«Il faut réduire de moitié le prix des places de crèche»

Frais de gardeSelon Pro Familia, la hausse du nombre de places en crèches et une baisse de leurs tarifs seraient plus efficaces que des déductions fiscales.

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Dix millions de francs! C’est la goutte d’eau dont bénéficierait l’ensemble des Suisses ayant charge d’enfants sur leur facture de l’impôt fédéral direct. Bon an, mal an, les contribuables (personnes physiques) rapportent quelque 10 milliards de francs à la Confédération, contre 25 milliards de francs aux cantons et 17 milliards aux communes.

Pour le coup, cette hausse prévue par la Confédération, à 25 000 francs par an, est plus symbolique qu’autre chose et profitera surtout aux hauts revenus, où les conjoints très qualifiés travaillent à plein temps et placent leurs enfants dans des structures tierces, y compris après la scolarisation de ces derniers.

Comme le reconnaît le Conseil fédéral lui-même, ce nouveau plafond de déduction ne bénéficierait qu’à 1,47% des parents, soit ceux qui placent leurs enfants cinq jours dans des crèches non subventionnées, où le coût mensuel moyen s’élève entre 2200 et 2700 francs.

Des arrêts fort coûteux

Mais ne dédaignons pas l’effort. Selon l’OCDE, la Suisse détient certes un taux d’occupation des femmes plus élevé que la moyenne, mais également l’un des pourcentages les plus hauts de femmes à taux partiel, «qui s’explique notamment par le développement insuffisant et les coûts trop élevés du système d’accueil extrafamilial des enfants», écrit le Conseil fédéral. Selon des statistiques internationales, une femme qui cesse de travailler six ans pour s’occuper d’un enfant voit son revenu amputé de 20%, lorsqu’elle revient en emploi, par rapport à une femme de même qualification, ayant poursuivi sa carrière.

«Une baisse de prix des crèches ne suffit pas à encourager les mères à travailler davantage. Pour que la mesure atteigne son but, il faut l’accompagner d’une augmentation des places disponibles»

Sur mandat de Pro Familia, Claude Jeanrenaud et Alexandra Kis, de l’Institut de recherches économiques de l’Université de Neuchâtel, ont poussé plus loin l’enquête, pour déterminer vraiment ce qui pourrait pousser les femmes à ne pas quitter le marché du travail lorsqu’elles deviennent mères et ne pas subir «la pénalité de la maternité». Et leurs conclusions sont pour le peu surprenantes. «Une baisse de prix des crèches (par le biais de déductions supplémentaires, ndlr) ne suffit pas à encourager les mères à travailler davantage, affirment-ils. Pour que la mesure atteigne son but, il faut l’accompagner d’une augmentation des places disponibles».

20 000 places de crèche à créer

Leurs chiffres sont impitoyables. Il faudrait ainsi que les coûts à charge des familles d’une place de crèche baisse de 50%, pour qu’une majorité de femmes ne cesse pas de travailler ou ne réduise pas drastiquement le temps de travail.

Avec une baisse des coûts de 10%, par exemple, «le taux d’occupation des jeunes mères se traduit par une augmentation de 3,5% de l’activité professionnelle des mères déjà actives, ce qui ne les encourage apparemment pas à entrer sur le marché du travail». A contrario, une hausse de 10% du nombre de places disponibles induit directement une augmentation de 6% des heures travaillées pour les mères.

La conclusion de ces deux chercheurs? «La bonne option consiste donc à augmenter suffisamment l’offre des places disponibles, sans réduire le prix à la charge des parents (qui pourrait coûter plus de 1 milliard de francs aux collectivités publiques en cas de baisse des coûts de 50% au profit des familles, ndlr). Pour amener le taux moyen d’activité des mères d’enfants d’âge préscolaire à un niveau proche de 70%, il serait nécessaire de créer un peu moins de 20 000 nouvelles places de crèche.» Là et seulement là, la Suisse pourra encourager les femmes souvent très bien formées à combler la pénurie de main-d’œuvre qualifiée que déplore le Conseil fédéral.

Créé: 13.06.2019, 18h45

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