«L’arrière-garde de La Poste a décidé de me savonner la planche»

InterviewAncien président du géant jaune, Claude Béglé raconte les pratiques parfois douteuses à Berne.

Claude Béglé (PDC/VD) a été de mars 2009 à janvier 2010 président de la Poste.

Claude Béglé (PDC/VD) a été de mars 2009 à janvier 2010 président de la Poste. Image: VANESSA CARDOSO

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Le passage à la tête de La Poste de Claude Béglé aura été aussi rapide que polémique. Après huit mois de présidence, il démissionne en janvier 2010, sous la pression médiatique et politique. Alors que l’affaire CarPostal met en avant les pratiques douteuses du géant jaune, l’actuel conseiller national (PDC/VD) dévoile dans un livre, intitulé «Colis piégé», certains travers peu reluisants de l’institution. Interview.

En vous lisant, on se dit que votre passage à La Poste s’est résumé à une lutte de pouvoir.
Ça a été l’élément dominant. Comme un cancer, ça revenait et bloquait tout le reste. J’ai bâti mon expérience à l’international, je ne connaissais pas les rouages de la Berne fédérale. Je ne faisais pas partie de la vieille garde, ce «club» de hauts fonctionnaires qui tiraient les ficelles. On ne me l’a jamais pardonné.

Qui était dans ce «club» de hauts fonctionnaires?
Il tournait autour d’Ulrich Gygi, l’ancien directeur de La Poste, qui visait la présidence pour garder le pouvoir. Il avait des soutiens importants. Sa femme était à la tête des ressources humaines de la Confédération. Parmi ses amis figuraient Benedikt Weibel, patron des CFF, et Peter Siegenthaler, chef de l’Administration fédérale des finances. On peut ajouter Oswald Sigg, vice-chancelier de la Confédération et porte-parole du Conseil fédéral. Tous sont socialistes, et ils contrôlaient les finances, les ex-régies fédérales, les RH et la communication. Ils avaient une force de frappe gigantesque.

Plus que le Conseil fédéral?
Il y avait deux centres de pouvoir. Je me suis rendu compte que le plus fort n’était pas celui qui devrait l’être hiérarchiquement.

Vous êtes tout de même choisi par le Conseil fédéral. Mais Moritz Leuenberger vous propose aussi la tête des CFF.
C’était une discussion informelle. Il me demande si ce poste m’intéresse. Je lui réponds: pourquoi pas. Je lui fais part aussi de mon intérêt pour la direction de La Poste, une charge plus exécutive.

Vous acceptez la présidence de La Poste. Vous comprenez vite qu’on ne vous veut pas.
Avant de prendre la présidence, je devais faire quelques mois comme simple membre du conseil d’administration. Durant cette période, on refuse de me donner une secrétaire. J’ai donc dû en embaucher une à mes frais. Ensuite, on a critiqué le fait que cette secrétaire extérieure à La Poste ait accès à des informations internes. Une fois arrivé à la présidence du conseil d’administration, j’ai hérité d’une secrétaire, qui n’était autre que la femme d’Oswald Sigg.

Vous vous êtes dit quoi?
Que je n’imaginais pas ce genre de choses possible en Suisse.

Vous dénoncez aussi une cabale médiatique.
Ça s’est fait en plusieurs étapes. À un moment donné, l’arrière-garde a décidé de me savonner la planche. L’ambiance était lourde. J’apprends alors l’existence d’une réunion de mes adversaires à La Poste, où le mot d’ordre était de me faire la peau.

Avez-vous des preuves?
J’ai tout un faisceau d’indices. Notamment un ami en France qui m’appelle un jour pour me dire qu’un journaliste l’a appelé pour une affaire de harcèlement sexuel. C’était évidemment faux. Mais ça m’a convaincu qu’il y avait une chasse aux sorcières. On m’accuse bientôt de tous les maux, j’aurais notamment triché sur mon CV. La rumeur s’emballe.

On vous accusait aussi de vouloir tout le pouvoir.
Je ne me voyais pas comme un objet décoratif. Je voulais faire quelque chose, mais je n’ai jamais cherché les pleins pouvoirs. Moi qui étais habitué à être dans l’Exécutif, je ne voulais pas juste être là pour toucher des honoraires.

Sous la pression, vous démissionnez.
Les critiques touchaient désormais Moritz Leuenberger, mon ministre de tutelle. On parlait déjà d’une nouvelle affaire Nef, l’ancien gradé qui a précipité le départ de Samuel Schmid (ndlr: démissionnaire du Conseil fédéral fin 2008).

La vieille garde avait gagné.
C’est ce que j’écris.

Reconnaissez-vous toutefois des erreurs?
J’ai fait preuve de naïveté. Je ne connaissais personne, ni au Conseil fédéral, ni au parlement. Je manquais de compréhension sur le fonctionnement des institutions. J’ai voulu aller trop vite, et engager des réformes alors que les gens n’étaient pas prêts. Je n’aurais pas non plus dû montrer de l’intérêt pour la direction de La Poste.

C’est un livre très romanesque. Avez-vous exagéré?
Non. J’ai essayé d’être aussi près de la vérité que possible, sans langue de bois. (TDG)

Créé: 17.06.2018, 16h43

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