La votation sur la détention d’armes s’annonce explosive

RéférendumLa Communauté d’intérêt du tir a réussi son pari. La révision de la loi sera soumise au peuple. L’avenir de Schengen est en jeu.

Les Suisses devraient se prononcer le 19 mai sur le durcissement de la loi sur les armes.

Les Suisses devraient se prononcer le 19 mai sur le durcissement de la loi sur les armes. Image: PIERRE ALBOUY

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les tireurs ont visé droit dans le mille. Lancé en octobre, le référendum contre le durcissement de la loi sur les armes a abouti. C’est ce qu’ont affirmé plusieurs journaux dimanche, citant des sources bien informées. Luca Filippini, président de la Communauté d’intérêt du tir suisse (CIT), n’infirme ni ne confirme. «La récolte se poursuit. Nous déposerons les signatures le 17 janvier, délai qui nous est accordé. Je peux juste vous dire que nous sommes très positifs sur le fait que nous dépasserons les 50 000 paraphes nécessaires.»


Lire aussi l'éditorial: Les armes, un combat périlleux pour l’UDC


Ce succès était attendu. La CIT – à l’origine du référendum – totalise 200 000 membres et elle a pu compter sur le soutien de plusieurs élus UDC. Les quatre vice-présidents du comité référendaire sont d’ailleurs des conseillers nationaux issus de ce parti.

«Nous sommes très positifs sur le fait que nous dépasserons les 50 000 paraphes nécessaires»

Parmi eux, Jean-Luc Addor. Le Valaisan, qui est aussi président par intérim de Pro Tell, espère que son parti s’engagera pleinement dans la campagne pour mieux se «profiler». «Cet objet se trouve au confluent de plusieurs combats de l’UDC: la souveraineté avec ce diktat de l’UE et les traditions helvétiques avec l’arme de service. Mais cette votation n’est pas celle d’un parti. Bien que l’UDC était presque seule à combattre ce texte au parlement, on a remarqué dans la récolte de signatures que nos préoccupations étaient partagées par de nombreux sympathisants d’autres partis. La mobilisation a été excellente en Romandie. Et il n’y a pas que des UDC dans les sociétés de chasse en Valais ou dans les abbayes vaudoises.»

«Diktat de l’UE» et «tradition»: le scrutin s’annonce explosif, d’autant plus s’il est agendé au 19 mai, soit cinq mois avant les élections fédérales. La nouvelle loi découle en effet d’une directive de Bruxelles qui veut mieux lutter contre le terrorisme. Avec cette révision, les armes semi-automatiques – comme celles utilisées lors des attentats qui ont endeuillé Paris – seraient placées dans la catégorie «armes interdites» et donc soumises à autorisation exceptionnelle. En tant que signataire de l’accord Schengen, la Suisse est censée reprendre la réglementation européenne.

«Cette loi ne servirait à rien car aucun attentat n’a été commis avec une arme légale»

Le Conseil fédéral a toutefois négocié des exceptions (lire l’encadré). Pas de quoi convaincre les opposants, qui dénoncent une loi «liberticide, inique, inutile, dangereuse et antisuisse», et qui signifie, selon eux, «la fin du tir en tant que sport de masse», pour reprendre les mots de Luca Filippini.

«Il n’y a pas d’adéquation entre les restrictions proposées et le but sécuritaire recherché, ajoute Jean-Luc Addor. Cette loi ne servirait à rien car aucun attentat n’a été commis avec une arme légale. La Suisse reste un des pays sûrs alors que la France, qui connaît un droit des armes restrictif, a vécu depuis presque deux ans dans un pseudo-état d’urgence». Pour lui, le droit de posséder une arme est ancestral, or on va en faire un privilège. «Cette révision détruit le rapport de confiance entre l’État et le soldat de milice.»

Devoir d’explication

Faut-il craindre une votation sur un sujet aussi émotionnel? «Oui et non, répond le conseiller national Pierre-Alain Fridez (PS/JU). Oui, car un rejet ferait tomber l’accord Schengen, ce qui aurait des conséquences graves. C’est d’ailleurs le but de l’UDC qui se sert de cette loi pour arriver à ses fins. Et non, car je pense que nous pouvons gagner, car la Suisse a bien négocié.»

«Si nous restons pragmatiques et expliquons aux citoyens ce qu’il en est exactement, nous pouvons convaincre»

Dans le même esprit, le sénateur Olivier Français (PLR/VD) insiste sur le devoir d’explication. «Ce scrutin ne sera pas facile. Nous serons en pleine année électorale. Mais si nous restons pragmatiques et expliquons aux citoyens ce qu’il en est exactement, nous pouvons convaincre.»

Les milieux économiques sont déjà prêts à s’engager. «C’est clairement l’un des dossiers cruciaux de 2019», confirme Carmelo Lagana, d’EconomieSuisse. Pour la faîtière, «un rejet de la loi affecterait l’économie dans son ensemble. La disparition de l’accord de Schengen menace presque toutes les branches, en particulier le secteur touristique et les exportations».

D’ici au scrutin, c’est une configuration politique bien connue qui devrait se mettre en place: l’UDC seule contre tous. Le parti devrait décider le 26 janvier, date de sa prochaine assemblée, s’il soutient le référendum. (TDG)

Créé: 07.01.2019, 18h11

Un scrutin tendu

Deux objets

Si la loi sur les armes devait être soumise à votation le 19 mai, les Suisses auraient un dimanche chargé, car ils devraient également se prononcer sur le deal qui lie fiscalité des entreprises et financement de l’AVS. Là aussi, le référendum aurait abouti.

Forte mobilisation

Les deux objets soumis au vote devraient largement mobiliser. Il sera en effet question des traditions helvétiques, des relations Suisse-UE, de l’avenir de la place économique et du financement des assurances sociales. Des enjeux majeurs aussi bien pour la gauche que pour la droite.

Ce qui va changer avec la nouvelle loi

La nouvelle loi porte sur les armes semi-automatiques munies d’un chargeur de grande capacité, c’est-à-dire celles qui permettent de tirer plusieurs coups d’affilée sans être rechargées. Des armes qui seront désormais interdites.

Pour les chasseurs, la révision ne change rien, vu que ce type d’armes n’est déjà pas admis pour la chasse. Pour les militaires, la Suisse a obtenu une réglementation spéciale: ils pourront garder et utiliser leur arme d’ordonnance.

La situation est différente pour les collectionneurs, qui devront désormais prouver que leurs armes sont conservées de façon sûre et tenir un inventaire.

Les tireurs sportifs, eux, pourront toujours utiliser ces armes, mais à plusieurs conditions: qu’elles soient enregistrées auprès de l’autorité compétente du canton et que le propriétaire soit membre d’une société de tir ou qu’il puisse prouver qu’il utilise son arme de façon régulière pour le tir sportif. On parle de cinq séances de tir en cinq ans.

Ces exceptions ne satisfont pas Luca Filippini. «On change le paradigme de la détention d’armes. Avant, il était possible d’obtenir des armes et la loi prévoyait des exceptions. Désormais, la loi interdit la détention, et ce sont des exceptions qui l’autorisent.» Plus grave selon lui, la directive est «évolutive».

«L’UE fera le point dans cinq ans, et pourra durcir sa réglementation. Cette loi est un chèque en blanc. La Suisse est en train de déléguer son droit des armes à Bruxelles.»

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Une nouvelle espèce d'hominidé découverte
Plus...