Gros plan sur la violence envers les enfants

MaltraitanceUn documentaire se penche sur le sujet, en donnant notamment la parole aux auteurs.


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«Ma maman me tapait avec des ceintures en cuir, me lançait parfois des objets lourds à la figure, elle me faisait par exemple mettre à genoux les bras en croix devant elle pendant des heures.» Laurence, qui a été victime de maltraitance, tient ces propos dans le documentaire Non, ce n’est pas moi… Réalisé par l’Association 1,2,3… Soleil, ce film de 52 minutes sera projeté dimanche à 10 h 30 au Cinéma Capitole, à Lausanne (inscription obligatoire), et sera disponible sur le site www.association123soleil.ch dès le 19 novembre.

Ce documentaire se penche sur les mécanismes de la maltraitance – un phénomène qui, selon des estimations internationales, toucherait un enfant sur cinq. Coups, abus sexuels, attaques verbales et psychologiques, privations économiques, négligence… La violence conjugale est aussi considérée comme un mauvais traitement, parce que les enfants sont souvent pris à partie ou négligés. «Ils étaient autour de nous, mais on ne le voyait pas, raconte un père dans le documentaire. Ce qui m’a fait réagir, c’est que j’ai entendu ma fille pleurer. (…) Je reproduisais exactement ce que mes parents faisaient.»

Les hôpitaux pédiatriques suisses recensent chaque année quelque 1400 victimes d’une forme de mauvais traitement. Pourtant, ce ne serait que la pointe émergée de l’iceberg. Les dénonciations, dont près de la moitié concerne des petits de moins de 6 ans, sont en hausse: selon les spécialistes, cela est surtout lié à une meilleure détection.

Tendance à s’isoler

Dans le canton de Vaud, les professionnels ont l’obligation de signaler toute suspicion. Le Service de protection de la jeunesse y suit 5% des mineurs – d’abord pour des violences psychologiques. Les enfants maltraités ont tendance à s’isoler, ils risquent d’avoir des troubles du sommeil ou encore de se négliger physiquement. «Des actes deviennent de la maltraitance quand ils sont particulièrement violents ou s’ils se répètent comme une méthode éducative systématique», précise Alessandra Duc Marwood, médecin responsable des Boréales. Ce centre de prise en charge de la maltraitance familiale, qui dépend du CHUV, a développé une technique thérapeutique unique dans laquelle toute la famille est considérée.

Cette méthode se base sur un constat: si deux tiers des victimes ne deviennent pas maltraitantes, les violences se perpétuent d’une génération à l’autre. «Quand un enfant ne connaît que la communication par la violence ou si on lui transmet l’idée que l’amour s’exprime par l’inceste, il va reproduire ce schéma, explique Alessandra Duc Marwood. Adulte, il aura aussi tendance à attendre de ses enfants l’amour inconditionnel que ses parents ne lui ont pas donné.» Une prise en compte de ce que ces parents ont subi est alors nécessaire.

Malheureusement, toutes les situations ne se résolvent pas. Une thérapie est possible avec environ la moitié des familles. «Les critères sont notamment la reconnaissance de la violence et de ses conséquences ainsi qu’une volonté des auteurs de changer. Sinon, nous ne pouvons pas entamer un travail psychothérapeutique et nous privilégions les mesures de protection», poursuit Alessandra Duc Marwood.

Réfléchir à ses actes

«Un parent ne se lève pas le matin avec l’idée de maltraiter son enfant. Le phénomène est plus pernicieux et les mécanismes sont difficiles à décortiquer», conclut François Berney, président de l’Association 1,2,3… Soleil. Son association espère pousser chacun à réfléchir à ses actes. En cas de difficulté, il est possible de s’adresser aux centres spécialisés, aux services de protection de la jeunesse, à un groupe de soutien destiné aux parents ou encore de téléphoner à la ligne d’aide de Pro Juventute, le 147 . (TDG)

Créé: 10.11.2015, 07h21

«Même si on a été maltraité, rien n’est inéluctable»

Ses enfants, Gil les aime. Mais il leur a fait du mal. «J’étais très colérique», explique-t-il. Il décrit des explosions dans lesquelles il cassait des objets, hurlait ou, «hélas aussi souvent», insultait la personne qui était la cible de son ire. Le sexagénaire l’admet: ses enfants ont régulièrement assisté à ces scènes et c’était une forme de mauvais traitement. «J’ai pris conscience des dégâts que j’avais faits des années plus tard, lorsqu’une de mes filles m’a dit qu’enfant elle avait peur de moi. Je ne maîtrisais pas la source de mes colères et leur imprévisibilité était effrayante.»

Gil a toujours vécu avec ses excès. «Je ne savais que crier, ce n’était pas idéal. Mais je minimisais mes actes en me disant que les autres connaissaient mon fonctionnement et qu’on vivait aussi des moments chouettes. Et puis, je présentais des excuses sincères après. Je me disais qu’en soi, j’étais gentil et que je faisais au mieux.» Aujourd’hui, il est convaincu que ce discours ne tenait pas la route. «Ce n’est pas une excuse, mais si j’avais eu conscience de l’impact destructeur de mes crises, j’aurais consulté des professionnels.»

A ses yeux, les maltraitances sont «le fruit de différentes choses dont on ne maîtrise pas l’articulation». Et de poursuivre: «On ne peut pas lutter contre ce qu’on est, c’est une perte de temps et d’énergie. Mais si on en prend conscience, on peut gérer ses pulsions différemment.» Gil a lui-même été éloigné de sa mère à l’âge de 6 mois et placé en orphelinat. Il a ensuite été recueilli par des membres de sa famille «qui avaient leurs propres difficultés» avant de rejoindre un pensionnat où il a été abusé sexuellement. «J’ai admis l’impact émotionnel de ces actes il y a deux ans.»

Gil l’assure: «Même si on a été maltraité, rien n’est inéluctable. Il importe à chacun d’essayer de faire mieux.» Il a lui-même présenté ses excuses. «On ne peut pas changer le passé mais on peut en faire quelque chose. Quand on réalise la portée de son comportement, on peut d’abord donner du crédit à la souffrance de ses enfants. Leur dire qu’on leur a légué des problèmes qui ne leur appartenaient pas.»

Les plus jeunes enfants de Gil étant encore à la maison, son autre priorité est de s’occuper d’eux. S’il témoigne dans le documentaire de 1, 2, 3… Soleil, c’est pour pousser chacun à la réflexion. «Certaines maltraitances sont moins évidentes que les coups ou les abus sexuels. On peut facilement se réfugier derrière l’idée qu’on n’est pas comme ça, que ce n’est pas nous. Mais chacun a une part de violence en lui. Il faut faire attention à ne pas la laisser éclater.»

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