L’avenir des retraites met le Conseil national à cran

Assurances socialesPressée par le temps, la Chambre basse entame un débat marathon de quatre jours sur Prévoyance 2020. Les fronts sont figés.

Isabelle Moret (PLR/VD), rapporteuse de la Commission, a reconnu que l’objectif de maintenir les rentes n’était pas atteint par le projet présenté.

Isabelle Moret (PLR/VD), rapporteuse de la Commission, a reconnu que l’objectif de maintenir les rentes n’était pas atteint par le projet présenté. Image: Keystone

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Ils sont sur les nerfs! Malgré le retrait de l’épée de Damoclès que constituait l’initiative AVSplus, la pression n’a pas diminué sur les conseillers nationaux, qui se sont emparés hier de Prévoyance 2020. Un projet crucial pour l’avenir, comme l’ont rappelé plusieurs orateurs durant le débat d’entrée en matière. Il est question, ni plus ni moins, de la pérennité du système de prévoyance vieillesse en Suisse.

Le temps presse. En raison notamment du vieillissement de la population et de l’arrivée prochaine des baby-boomers à la retraite, le premier pilier risque de se trouver dans les chiffres rouges. A cette urgence générationnelle s’ajoute une urgence temporelle. Un relèvement de la TVA est prévu pour financer l’AVS. L’idée est de profiter de la fin du financement additionnel de l’AI, et de remplacer l’un par l’autre. Le taux ne bougerait pas. Les consommateurs n’y verraient que du feu. Pour y parvenir, les travaux doivent être terminés d’ici 2017.

Ce calendrier est un véritable défi. Et ça se sent. Le projet présenté hier n’est pas abouti. «Notre but est de maintenir les rentes, et cet objectif n’est pas atteint», s’est presque excusé Isabelle Moret (PLR/VD), rapporteuse de la Commission. Les élus ont en effet devant eux une version de Prévoyance 2020 que personne ne défend. Elle comprend une hausse de la retraite des femmes à 65 ans, une baisse du taux de conversion (et donc des rentes du deuxième pilier) et un mécanisme d’autocontrôle qui pourrait – le cas échéant – conduire à un âge de référence à 67 ans. Mais il n’y a rien pour compenser les pertes. «En temps normal, nous n’aurions pas proposé ce dossier. Nous l’aurions repoussé à une session ultérieure. Le timing ne le permet pas», a reconnu, penaude, la Vaudoise. Pas de quoi calmer l’avalanche de questions, qui frise le pugilat. «C’est le plus mauvais des concepts, finit-elle par lâcher. Vous devez désormais choisir votre camp. Mais il faut compenser!»

Faire passer la pilule

Des camps, il y en a deux. D’un côté, la gauche et le centre qui roulent pour la solution du Conseil des Etats: une hausse des rentes de l’AVS de 70 francs, pour faire passer la pilule des mesures qui entraînent une diminution des acquis. «C’est le seul projet qui peut convaincre le peuple», a martelé Ruth Humbel (AG), spécialiste des assurances sociales au PDC. «Il est beaucoup plus facile – et moins coûteux – de compenser les pertes en augmentant l’AVS», a renchéri Jean-François Steiert (PS/FR)

«Distribuer des cadeaux pour gagner n’est pas responsable», a rétorqué Sébastien Frehner (BS/UDC). La majorité de droite ne veut pas non plus entendre parler de financement croisé. Ce week-end, les libéraux-radicaux ont donc présenté une nouvelle piste: compenser la baisse des rentes LPP directement dans le deuxième pilier, notamment par de nouvelles cotisations. Entre ces différentes visions, le plénum a jusqu’à jeudi pour trancher.

Difficile de dire dans quel sens tout cela va tourner. L’union PLR-UDC, à l’origine du durcissement du projet, s’est fissurée hier après que Thomas Aeschi (UDC/ZG) ait proposé de morceler le paquet. Cette proposition de dernière minute a été rejetée par tout le monde (lire ci-contre), mais elle montre bien à quel point les élus sont fébriles. En toile de fond, il y a la future votation populaire, qu’il faudra absolument gagner.

«La population jugera en francs et en centimes, pas en articles de loi», a prévenu le conseiller fédéral Alain Berset. (TDG)

Créé: 27.09.2016, 06h56

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L’UDC tente une diversion

La proposition de dernière minute de l’UDC de vouloir diviser le projet par étapes a eu le don d’énerver les autres partis. «L’UDC a huit membres en commission et cette idée émerge maintenant? Ce n’est pas sérieux», a critiqué Ruth Humbel (PDC/AG). «Je n’ai jamais vu autant d’inconsistance dans un groupe», a lancé Jean-François Steiert (PS/FR). Et Jean Christophe Schwaab (PS/VD) d’enfoncer le clou: «Personne n’est dupe. Votre but est de baisser les rentes et d’augmenter l’âge de la retraite.» En face, Sébastien Frehner (BS/UDC) a tenté d’expliquer la position de son parti. «Il fallait attendre le résultat des travaux en commission pour se rendre compte que le projet n’allait pas tenir la route.» Un discours qui n’a pas convaincu. Même le PLR, allié traditionnel de l’UDC, a voté contre. «Plus un projet est grand, plus le risque est grand que les oppositions s’additionnent, a reconnu Ignazio Cassis (PLR/TI). Mais il est trop tard pour agir. Remettre en cause la procédure ruinerait la confiance du peuple.»

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