«L’EPFL doit partager le Human Brain Project»

SciencesAndreas Mortensen, directeur général du Human Brain Project et vice-président de l’EPFL, et Gérard Escher, conseiller auprès de la présidence de l’école, font le point.

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Maastricht vient d’accueillir le 6e Sommet du HBP. À quoi servent ces rendez-vous?

Andreas Mortensen

Premièrement à nous voir, à échanger pour mieux comprendre ce que font les uns et les autres. Le HBP est un immense consortium dont le principal défi consiste à faire collaborer des gens qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble. Le sommet est donc important en ce qu’il permet aux chercheurs en neurosciences informatisées liées à la clinique de rencontrer ceux qui conçoivent les applications, qui, à leur tour, veulent rencontrer ceux qui font des robots, etc.


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Le premier jour du sommet est une journée porte ouverte. Comment faut-il comprendre qu’aucun représentant de l’EPFL, qui coordonne le projet, n’y ait pris la parole?

Gérard Escher

Il ne faut en tout cas pas y voir de message caché. Lors de ces journées grand public, la priorité est laissée au pays hôte, qui s’en sert comme vitrine. Lorsque l’EPFL a organisé le premier sommet, c’était pareil, nous avions la priorité. J’ajoute qu’avec des prises de parole de représentants de l’EPFL et du CHUV lors des jours de travail du sommet, la Suisse n’a pas été en reste.

L’EPFL est donc toujours aux commandes du projet?

A.M.

Oui et non, disons de moins en moins. D’ailleurs, vouloir diriger le HBP coûte que coûte n’est pas notre but. Nous sommes toujours le coordinateur, mais il ne faut pas oublier que le projet est européen. Nous sommes responsables de la bonne tenue du dossier vis-à-vis de l’Union européenne. Mais les compétences ont été séparées, nous ne sommes pas responsables de son contenu scientifique. En outre, nous vivons actuellement une période charnière où nous voulons faire durer le HBP au-delà de la décennie de financement, ce qui implique des transformations dans la gouvernance.


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Comment comptez-vous vous y prendre?

G.E.

Si nous voulons faire perdurer le projet, une des pistes les plus sérieuses est de passer d’un seul à plusieurs coordinateurs. L’idée, c’est d’élargir la coordination au plan européen. Il est temps que l’EPFL partage. Du reste, l’idée était dans l’air depuis le début. Pour que ça perdure, il faut une structure plus commune. L’EPFL était aux manettes car nous avions de l’avance et nous restons très impliqués dans le projet, mais l’école doit partager.

Cette volonté de partage a-t-elle un lien avec les discussions entre la Suisse et l’UE à propos des programmes de recherche européenne dont la Suisse pourrait être exclue

A.M.

Si nous sommes relégués au stade d’État tiers et non plus associé, il est clair qu’on ne peut plus coordonner un tel chantier. C’est ce qui motive effectivement aussi la volonté d’une coordination plus partagée: elle serait plus stable.

Aujourd’hui, concrètement, où en est le projet?

A.M.

Il avance. D’autres voies de modélisation ont été ajoutées à celle, initiale, de la modélisation du cerveau conçue par Henry Markram. De la partie médicale, avec le CHUV, aux superordinateurs européens et aux robots intelligents, les intermédiaires sont prometteurs, mais les défis sont encore nombreux.

Le HBP a connu son lot de couacs dont le départ du directeur exécutif l’été dernier. Êtes-vous en crise?

A.M.

Une personne est partie, cela ne constitue pas une crise. Nous avons eu de plus gros soucis par le passé. Le projet est en pleine mutation, il y a des défis, des désaccords, mais pas de crise d’ordre structurel.

Que faut-il pour que, dans cinq ans, vous considériez que vous avez réussi?

A.M.

Pour nous, la réussite du Human Brain Project passe par la réussite du Blue Brain Project. Le Blue Brain un des nœuds du consortium et c’est notre projet national. Sera-t-il massivement utilisé par les chercheurs en neurosciences, par les cliniciens ou par le privé, par la pharma? S’il l’est, on aura réussi. Mais mesurer un tel projet n’est pas simple. Le Blue Brain est un travail de bénédictin, qui se construit neurone par neurone, ce qui implique qu’on n’en mesure pas les progrès tous les jours. Mais il commence à y avoir des régions du cerveau qui sont simulables, ça commence à être intéressant. (TDG)

Créé: 20.10.2018, 10h20

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