Guy Parmelin passe sa première épreuve du feu avec le Mercosur

Libre-échangeLe ministre de l'Economie devra batailler ferme s’il veut faire avaler au parlement l’accord. Le calendrier sert déjà ses détracteurs.

Guy Parmelin a repris le département de l'Economie au début de l'année. Le Mercosur est son premier grand défi.

Guy Parmelin a repris le département de l'Economie au début de l'année. Le Mercosur est son premier grand défi. Image: Keystone

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Le timing aurait-il pu être plus mauvais? Alors que les images de l’Amazonie en feu provoquaient un pic émotionnel en Suisse, Guy Parmelin annonçait ce week-end l’aboutissement des négociations en vue d’un accord de libre-échange avec le Mercosur. Or ce marché commun de 260 millions de consommateurs est dominé par le Brésil, dont le président Jair Bolsonaro est accusé de fermer les yeux sur la déforestation qui favorise les incendies.

«C’est une conjonction de dates malheureuse, mais nous souhaitions communiquer par devoir de transparence», a expliqué le ministre de l’Économie lundi sur la RTS. Qualifiant de «catastrophe écologique» ce qui se passe en Amazonie, il rappelait toutefois que la Suisse négociait depuis deux ans et qu’un accord de libre-échange est une affaire de long terme. Ce dernier doit permettre aux entreprises de rester compétitives, alors que l’Union européenne veut aussi signer avec le Mercosur. Pour Guy Parmelin, c’est maintenant que commence le grand défi: convaincre le parlement de ratifier l’accord. Les prochains mois seront cruciaux. Son bilan à la tête de l’Économie pourrait dépendre de l’avenir du traité. Lui qui a quitté la Défense en plein débat sur le renouvellement de la défense aérienne est toujours à la recherche d’un succès de référence, trois ans après son élection au Conseil fédéral.

«Hypocrisie de la gauche»

Pour le moment, c’est mal parti. Le calendrier renforce ses détracteurs. «Cette annonce au sujet du Mercosur, au moment où l’inquiétude au niveau international est à son comble, montre que les défenseurs de cet accord sont complètement déconnectés des préoccupations de la population en matière environnementale», lâche Adèle Thorens (Verts/VD), dont le parti exige la tenue d’un référendum si le texte devait être validé par le Parlement.

Si la gauche est très remontée, le Vaudois devra aussi convaincre les consommateurs et les paysans (lire l’encadré). Guy Parmelin promet que l’agriculture ne sera pas sacrifiée. Il a beau être un ancien vigneron, l’Union suisse des paysans (USP) n’est pas prête à le suivre les yeux fermés. «Nous avons exigé plusieurs critères. Et aujour­d’hui il est difficile de dire s’ils ont été remplis, car le contenu de l’accord est encore secret», observe Beat Röösli, de l’USP.

«Nous attendons des règles bien précises en matière d’étiquetage. Les gens doivent savoir ce qu’ils mangent», ajoute Isabelle Chevalley (PVL/VD), présidente de StopOGM, qui planche actuellement sur un «oui, mais», notamment pour des raisons libérales.

Le précédent de la Chine

Entre des milieux économiques favorables et une gauche hostile, c’est sans doute l’UDC, le parti de Guy Parmelin, qui fera la différence. «Je serai très attentive sur la façon dont l’agriculture sera traitée, souligne Céline Amaudruz (UDC/GE). Sur ce point, je ne transigerai pas.» Pour le reste, elle s’étonne d’une certaine hypocrisie. «Lorsqu’il a fallu signer l’échange automatique de renseignements, le Brésil n’était pas considéré comme un partenaire infréquentable. Les haut-le-cœur de la gauche semblent à géométrie variable.»

Guy Parmelin peut toutefois se rassurer sur un point. Les critiques autour de l’accord de libre-échange avec la Chine avaient été tout aussi vives, avant que le parlement ne le ratifie sans même laisser au peuple la possibilité de se prononcer

Créé: 26.08.2019, 19h52

En chiffres

3,7



milliards de francs: ce que la Suisse a exporté dans les pays du Mercosur en 2018. C’est trente fois moins qu’avec l’UE (121,4 milliards), dix fois moins qu’avec les États-Unis (37,9 milliards) et trois fois moins qu’avec la Chine (12,2 milliards). La balance commerciale reste très favorable, puisque les importations en provenance du Mercosur ne sont que de 715 millions.

Le ministre de l’Économie devra se battre sur plusieurs fronts

Les Verts

Les écologistes étaient les premiers à dégainer, samedi dernier, jugeant l’annonce de Guy Parmelin «inopportune», alors que la forêt amazonienne est en flammes. Le parti est un opposant de la première heure au Mercosur, et aux accords de libre-échange en général. «Pour les Verts, la préservation de ce poumon d’oxygène et de biodiversité passe avant les intérêts commerciaux», explique la vice-présidente du parti, Lisa Mazzone. Samedi, les délégués des Verts voteront sur la préparation d’un référendum «pour le cas où le parlement ne mettrait pas un frein à cet accord», précise la Genevoise.




Les socialistes

«Tant que le gouvernement brésilien, dirigé par le président populiste de droite Jair Bolsonaro, ne remplit pas ses obligations de protection de l’environnement et ne protège pas mieux la forêt tropicale, le PS ne soutiendra pas cet accord.» Le communiqué diffusé ce lundi est clair. «Dans les accords de libre-échange, les chapitres sur la durabilité ne servent à rien s’ils ne sont pas juridiquement contraignants et appliqués, précise Ada Marra (PS/VD). Dans le cas du Brésil, nous sommes loin d’y parvenir.» Pour la Vaudoise, une signature est donc actuellement hors de question.




Les consommateurs

Avec un tel accord, ce sont davantage de produits issus du Mercosur qui arriveront sur nos étals. «Nous exigeons une traçabilité et un étiquetage sans faille, déclare Sophie Michaud Gigon, secrétaire générale de la Fédération romande des consommateurs. Certaines pratiques illégales en Suisse, comme le clonage, les stimulateurs de croissance ou des élevages de centaines de milliers de bêtes, sont autorisées dans le Mercosur. Les contrôles et la déclaration des denrées importées doivent être améliorés. Le consommateur doit savoir comment la viande qu’il achète – ou qu’il commande au restaurant – a été produite.»




Les paysans

Monté aux barricades très tôt, le milieu agricole a depuis mis de l’eau dans son vin. «Nous allons analyser l’accord en détail, dit Jacques Bourgeois, directeur de l’Union suisse des paysans. Et voir si nos conditions ont été acceptées afin de ne pas mettre en péril nos produits sensibles.» À la question de la durabilité s’ajoute celle des pesticides, le Brésil étant l’utilisateur numéro un du monde. Plus de 250 produits ont été homologués par le président Bolsonaro. «Comment ont-ils été pris en compte?» s’interroge le Fribourgeois, qui craint que l’accord ne vienne torpiller les efforts faits en Suisse.

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