L’avenir du «mariage pour tous» se joue cet automne

HomosexualitéExclus du projet, l’accès au don de sperme et la filiation dès la naissance pourraient être réintégrés. Le futur parlement décidera.

Les associations de défense des homosexuels ont manifesté devant le Palais fédéral.

Les associations de défense des homosexuels ont manifesté devant le Palais fédéral. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le «mariage pour tous» verra le jour en Suisse. Reste à savoir quand et sous quelle forme. Une large majorité politique et associative est prête à faire le pas. «128 des 154 participants à la consultation ont accueilli favorablement la proposition», précise la Commission des affaires juridiques dans un communiqué publié vendredi. Malgré, là aussi, une majorité en consultation (97 sur 154), elle refuse toutefois d’intégrer au projet la procréation médicalement assistée (PMA), soit la possibilité pour les couples de lesbiennes de recourir au don de sperme. «La commission est d’avis que la proposition ne pourrait plus bénéficier du soutien de la majorité du peuple.» La décision est tombée par 13 voix contre 12.

Ce point est tout sauf anecdotique pour les associations LGBT. Pour marquer le coup, elles ont manifesté tôt vendredi matin sur la place Fédérale, avant de convoquer une conférence de presse. Le message est clair: les homosexuels ne veulent pas d’un mariage «au rabais» qui ne leur offrirait pas les mêmes droits qu’aux hétérosexuels.

Parcours du combattant

Au travers de plusieurs témoignages, les intervenants ont surtout mis en avant le parcours du combattant que doivent mener les couples lesbiens pour assouvir leur désir d’enfant. Souvent, elles doivent aller dans des cliniques à l’étranger, quand ce n’est pas en «bricolant» avec des proches, faute de moyens financiers. Sans oublier qu’en l’absence de double filiation, seule une des deux mamans a par la suite des droits sur l’enfant, à moins que l’autre parent ne l’adopte. Et si cette possibilité existe depuis 2018, c’est à nouveau beaucoup de paperasse pour que l’État reconnaisse celui qu’elle considère déjà comme son propre enfant. «Ce qui peut engendrer des souffrances au sein de la famille», note Maria von Känel, directrice générale de l’association faîtière Familles arc-en-ciel.

«Il faut aller jusqu’au bout. Il y aura de toute façon un vote. Le référendum est assuré. […] La société est prête»

Mais il y a aussi un argument plus politique. Accepter aujourd’hui ce «mariage pour tous light» pour y ajouter demain la PMA reviendrait à légitimer le discours de ceux qui estiment que les homosexuels en demandent toujours plus. «Il faut aller jusqu’au bout, nous confiait récemment Muriel Waeger, porte-parole des deux plus grandes associations de défense des personnes LGBT. Il y aura de toute façon un vote. Le référendum est assuré.» Mais elle en est sûre: «La société est prête.»

Ne pas trop charger la barque, c’est pourtant ce qui a toujours poussé la majorité de la commission à ne pas inclure la PMA au projet. Ceux qui sont convaincus par cette stratégie restent majoritaires, mais ils sont de moins en moins nombreux. À savoir l’UDC – qui ne veut pas de mariage du tout pour les homosexuels, estimant que le partenariat enregistré est suffisant – et certains conservateurs d’autres partis bourgeois, comme le PDC.

Ce qui a fait changer d’avis les autres membres de la commission, PLR et PS en tête? Une expertise juridique mandatée par les associations LGBT et qui prétend que l’accès à la PMA pourrait se faire par une simple révision de la loi, et non par un changement de la Constitution. Voilà qui pourrait faciliter le résultat du vote, vu que la majorité des cantons ne serait pas requise.

«Réel optimisme»

Malgré le revers du jour, les élus qui sont en faveur de la PMA affichent donc un réel optimisme. «Au départ, personne ou presque ne voulait aborder cette question, privilégiant une approche pas à pas, se souvient Lisa Mazzone (Verts/GE). Aujourd’hui, nous échouons à une voix près. Cette forte minorité peut très vite devenir une majorité.»

D’autant que pour des raisons de procédure, le projet ne sera pas traité durant la session de septembre, mais lors de la prochaine législature. C’est donc le parlement issu des élections fédérales d’octobre qui tranchera. «C’est pour cela qu’il faut renforcer la gauche cet automne», profite de glisser la vice-présidente du parti écologiste.

Créé: 30.08.2019, 18h17

Et les mères porteuses? «Ce n’est pas un thème»

Pour accomplir leur désir d’enfant, certains couples homosexuels ont recours à des mères porteuses, une pratique légale dans certains pays, comme les États-Unis. Après la procréation médicalement assistée (PMA), les associations LGBT revendiqueront-elles aussi la gestation pour autrui (GPA)?

«Ça n’a rien à voir, rétorque Salome Zimmermann, coprésidente de LOS, l’Organisation suisse des lesbiennes. La GPA est interdite en Suisse pour tout le monde. Ce que nous dénonçons, c’est la discrimination que subissent les couples homosexuels vis-à-vis des couples hétérosexuels en matière de don de sperme.»

Et de rappeler que pour la PMA, il n’y a pas de troisième personne qui porte le bébé. «La GPA pose d’autres questions éthiques. Et ce n’est pas un thème.»

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Le Conseil fédéral contre l'interdiction totale de la pub pour le tabac
Plus...