Le coronavirus aide l’UDC sur la libre circulation des personnes

Votation fédérale du 17 maiL’épidémie installe un climat de protectionnisme. Mais l’UDC se garde d’en faire trop sur un virus mortel.

Il n’y a pas de mesures particulières à la douane de Chiasso (TI), par où passent des milliers de transfrontaliers italiens chaque jour.

Il n’y a pas de mesures particulières à la douane de Chiasso (TI), par où passent des milliers de transfrontaliers italiens chaque jour. Image: KEYSTONE

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L’UDC n’est plus seule à combattre la libre circulation des personnes avec l’UE, qui passe en votation le 17 mai. Elle vient d’avoir un renfort inattendu: le coronavirus. L’épidémie installe en effet un climat de protectionnisme sanitaire où l’on parle jour après jour de fermeture des frontières, de villes en quarantaine et plus généralement de risques dus à la mobilité. Un discours qui reflète la face sombre de la libre circulation des personnes.

Tant que tout cela était confiné à la Chine, cela provoquait un intérêt poli des Suisses. Sans plus. Mais depuis que le nord de l’Italie est sur le pied de guerre, avec réquisition de l’armée pour isoler certains villages, la crainte a gagné le Tessin. Une crainte renforcée par la découverte mardi du premier cas de coronavirus en Suisse.

L’ancien conseiller national UDC Christoph Mörgeli a été un des premiers à instrumentaliser le virus à des fins politiques. Sur Twitter, il lâche: «130 personnes sont infectées par le coronavirus. 70'000 Italiens du Nord traversent chaque jour la frontière pour travailler au Tessin. La libre circulation est mauvaise. Voilà pourquoi il faut vraiment voter oui à l’initiative sur la limitation de l’immigration!»

Cette récupération politique peut-elle marcher le 17 mai? «Non, elle sera inopérante, sauf à considérer que le peuple suisse est composé de gens stupides, réagit le vice-président du PLR Christian Lüscher. Personne, à part des propagandistes à la petite semaine, n’ose faire un lien entre le coronavirus et la votation sur la libre circulation des personnes avec l’UE.»

Circulez, il n’y a rien à voir? Pas aussi sûr. Cristina Gaggini, la directrice romande d’EconomieSuisse, estime que l’épidémie peut renforcer le oui à l’initiative UDC au Tessin, où elle avait déjà de bonnes chances de l’emporter. Mais elle ne croit pas à la contagion en Suisse pour une raison simple. «Avec ou sans libre circulation des personnes, la Suisse est un pays ouvert de par ses échanges économiques et touristiques.»

Pas d’exploitation active

Et la direction de l’UDC? Considère-t-elle que ce virus tombe à point nommé pour doper sa campagne contre la libre circulation? «Ce n'est pas à moi de répondre à cette question, mais aux politologues, répond prudemment Thomas Aeschi. Ce qui me paraît nécessaire, en revanche, c'est de mieux contrôler l'identité des gens qui passent la frontière suisse. Et il faut se préparer à fermer cette frontière si l'épidémie du coronavirus empire.» Étonnamment donc, et c’est encore confirmé par les conseillers nationaux Céline Amaudruz et Michaël Buffat, l’UDC ne veut pas exploiter activement le virus pour la votation du 17 mai.

Cela n’étonne pas le chef de groupe du PS, Roger Nordmann. «Comme l’AfD en Allemagne, l’UDC joue sur les deux tableaux. Il y a les extrémistes à la Mörgeli qui instrumentalisent à fond et puis quelques représentants «bien proprets sur eux» qui se font passer pour des modérés. Mais tous instrumentalisent le virus.»

Nenad Stojanovic, politologue à l’Université de Genève, estime que l’instrumentalisation active du coronavirus est dangereuse pour l’UDC. «J’y vois le risque d’un effet boomerang. Je me rappelle que le gouvernement Aznar, en Espagne, avait tenté d’instrumentaliser les attentats de Madrid. Il a perdu les élections.» Cela explique sans doute pourquoi l’UDC ne veut pas récupérer trop ouvertement un virus mortel qui objectivement sert son discours contre la circulation des personnes. Mercredi, le Secrétariat aux migrations a annoncé que l’Italie refusait dorénavant de reprendre les requérants déboutés en provenance de toute l’Europe, dont la Suisse.


En France et en Italie, l’extrême droite politise le virus

Garder ouvertes les frontières, car les fermer serait disproportionné et inefficace. Tel est le mot d’ordre des pays limitrophes de l’Italie, dont les ministres de la Santé se sont réunis en urgence à Rome mardi. Mais des voix divergentes n’ont pas tardé à politiser la crise.

Alors que la France a annoncé mercredi un deuxième décès, la présidente du Rassemblement national, Marine le Pen, fustige depuis quelques jours le manque de mesures du gouvernement. Elle demande «le contrôle de nos frontières», relevant que l’Arménie, la Turquie, la Jordanie, le Pakistan et l’Afghanistan ont fermé leurs frontières ou restreint les échanges avec l’Iran. «Les dirigeants de ces pays doivent être probablement moins intelligents que notre nouveau ministre de la Santé? Ou pas…», a-t-elle commenté dans un tweet.

Le coronavirus semble aussi faire le jeu de l’extrême droite italienne. Matteo Salvini a critiqué ce week-end la gestion du gouvernement de Giuseppe Conte, exigeant sa démission «s’il n’est pas capable de défendre l’Italie et les Italiens». N’hésitant pas à mêler crise sanitaire et migrants, il s’est indigné sur son compte Facebook du débarquement à Pozzalo, en Sicile, des quelque 300 personnes secourues par l’Ocean Viking, malgré leur mise en quarantaine. «Il est tout simplement insensé que les débarquements continuent comme si de rien n'était, ce gouvernement est de plus en plus déplorable.» Le chef de la Lega a ajouté que l'Italie devrait «rendre ses frontières blindées» en réponse au coronavirus.

L’extrême droite autrichienne s’est, elle aussi, immiscée rapidement dans le débat, alors que le pays compte ses premiers cas. Le chef du parti FPO, Norbert Hofer, a exigé des mesures aux frontières, après le chaos provoqué dans un train au col du Brenner dimanche. Les liaisons entre l’Italie et l’Autriche avaient été interrompues en raison de doutes sur l’état de santé de deux passagers. L’Autriche a placé mercredi 23 personnes en quarantaine.

Virginie Lenk

Créé: 26.02.2020, 22h12

L’épidémie est à un tournant

C’est un tournant pour les experts. Le nombre de nouveaux cas de coronavirus à l'étranger a dépassé mardi pour la première fois celui de ceux qui ont été diagnostiqués le même jour en Chine, selon l'Organisation mondiale de la santé.

Mercredi à Genève, son directeur général a répété qu'il fallait être prudent avant de considérer que le covid-19 est une pandémie. L’OMS s'est de nouveau dite «très inquiète» de la situation en Italie, mais aussi en Corée du Sud et en Iran, où une équipe sera acheminée dans la semaine.

Le virus a par ailleurs franchi l’Atlantique et touché pour la première fois l’Amérique latine. Un premier cas a été confirmé au Brésil, a annoncé mercredi le ministre de la Santé, un patient de São Paulo ayant séjourné en Italie.

Les États-Unis, qui se préparent à une propagation de l’épidémie, ont débloqué 2,5 milliards de dollars pour la lutte contre la maladie. V.L.

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