«Il faut faire de l’islam une religion officielle»

IntégrationJonas Fricker banni, Irène Kälin va faire son entrée au Conseil national. Particularité de la nouvelle élue verte: elle est islamologue.

La nouvelle conseillère nationale Irène Kälin (Verts/AG) est âgée de 30 ans.

La nouvelle conseillère nationale Irène Kälin (Verts/AG) est âgée de 30 ans. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

La Coupole fédérale sera un peu plus jeune et un peu plus féminine. Irène Kälin (Verts/AG), 30 ans, prendra la place de Jonas Fricker, qui démissionne suite à son récent dérapage sur l’Holocauste. L’Argovienne n’est pas novice en politique. Elle siège au Parlement cantonal, et a fait partie de la présidence des Verts suisses. Elle est aussi une spécialiste de l’islam. Interview.

– D’où vient votre intérêt pour l’islamologie?

– Je voulais étudier le français, mais entre Rousseau et moi, c’était compliqué (rire). Je me suis tourné un peu par hasard vers des études sur le monde arabe. C’est là que j’ai découvert l’islamologie. Ça m’a passionnée.

– L’islam doit-elle devenir une religion officielle en Suisse?

– C’est la question que j’étudie actuellement. Et plus j’avance et plus je suis convaincue que oui. Le modèle de coopération entre l’Etat et les religions est un succès. Après la guerre du Sonderbund, les autorités ont mené une politique d’intégration pour que protestants et catholiques puissent mieux cohabiter. On a ensuite intégré les juifs. Il n’y a pas de raison que cela ne fonctionne pas avec les musulmans.

– La Suisse doit-elle former des imams?

– Bien sûr. La situation actuelle pose problème. Certains imams ne connaissent ni notre langue, ni notre culture. Il y en a même qui ne respectent pas notre Etat de droit. Pour lutter contre la radicalisation, la Suisse doit s’engager dans le domaine de la formation.

– En Suisse, les regards ont-ils évolué vis-à-vis de l’islam?

– Dans certains cantons, il y a une vraie prise de conscience. Le discours dans les médias est aussi plus différencié. On comprend que tous les musulmans ne sont pas des terroristes, et que la grande majorité est bien intégrée. Il reste toutefois un problème d’image. Une étude récente montre que les gens n’ont pas de soucis particuliers avec les musulmans, mais qu’ils ne désirent pas les avoir comme voisins.

– N’est-ce pas compréhensible? Certains quartiers font face à une certaine radicalisation.

– De quels quartiers parlez-vous? Je n’en connais pas de tels. Mais tout dépend de l’angle sous lequel on regarde les choses. Faut-il voir la majorité bien intégrée ou la toute petite minorité qui ne l’est pas? Ce n’est pas parce que quelques individus posent problèmes qu’il faut renoncer à l’intégration des organisations de musulmans qui veulent coopérer. Il faudrait même investir de l’argent pour établir des structures professionnelles comme pour les églises reconnues. Si ces structures n’ont pas suffisamment de ressources financières, il y a le risque qu’elles en reçoivent d’Etats qui ne partagent pas nos valeurs. Ce qui peut faire surgir d’autres problèmes.

– Ce genre de propositions n’a guère de chance de passer.

– Je le regrette. La gauche et le centre n’osent pas aborder la question de l’islam. Le thème est capté par l’UDC, qui en fait un sujet d’exclusion. Il faut que les autres partis se le réapproprient. Si on se tait, les problèmes vont empirer. La Constitution prévoit d’ailleurs qu’on défende les minorités. Les musulmans en font partie.

– Mais l’islam ne fait pas partie des «traditions» helvétiques.

– La Suisse d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier. La réalité, c’est que notre pays est devenu multiculturel et multireligieux. Même l’armée compte beaucoup de musulmans, ce qui montre le taux d’intégration. Derrière cette idée de tradition, je vois surtout un problème d’identité religieuse. Les églises sont vides. Ça pose la question de sa propre culture.

– Craignez-vous d’être réduite sous la Coupole à votre formation d’islamologue?

– Oui, mais je pense aussi qu’il faut des voix qui osent parler pour les minorités. La question religieuse m’intéresse, mais ce n’est pas la seule raison de mon engagement. J’étais politisée dans le mouvement antinucléaire et, en tant que femme, je suis engagée pour l’égalité entre les sexes. Mais pour les médias, mon rapport avec l’islam semble plus important. C’est ce qui me différencie des autres élus. (TDG)

Créé: 05.10.2017, 18h05

Articles en relation

L'élu qui doit apprendre à réfléchir avant de parler

Dérapage En comparant le sort des juifs déportés à celui des cochons, Jonas Fricker a commis un impair. L’écolo est un serial gaffeur. Plus...

Sous pression, le Vert Jonas Fricker démissionne du Conseil national

Scandale L’élu avait comparé le transport des cochons vers l’abattoir aux trains menant à Auschwitz. Son parti applaudit. Plus...

Publicité

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Dénoncetonporc
Plus...