Il faut une enquête pour élucider la mort massive des insectes

EnvironnementEn Suisse comme ailleurs, la population des petites bêtes s’est réduite de moitié. Une pétition veut en découvrir la raison.

Le spectacle d’insectes buttinant des fleurs risque d’appartenir bientôt au passé.

Le spectacle d’insectes buttinant des fleurs risque d’appartenir bientôt au passé.

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Ils peuvent être agaçants, effrayants voire franchement laids, mais sont indispensables à nos écosystèmes: les insectes ont malheureusement tendance à disparaître. En Suisse, leur masse s’est probablement réduite de moitié au cours des trente dernières années. Les protecteurs de la nature veulent comprendre pourquoi. Mardi à Berne, un comité réunissant la Fédération suisse des amis de la nature, Dark-Sky Switzerland, l’Union suisse des paysans (USP) et Apisuisse a lancé une pétition demandant à la Confédération de mettre à disposition «sans délai» des moyens permettant d’identifier les causes de cette hécatombe – et ainsi décider des mesures efficaces pour la combattre.

Les pétitionnaires se basent sur une étude allemande publiée à l’automne 2017, dont les résultats sont alarmants. Selon les chercheurs, la masse des insectes a diminué de 76% dans 63 zones de nature protégées allemandes en vingt-sept ans. Ce taux monte carrément à 82% pour les insectes volants en été. Bien que l’étude ait été menée en Allemagne, le phénomène s’étend sûrement dans toute l’Europe, Suisse comprise, souligne le comité.

«Si on enlève les fruits et légumes de notre table, notre diversité alimentaire sera très réduite»

La disparition des insectes pose de graves problèmes à de nombreuses espèces, tant chez les plantes que chez les oiseaux, les mammifères ou encore les amphibiens: 80% des plantes sauvages dépendent de la pollinisation par les insectes, tandis que ces derniers constituent l’aliment de base de 60% des oiseaux. Les insectes jouent un rôle essentiel dans l’agriculture, rappelle en outre le directeur de l’USP et conseiller national Jacques Bourgeois (PLR/FR). Ils participent à la fertilisation des sols, à la lutte contre les ravageurs des cultures ou encore à la pollinisation des arbres fruitiers. «Les études estiment la valeurdutravail des pollinisateurs à l’échelle mondiale à 153 milliards d’euros (ndlr: environ 172 milliards de francs suisses) par an», précise le conseiller national.

À terme, les conséquences risquent ainsi de se reporter non seulement sur nos porte-monnaie, mais aussi nos assiettes. «Si on enlève les fruits et légumes de notre table, notre diversité alimentaire sera très réduite», souligne Sonia Burri-Schmassmann, présidente d’Apisuisse.

«Ni les changements climatiques ni les différentes caractéristiques des habitats ou l’utilisation de la terre ne peuvent expliquer ce déclin global», notent les auteurs de l’étude.

Pollution lumineuse

Les pétitionnaires avancent toutefois quelques pistes. Il y a bien sûr l’impact des produits phytosanitaires, l’urbanisation croissante, mais également la pollution lumineuse. «Comme le démontre une étude bernoise, le mécanisme de la pollinisation fonctionne comme un réseau, explique Lukas Schuler, président de Dark-Sky Switzerland. La pollinisation se fait tant de nuit que de jour. Les chercheurs ont observé que la lumière troublait le travail des papillons de nuit. Attirés par les lampadaires, ils négligent leur travail sur les fleurs.» L’étude observe ainsi une diminution de 62% des visites des pollinisateurs dans les zones illuminées la nuit. S’ensuit une réaction à la chaîne: le phénomène entraîne une réduction de la reproduction des plantes, ce qui réduit ensuite les sources de nourriture tant des insectes diurnes que nocturnes.

Le comité souhaite déposer sa pétition lors de la session parlementaire d’hiver. Il a besoin de 50 000 signatures. En attendant, il appelle à l’application stricte des plans d’action déjà existants concernant la biodiversité, la santé des abeilles et les produits phytosanitaires. (TDG)

Créé: 05.09.2018, 07h24

L’agriculture entre deux eaux

L’Union suisse des paysans (USP) fait partie des pétitionnaires. Or, les pesticides utilisés dans l’agriculture ont été identifiés comme l’une des causes de mortalité des insectes. L’USP se positionne d’ailleurs contre deux initiatives visant à réduire leur usage, «Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse» et «Pour une eau potable propre». La première veut interdire l’utilisation de pesticides de synthèse dans l’agriculture, la transformation des produits agricoles et dans l’entretien du paysage. Elle veut également bannir de Suisse les aliments qui contiennent des pesticides ou pour la production desquels des pesticides ont été utilisés. La seconde exige, entre autres, que seules les exploitations agricoles qui préservent la biodiversité, n’utilisent aucun pesticide ni antibiotique préventif reçoivent des subventions fédérales.

Le président de l’USP Jacques Bourgeois ne voit pas de contradictions. «Ces deux initiatives sont extrêmes et inapplicables. Mais l’USP s’engage déjà pour une agriculture plus responsable, via une série de mesures.» Ses collègues pétitionnaires ne partagent pas forcément à 100% cette vision des choses, mais qu’importe. «Il serait contre-productif de s’ignorer parce que nous ne sommes pas complètement d’accord sur les mesures à prendre pour lutter contre la mort des insectes, répond Sonia Burri-Schmassmann. Pour l’instant, il s’agit avant tout de mieux comprendre les causes.» Une chose après l’autre.

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