L’affaire Hildebrand ne serait qu’un pétard mouillé

PolémiqueLa dénonciation par Christoph Blocher au Conseil fédéral des pratiques illégales du président de la BNS paraît peu étayée.

La transaction sur laquelle portent les soupçons aurait rapporté au couple Hildebrand 61?000?francs.

La transaction sur laquelle portent les soupçons aurait rapporté au couple Hildebrand 61?000?francs. Image: Silvia Pfenniger

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Le président de la BNS, Philipp Hildebrand, a vendu une maison en francs suisses et acheté un appartement en dollars. C’est sans doute ce qu’on retiendra de l’incroyable affaire qui oppose Christoph Blocher à Philipp Hildebrand depuis une quinzaine de jours. En effet, le président de la BNS était soupçonné d’avoir fait profiter son épouse d’informations privilégiées dans le but de spéculer sur le marché des devises. Des accusations graves qui auraient été relayées, selon plusieurs sources, par l’ex-conseiller fédéral UDC Christoph Blocher lui-même. Or, selon les informations à paraître aujourd’hui dans le Tages-Anzeiger, le reproche gravissime qui pesait sur Philipp Hildebrand n’est qu’une transaction immobilière à but privé, réglé via le compte courant du couple Hildebrand. Un pétard mouillé, en somme.

Tout commence le 15 août dernier. Kashya Hildebrand, épouse du président de la BNS, achète plus de 500?000?dollars contre quelque 400?000?francs suisses. C’est, en fait, la moitié du fruit de la vente d’une résidence secondaire à Gstaad. Comme en a l’habitude le couple, Kashya Hildebrand thésaurise la fortune pour moitié en francs suisses et pour moitié en dollars. Kashya Hildebrand verse aussi en dollars une somme plus modique (20?000) sur un compte au nom de leur fille de 11?ans. Cet argent doit servir à financer ses études dans un collège américain.

Les soupçons sont éveillés quand le 6 septembre dernier, la BNS introduit le taux plancher du franc suisse face à l’euro. Pour le coup, le dollar s’envole. Gain estimé de la transaction des Hildebrand: 61?000?francs.

Mais, fin août, les Hildebrand achètent un appartement dans les Grisons. La somme et la monnaie de la transaction ne sont pas connues, mais Philipp Hildebrand a pris soin d’avertir l’autorité de surveillance de la BNS des transactions de change de son épouse. Le soupçon de spéculation illicite est donc infondé, comme l’a communiqué la BNS le 23 décembre dernier. Car, entre-temps, une enquête a été diligentée après qu’un informateur a averti le Conseil fédéral le 15 décembre dernier que la famille Hildebrand abusait d’informations privilégiées. Selon plusieurs sources, Christoph Blocher en personne a transmis les documents à la présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey.

Comment le stratège de l’UDC s’est-il procuré ces données bancaires? Le voile est aussi tombé hier. Le whistleblower (donneur d’alerte en français) qui a aiguillonné la presse alémanique depuis le début de l’affaire est un employé de la banque privée Sarasin où la famille Hildebrand possède des comptes. L’employé a été licencié. C’est lui qui a remis les informations à un avocat proche de l’UDC. Christoph Blocher a d’ailleurs encore fait savoir hier qu’il ne s’exprimerait pas.

De quoi alimenter bien des scénarios. Il n’empêche que Christoph Blocher pourrait être inquiété pour violation du secret bancaire, si Philipp Hildebrand décidait de porter plainte. Et ses motivations sont, elles, encore sujettes à caution. On connaît son aversion pour Philipp Hildebrand (lire ci-contre), mais on peine à comprendre comment cet habile entrepreneur l’a attaqué avec un dossier étayé seulement à moitié.

D’autres questions sont encore en suspens. Ainsi le règlement interne de la BNS qui fixe le cadre des activités privées des membres de sa direction afin que ceux-ci ne puissent tirer profit d’informations reste confidentiel. La pression sur la BNS pour qu’elle rende public ce règlement s’accentue. Car pour l’heure, ce sont les auditeurs (PricewaterhouseCoopers) et le Conseil de banque qui ont clos l’enquête. Le Conseil fédéral a répété, lui, hier encore que Philipp Hildebrand garde sa confiance. (TDG)

Créé: 03.01.2012, 23h21

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