La mission CHEOPS dépend du ciel de Kourou

EspaceMardi, la Suisse et l'Agence spatiale européenne vont lancer en Guyane le téléscope réalisé par les Unis de Genève et de Berne. Si le ciel le permet.

Vidéo: Keystone

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Le lancement du télescope CHEOPS par la Suisse et l'Agence spatiale européenne (ESA) mardi depuis Kourou, en Guyane française, ouvre une nouvelle ère dans l'étude des exoplanètes. Didier Queloz, de l'Université de Genève, sera aux premières loges pour observer la réussite – ou l'échec – de ce projet imaginé il y a plus d'une décennie.

Il y a quelques jours seulement, Didier Queloz était encore en habit et cravate blanche, avec son collègue Michel Mayor, dans la salle de concert de Stockholm pour recevoir le prix Nobel de physique 2019. Les deux scientifiques suisses ont été honorés pour avoir découvert la première exoplanète en 1995, du nom de «55 Pegasi b», une avancée qui a complètement changé la perception de la place que nous occupons dans l'univers. Quelque 4000 de ces exoplanètes ont été identifiées depuis.

D'autres mondes semblent grouiller en dehors de notre système solaire. Et ces systèmes peuvent être très différents du nôtre. «55 Pegasi b», une planète gazeuse comme Jupiter, avait déjà bouleversé nos connaissances en la matière, avec son orbite très proche de son étoile, plus proche encore de la trajectoire effectuée par Mercure autour de notre soleil.

«Notre système solaire est-il un cas particulier ou un modèle standard?» Nous ne le savons pas encore«, a remarqué Didier Queloz lors d'un entretien avec les médias dans l'avion l'emportant de Paris vers la Guyane. «Quels ingrédients faut-il pour qu'un système solaire comme le nôtre voie le jour?» Et finalement, quelles sont les conditions nécessaires pour l'apparition de la vie?

Le télescope CHEOPS (abréviation de CHaracterising ExOPlanet Satellite) devrait aider à répondre à ces questions.

C'est la première fois que la Suisse, qui compte parmi les pays fondateurs de l'ESA, prend la tête d'une mission de l'organisation. Le hasard a bien fait les choses, avec un lancement intervenant quelques jours seulement après la cérémonie suédoise. A moins que cela n'ait été un plan bienveillant de la part du Comité Nobel: il y a en effet plusieurs années déjà que les deux chercheurs étaient fortement pressentis pour cette récompense.

Les scénarios catastrophe

Le télescope CHEOPS ouvre une nouvelle ère pour une autre raison: pour la première fois, il ne s'agit pas de découvrir de nouvelles exoplanètes mais de mieux connaître celles déjà observées. Cet appareil doit mesurer avec précision le diamètre d'exoplanètes connues et, sur la base de données déjà disponibles sur la masse de ces corps célestes, fournir une indication sur leur texture. L'on saura ainsi s'il s'agit de planètes gazeuses ou rocheuses, ou si elles sont recouvertes de profonds océans.

Sur place, en plus de Didier Queloz, il y a aura également le chef du projet CHEOPS, Willy Benz, de l'Université de Berne. Il retiendra lui aussi son souffle mardi lors du décollage d'une fusée de type Soyouz à 5 h 54 (heure locale, 9 h 54 en Suisse), avec le télescope à son bord. Ce dernier sera mis en orbite à une altitude d'environ 700 kilomètres autour de la terre.

Mais le ciel au-dessus de Kourou peut aussi réserver de mauvaises surprises. Les fusées Soyouz sont certes considérées comme très fiables. Les vibrations lors du lancement peuvent cependant provoquer des dérèglements voire endommager le télescope. Ce dernier pourrait aussi se révéler muet en raison d'une erreur de programmation. Autre risque: le couvercle censé protéger le télescope durant le décollage pourrait ne pas s'ouvrir en orbite et boucher la vue sur les planètes lointaines.

Les gènes suisses

«Nous serons éventuellement en mesure de résoudre des problèmes de programmation avec une mise à jour», note Willy Benz. »Mais si en janvier, nous voulons ouvrir le couvercle et ça ne marche pas, alors nous avons un immense problème. Nous ne pourrons rien faire«. Il n'y a en effet pas de second CHEOPS permettant de faire une nouvelle tentative. Un échec de la mission serait un coup dur.

Cela fait onze ans que Didier Queloz est allé voir Willy Benz pour lui faire part de son idée de mission. C'est de là qu'est née l'intention de postuler pour une mission de type «S-class», des projets de taille plus petite disposant d'un budget de l'ESA inférieur à 50 millions d'euros. «C'était peut-être dans les gènes suisses de vouloir construire quelque chose de petit, afin de réaliser des mesures très précises.»

Willy Benz se souvient encore très bien du moment où, en 2012, l'ESA lui donne le feu vert. Un point culminant pour lui, mais surtout le début d'un long travail, souligne Willy Benz. Durant sept ans, quelque 130 chercheurs en provenance de onze pays ont planché sur le projet, sous la conduite de l'Université de Berne.

Premières données espérées dès l'été

Le tout pourrait être réduit à néant en quelques minutes. «Nous avons tout fait et testé tout ce qui était possible», déclare-t-il. La nervosité se mêle donc à la joie de l'attente.

Le projet CHEOPS prévoit de scruter 400 à 500 planètes ces prochaines années. Une fois lancé, le télescope devra toutefois d'abord se soumettre durant environ trois mois à une batterie de tests.

Willy Benz ne recommencera donc à dormir tranquille que lorsque les premières photos montreront que le télescope répond aux attentes placées en lui. Si tout se passe comme prévu dans le ciel au-dessus de Kourou et en orbite, les premières données devraient être disponibles l'été prochain. (ats/nxp)

Créé: 16.12.2019, 13h27

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