«Il ne faut pas être floués par les fausses informations sur les vaccins»

SantéComment parler à des parents qui ne veulent pas vacciner leur enfant? Le pédiatre Alessandro Diana répond à nos questions à l'occasion d'un sommet mondial sur le sujet.

Alessandro Diana: «Le problème, c’est que dans notre société mondialisée, les fausses informations, qui sont plus sensationnelles, circulent six fois plus rapidement que celles qui sont correctes.»

Alessandro Diana: «Le problème, c’est que dans notre société mondialisée, les fausses informations, qui sont plus sensationnelles, circulent six fois plus rapidement que celles qui sont correctes.» Image: Yvain Genevay

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Que dire à des parents qui ne veulent pas vacciner leur enfant? Cette question ne manquera pas d’être abordée ce jeudi à Bruxelles, lors du sommet sur la vaccination tenu par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et par la Commission européenne. Selon l’OMS, l’hésitation à vacciner est l’une des dix plus grandes menaces pour la santé mondiale en 2019. En Suisse, le Dr Alessandro Diana, pédiatre genevois et membre expert d’Infovac (une plateforme d’information et de consultation), s’intéresse au sujet depuis plusieurs années. Il répond à nos questions.

Est-ce que l’hésitation face aux vaccins augmente dans la population?
On estime que 5 à 30% de la population a de telles hésitations. Le problème, c’est que dans notre société mondialisée, les fausses informations, qui sont plus sensationnelles, circulent six fois plus rapidement que celles qui sont correctes.

Et le monde médical, s’intéresse-t-il davantage à cette question?
L’idée qu’il faut parler à ces personnes hésitantes suscite en effet toujours plus d’intérêt. Plusieurs sociétés médicales et professionnelles de la santé en Suisse m’ont demandé d’organiser une formation sur le sujet. La FMH est intéressée. Et je vais intervenir au Global Health Forum, l’an prochain à Genève. La mèche est allumée. Nous sommes aussi en train de créer un panel d’experts au niveau international. Les Canadiens, notamment, sont en avance sur ce sujet.

Quel est le profil des personnes réticentes?
Sur cent personnes, une trentaine vont se poser des questions sur les vaccins. Parmi elles, vingt-huit sont indécises et les informations que nous leur donnerons feront une grande différence sur leur décision finale. Il reste finalement deux activistes anti vaccins que nous ne pourrons probablement pas faire changer d’avis.

En tant que pédiatre, comment abordez-vous la discussion avec ces parents?
L’écoute permet d’obtenir de bons résultats. Cela ne sert à rien de leur dire qu’ils ont tort et qu’ils n’ont rien compris. Les interventions factuelles, avec des arguments scientifiques, sont souvent vouées à l’échec. Cela peut même avoir l’effet inverse, avec des parents qui pensent que leur médecin est vendu à l’industrie pharmaceutique.

Alors que pouvez-vous dire?
Si des gens ne veulent pas faire vacciner leur enfant, c’est parce qu’ils ont peur de quelque chose. Il faut essayer de comprendre ces doutes et faire preuve d’empathie. Je leur dis que, si je pensais que le vaccin présentait les inconvénients qu’ils redoutent, j’hésiterais moi aussi. Ensuite, je leur demande la permission de leur présenter les faits. Je peux alors expliquer que la rougeole, par exemple, est un problème de santé publique et que cette maladie peut entraîner des décès (jusqu’à un sur 1000).

Des parents répondront que le vaccin du ROR (rougeole, oreillons, rubéole) risque d’entraîner l’autisme.
Il a été démontré que cette théorie est fausse; l’incidence de l’autisme est la même chez les enfants qui ne sont pas vaccinés. Face à de telles réticences, j’aime surtout raconter deux anecdotes. J’ai vacciné deux amis contre la grippe et tous deux ont par la suite gagné de petites sommes au loto. J’ai aussi constaté que les enfants auxquels j’administre le vaccin du ROR vers neuf mois marchent peu après. Faut-il pour autant en tirer un lien de cause à effet? Ces exemples montrent comment fonctionnent les statistiques et le fait que deux événements parallèles n’ont pas forcément un lien de cause à effet. Nous pouvons tous faire des erreurs de logique et être victimes de ce qu’on appelle un biais de certitude.

N’est-il pas légitime d’exprimer certaines incertitudes?
On s’interroge parce qu’on a un cerveau, et c’est une bonne chose. Mais au final, il ne faut pas être floué par ces fausses informations qui circulent à une vitesse galopante. Celles-ci véhiculent des thèses invérifiables dans lesquelles on ajoute une pincée de vrai. C’est une technique. Je pourrais par exemple annoncer qu’une astéroïde va tomber dans deux heures sur Genève et que la NASA a décidé de n’informer personne pour éviter la panique. Je pourrais alors vous rappeler que, dans le passé, des astéroïdes sont déjà tombés sur terre, ce qui est correct. Une telle théorie est un challenge pour la science, qui doit démontrer que le danger n’existe pas.

La science et les médecins ne font-ils pas eux aussi des erreurs?
On peut toujours s’interroger sur l’origine des informations médicales. Mais à un moment, il faut accepter que la science récolte des données, avec des statistiques pour prouver ses dires. Prenez un objet: je peux annoncer que si je le lâche sur terre, il va tomber et vous serez d’accord. Malheureusement, dans certains cas, le degré d’évidence n’est pas aussi flagrant. Mais il existe. Vous devez aussi savoir que la science se place elle-même sous tutelle. Notre connaissance avance, et nous nous remettons en question. Par exemple, le rappel du vaccin du tétanos se fait désormais chaque vingt ans, contre dix ans auparavant. Et puis, nous avons arrêté d’administrer le BCG aux enfants de plus d’un an parce que ce n’est pas utile.

Pour éradiquer la circulation de la rougeole en Suisse, 95% de la population devrait avoir été vaccinée avec deux doses. Ce pourcentage n’est pas atteint. Est-ce dû au fait que des personnes sont sceptiques?
En Suisse, ce pourcentage est de 83%. Cela est en partie dû aux adultes qui n’ont pas été correctement suivis. Ils ont échappé aux épidémies et ont un peu oublié ce vaccin. Mais il y a aussi des poches de gens vaccino-hésitants qui contribuent à la propagation de la maladie. Le problème, avec la rougeole, est que celui qui renonce au vaccin ne prend pas seulement une décision pour lui ou pour ses proches. Il met aussi en danger d’autres personnes, puisqu’un malade peut contaminer vingt individus.

Créé: 12.09.2019, 11h27

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