La stratégie énergétique, espoir de l’énergie solaire

VotationLa nouvelle loi prévoit un système de subvention qui devrait permettre de débloquer un véritable embouteillage.

Plus de 36'000 projets sont sur liste d'attente.

Plus de 36'000 projets sont sur liste d'attente. Image: Keystone

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Les panneaux solaires sont loin d’être aussi imposants que les éoliennes. Pourtant, ils peinent eux aussi à fleurir dans le paysage suisse. Actuellement, le solaire et l’éolien ne représentent que 1,3% de la production d’électricité du pays, contre 11,7% en moyenne dans l’Europe. La motivation ne fait pas défaut, au contraire: début avril, on comptait 36'803 projets de production d’électricité photovoltaïque bloqués.

Pour mieux comprendre, il faut remonter la bobine jusqu’en 2009. Afin d’encourager le développement des énergies renouvelables, le Parlement a instauré un système dit de rétribution à prix coûtant (RPC). Celui-ci rembourse au producteur d’électricité renouvelable la différence entre le coût de production et le prix du marché. Un encouragement nécessaire pour une énergie dont la production coûte encore davantage qu’elle ne rapporte.

Victime de son succès

Or, le système a été victime de son succès et l’argent a déjà été attribué depuis longtemps. Un millier de demandes viennent s’ajouter chaque mois à la longue liste d’attente des projets demandant des subventions. «A la différence des éoliennes, n’importe qui peut se lancer dans une installation photovoltaïque, souligne Marianne Zünd, responsable médias et politique de l’Office fédéral de l’environnement (OFEN). S’ajoute à cela le fait que la loi prévoit des contingents annuels pour les projets. Le Parlement ne voulait pas tous les démarrer en même temps, surtout afin de profiter de la chute progressive des prix de ces installations.»

Selon l’association des professionnels de l’énergie solaire Swissolar, la production annuelle des installations existantes à la fin de l’année 2016 représentait 2,7% de la consommation nette d’électricité. Cette proportion pourrait atteindre près de 2100 GWh, soit 6,3% de la consommation, si l’on additionne la somme des projets en attente.

Rentabilité compliquée

A Chavornay, la PME de Gérard Dutoit présente l’un des exemples type. L’entrepreneur possède sur le site de son entreprise deux installations photovoltaïques, dont une est inscrite sur la liste d’attente RPC. Etendue sur une surface de 1500 m2, celle-ci représente un investissement de 500'000 francs. «En 2013, on pouvait lire sur le site de l’OFEN une belle lettre signée par Doris Leuthard, se souvient l’entrepreneur. «La liste d’attente est quasi résorbée», était-il écrit. En réalité, même si la stratégie 2050 passe, la liste d’attente sera de sept ans. Jamais mon installation ne sera rentabilisée (ndlr.: la RPC n’a pas d’effet rétroactif)

Gérard Dutoit a donc suspendu un autre projet, une installation de 1800 m2. «C’est absurde: je suis en zone industrielle, nous avons de l’espace sur les toits, les moyens techniques et les consommateurs (ndlr.: les entreprises voisines) à côté. Mais sans RPC, le solaire n’est pas rentable. La Confédération ne tient pas ses promesses, ce n’est pas normal.»

Rétribution unique à l'avenir

La nouvelle loi prévoit de remplacer d’ici six ans la RPC par un autre système de subvention, dit de rétribution unique. Les producteurs recevront entre 20 et 25% (max 30%) des coûts d’investissements du projet. Cette solution a déjà été lancée en 2014, mais uniquement pour les petits projets. En cas de oui le 21 mai, elle sera étendue aux grandes installations. «Il est certain qu’à long terme, ce système est moins intéressant financièrement pour les producteurs, reconnaît Marianne Zünd. Mais il permet de développer davantage de projets. Mieux vaut cela que rien du tout.»

Gérard Dutoit, lui, «attend de voir». «Sans la RPC et avec les prix actuels du marché de l’électricité, l’opération n’est pas rentable. La rétribution unique fonctionne bien pour les petites installations. Mais je vois mal comment on peut opérer un tournant énergétique uniquement avec de petites installations sur les toits des maisons individuelles», conclut l’entrepreneur.

Optimisme de Swissolar

Swissolar, satisfait du système de rétribution unique, se veut plus rassurant. «Elle assure une sécurité d’investissement, ce que ne permettent pas les recettes de la vente d’électricité, qui couvrent uniquement les coûts d’exploitation, explique son président, le conseiller national Roger Nordmann (PS/VD). Au final, le producteur est gagnant.»

Pascal Affolter, directeur de Solstis, une entreprise qui conceptualise et commercialise des systèmes photovoltaïques, estime que «l’on aurait pu garder la RPC. Mais cette loi est un tel compromis, elle est plus suisse que suisse! Si cela n’avait tenu qu’à nous, elle contiendrait quatre fois plus.» Il rappelle toutefois que les prix de production ont drastiquement baissé au cours des dernières années. «Le grand avantage du solaire, c’est qu‘il est consommé directement sur place. Il faut donc réduire de la facture les taxes des Services industriels ou le transport! Cela devient donc très rentable pour le consommateur.»

La rétribution unique représente selon lui «un coup de pouce» permettant à l’installation de devenir plus rapidement rentable. Pour Pascal Affolter, tout est «une question de tempo». «Le peuple décidera le rythme avec lequel on arrivera au solaire. Avec un oui à la stratégie, non seulement on crée des emplois mais on atteindra plus rapidement le but.» (TDG)

Créé: 23.04.2017, 19h47

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