La vague verte accompagne un net glissement à gauche

ElectionsLes partis de droite ont perdu beaucoup de plumes dans les élections de Zurich, Lucerne et Bâle. Sursaut possible ou affaire pliée?

Liesse des Verts dans les rues de Lucerne ce dimanche après la proclamation des résultats électoraux.

Liesse des Verts dans les rues de Lucerne ce dimanche après la proclamation des résultats électoraux. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Pendant quatre ans, un mot a été martelé à Berne sous la Coupole fédérale: «Rechtsrutsch». Cela signifie «glissement à droite» ou «glissade à droite» selon l’intensité qu’on veut lui donner. Ce mot magique a caractérisé la poussée à droite intervenue aux élections fédérales de 2015. Pour la première fois, les groupes parlementaires UDC et PLR s’emparaient de la majorité du Conseil national. Au grand dam de la gauche.

Eh bien depuis dimanche dernier, et à six mois des prochaines élections fédérales, le pendule politique repart fortement dans l’autre sens. Il faut désormais parler d’un «Linksrutsch», un glissement à gauche. Il n’était pas encore tout à fait évident il y a dix jours avec les élections zurichoises. La «vague Verte», avec les 18 sièges gagnés par les Verts et les Vert’libéraux, a un peu masqué le phénomène. D’autant que le PS a perdu de peu un siège dans le canton de Zwingli. Mais les prémisses étaient là puisque les Verts faisaient un bond sans siphonner les voix du PS.

Confirmation spectaculaire dimanche dernier dans deux cantons qui ont un profil différent de celui de la métropole zurichoise. À Lucerne et Bâle-Campagne, les Verts cartonnent une nouvelle fois, mais le PS progresse aussi. Il devient même le premier parti de Bâle-Campagne devant l’UDC. Cette dernière subit des revers importants dans les trois cantons. Le PLR, lui, perd des plumes à Zurich et Lucerne.

Nouvelle majorité?

Roger Nordmann, le chef du groupe parlementaire fédéral PS, se réjouit de ce glissement à gauche. «Les gens en ont marre de cette majorité de droite, aux positions extrêmes, qui bloque tout. Cela rend possible une nouvelle majorité en octobre qui permettra de faire avancer les choses sur la protection de l’environnement et l’assainissement à pas modérés du 2e pilier.» Il ne prend pas ombrage du fait que les Verts ont des gains plus importants que le PS. «L’important, c’est que nous travaillions ensemble pour trouver des solutions.»

Un parti prend le glissement à gauche en pleine figure: l’UDC. Dans les trois cantons, il perd globalement en une semaine… 23 sièges dans des Grands Conseils. C’est le parti où l’hémorragie est la plus forte (–41 sièges depuis 2015). Cela s’explique bien sûr par la taille du parti (lire l’encadré). Mais la vice-présidente de l’UDC, Céline Amaudruz, avance encore deux autres raisons. «Certains de nos électeurs ne se déplacent plus pour aller voter car ils sont dégoûtés par le fait que nos initiatives populaires victorieuses, sur le renvoi des criminels étrangers ou sur l’immigration, ne soient pas appliquées. Et puis, le climat est le thème du moment.» Elle s’inquiète d’ailleurs des conséquences d’un glissement à gauche. «Cela veut dire adhésion à l’UE et toujours plus de taxes, notamment sur les voitures.»

Taxer l’essence et les avions

Les Verts, grands vainqueurs de ces élections cantonales, vont-ils taxer à tout-va les voitures et avions? «Nous voulons surtout des mesures efficaces et qui ont fait leurs preuves, explique la vice-présidente, Lisa Mazzone. Nous sommes en faveur d’une taxe de 20 centimes maximum sur le litre d’essence et d’une taxe sur les billets d’avion similaire à celle qui existe en Grande-Bretagne. Mais nous insistons sur le fait qu’une grande partie de ces taxes doit être redistribuée à la population pour que la mesure soit sociale.»

Le PLR est dans une position inconfortable. Il gagnait toutes les élections cantonales depuis 2015 et le voilà qui perd coup sur coup à Zurich et Lucerne. Cela n’inquiète pas trop le vice-président Christian Lüscher, qui compte notamment sur la Suisse romande pour gagner en automne. En dépit de l’affaire Maudet? «C’est du passé. Toutes les bisbilles seront complètement effacées quand il s’agira d’élire nos représentants à Berne.»

Créé: 01.04.2019, 21h21

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

«L’UDC perd beaucoup mais part de très haut»

Interview de Pascal Sciarini

Professeur de politique suisse à l'Université de Genève



La gauche unie (PS et Verts) est-elle assurée de faire un carton aux prochaines élections fédérales?
Je ne suis pas Madame Soleil. Je ne pense pas qu’ils feront un carton, mais il est vrai que pour eux les signaux sont favorables. La thématique climat s’est imposée. Ceux qui en profitent immédiatement, ce sont ceux qui portent l’étiquette verte. Mais le PS peut aussi en profiter car l’écologie est au cœur de son programme depuis des années.

Le PS n’a-t-il pas brouillé son message pour ses électeurs sur l’accord institutionnel en défendant bec et ongles les mesures antidumping, quitte à faire échouer l’accord?
On peut le voir de façon négative ou positive. Les militants PS sont favorables à une intégration soft à l’UE. De ce point de vue, il a brouillé son message envers la classe moyenne. D’un autre côté, en défendant les mesures d’accompagnement, il répond aux soucis de son électorat populaire. S’il n’avait rien fait, il prenait le risque de laisser partir encore plus cet électorat vers la droite dure.

Le PLR n’arrêtait pas de gagner dans les élections cantonales. Or désormais il perd aux élections cantonales. Que se passe-t-il?
Le PLR avait une bonne image sur les questions économiques et sur le dossier européen. Ce dernier, malheureusement pour lui, devient de moins en moins lisible. Le PLR en paie le prix d’autant plus qu’une dynamique nouvelle, celle de l’environnement, s’est imposée. En Suisse romande, avec les affaires Maudet et Broulis, il n’est pas évident non plus que le PLR puisse retrouver la dynamique qui l’avait porté ces dernières années.

L’UDC recule fortement aussi bien à Zurich qu’à Lucerne ou à Bâle-Campagne. Pourquoi?
L’UDC perd beaucoup mais part de très haut. Aucun parti en Suisse n’a dépassé 30% des voix depuis 1919, alors que l’UDC est tout proche de cette barre. Un reflux serait presque mécanique. Sur le fond, l’UDC a profité à plein en 2015 de la vague migratoire. Celle-ci a reflué. Mais attention. Si les élections cantonales sont un bon indicateur, il ne faut pas oublier que la campagne des élections fédérales n’a pas encore commencé. L’UDC pourrait tirer son épingle du jeu si un de ses thèmes s’impose.

L’UDC doit donc prier pour qu’un de ses thèmes revienne sur le tapis?
S’il y avait une attitude très intransigeante de l’UE vis-à-vis de la Suisse, cela pourrait profiter à l’UDC. Mais ce n’est pas le scénario qui se dessine. Il me semble que le monde politique va botter en touche et temporiser jusqu’aux élections fédérales.

Articles en relation

Vague verte sur le parlement lucernois

Lucerne Les Verts ont gagné 11 sièges au parlement lucernois. Du côté du conseil d'Etat, deux conseillers actuels PDC ont été réélus au premier tour des élections cantonales. Plus...

Une déferlante Verte s'abat sur le canton de Zurich

Politique À sept mois des élections fédérales, les écologistes réalisent un carton au parlement zurichois et l’UDC est giflée. Plus...

La lame Verte a un effet trompeur

L’éditorial Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les grands partis désemparés
Plus...