devrait tout recommencer à zéro. Le projet prévoit aussi un délai d’attente de douze mois pour les militaires qui souhaitent devenir des civilistes. Pendant ce délai, ils ne seraient pas libérés de leurs obligations à l’armée.

Le gouvernement veut aussi éviter les départs de personnes qualifiées. Le projet prévoit notamment que les médecins ne puissent plus faire le service civil à des postes de médecins. À l’avenir, les sous-officiers et les officiers devraient aussi faire davantage de jours de service s’ils décident de quitter l’armée.

Les militaires ayant accompli tous leurs jours de service d’instruction ne devraient plus non plus être admis au service civil. Cela afin d’empêcher qu’ils ne se soustraient aux tirs obligatoires. Le projet prévoit également d’obliger les civilistes à faire une période de service par année, comme c’est le cas pour les militaires. La dernière mesure veut obliger les personnes qui ont déposé une demande au service civil pendant l’école de recrues d’achever leur affectation dans l’année qui suit l’admission.

Quatre dates clés

2009: La preuve par l’acte

Celui qui ne veut pas faire l’armée ne doit plus passer un examen de conscience pour être exempté, mais expliquer qu’il ne souhaite pas faire le service militaire et est prêt à effectuer un service plus long. Les admissions explosent.

2011: Révision de l’ordonnance

Fini le formulaire sur internet, toute personne intéressée au service civil doit commander un exemplaire et confirmer sa demande après quatre semaines de réflexion. La révision introduit un entretien et limite les affectations. Les indemnités sont aussi réduites. Les admissions reculent.

2015: Ouverture à l’enseignement

Alors que les admissions repartent à la hausse, le Parlement entérine une révision de la loi qui intègre l’aide aux enseignants dans le catalogue des civilistes. Les promilitaristes sont mécontents.

2019: Nouveaux durcissements

Le Conseil fédéral propose sept mesures pour décourager les militaires à bifurquer vers le service civil, alors que les admissions ont baissé en 2018.

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