Grâce à son milliardaire tchèque, Crans-Montana voit plus grand

ValaisLa station multiplie les investissements sous l’impulsion de Radovan Vitek, l’homme qui contrôle le domaine skiable. Visite.

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Du soleil en abondance et une pluie de millions. A quelques jours de Noël, les responsables du domaine skiable de Crans-Montana affichent un sourire confiant. Plusieurs pistes sont ouvertes grâce aux chutes de neige de novembre. Sur le versant exposé plein sud, en revanche, nulle trace d’or blanc. Mais c’est là que, à la faveur de conditions météo clémentes, de gros travaux prennent fin juste avant l’arrivée des vacanciers. La station s’offre une nouvelle télécabine, un télésiège ultramoderne, un ski-lift et un tapis roulant qui permettra aux débutants de remonter – dans un tunnel – la pente qui leur est destinée.

L’investissement consenti atteint 25 millions de francs. Soit un quart du montant total injecté cette année en Valais pour moderniser les infrastructures de sports d’hiver. C’est dire si Arthur Clivaz, le directeur de CMA (remontées mécaniques de Crans-Montana Aminona), fait des jaloux dans le milieu. «Il ne se passe pas une semaine sans qu’un collègue me demande de lui présenter Radovan Vitek», sourit-il.

Vitek? C’est le nom du milliardaire tchèque qui vaut à Crans-Montana cette manne providentielle. A la tête d’un puissant conglomérat international, ce quadragénaire a fait fortune dans l’immobilier (lire ci-contre). Passionné de ski, il a eu un coup de cœur pour la station des hauts de Sierre il y a plus de dix ans. Il s’y est installé et s’est intéressé, au gré des rencontres, au développement touristique du lieu. Nommé au conseil d’administration de CMA en 2013, il en détient désormais 85% des actions.

Vaste complexe hôtelier

«C’est notre machine à accélérer le temps», confie Philippe Magistretti, le président de CMA, qui s’est lié d’amitié avec le richissime homme d’affaires. Mais il réfute l’image du mécène qui distribue ses millions avec largesse: «M. Vitek prend des risques ici parce qu’il croit au potentiel de Crans-Montana. Il est au cœur de notre stratégie. Rien ne se fait sans son accord.» C’est sous son impulsion, par exemple, que le domaine a mis les bouchées doubles pour tenter de séduire une clientèle jeune, sportive et branchée: un club ouvrira ses portes à Noël à deux pas du snowpark de Cry d’Er, au sommet du télésiège flambant neuf. Musique, et gastronomie dans une ambiance de fête. «Ce sera Ibiza sur les pistes», promet Philippe Magistretti.

Elargir l’offre pour doper la fréquentation, tel est le leitmotiv de CMA à l’ère Vitek. La société veut ainsi recréer des installations sur les pentes nord du secteur de la Plaine Morte, qui a souffert de la fonte du glacier ces dernières années. «Cela nous permettrait de démarrer plus tôt en automne et de rester ouvert plus tard au printemps», justifie Arthur Clivaz. Il est aussi question de mieux jouer la carte estivale en draguant les touristes asiatiques. Et le grand patron entend faire aboutir un ambitieux projet alliant hôtel et résidences secondaires, au pied des pistes de ski. Investissement annoncé: 180 millions…

«Les communes perdent la maîtrise du poumon économique de la station»

Armand Bestenheider, lui, attend de voir. Cet hôtelier, vieux routinier de la politique locale, fait partie de ceux que la prise de pouvoir de Radovan Vitek inquiète. Car cela signifie «perdre la maîtrise du poumon économique de la station». Il a vainement plaidé pour que les communes du Haut-Plateau conservent une majorité de blocage au sein de CMA. «Il aurait suffi de verser 4 millions», relève-t-il. Au lieu de cela, le businessman tchèque a décidé seul d’une recapitalisation fulgurante de la société, cet automne. Cinquante millions de francs posés sur la table pour garantir la réussite des projets en cours. Les communes ont ainsi vu leur part de l’actionnariat fondre à 11%. «Mais la porte reste ouverte si elles veulent l’augmenter», assure Philippe Magistretti.

Et s’il s’en allait?

Autre voix critique, celle de l’APAU, une association qui réunit depuis peu quelque 250 petits actionnaires et utilisateurs de CMA. «Nous l’avons formée car nous ne nous sentions plus du tout écoutés», explique son président, l’avocat vaudois Gilles Davoine. A titre personnel, il se réjouit des investissements récents: «On sent enfin une dynamique positive dans la station.» Néanmoins, il se demande, comme d’autres, ce qu’il adviendra si le bailleur de fonds quitte la scène.

Philippe Magistretti ne croit pas au scénario catastrophe. Son ami milliardaire, dit-il, prouve son attachement à Crans-Montana en se faisant construire un chalet et en investissant dans une clinique privée. Son futur complexe hôtelier devrait être mis à l’enquête publique l’an prochain. Quant au domaine skiable, il sera de toute façon gagnant, estime Arthur Clivaz: «Si M. Vitek devait partir un jour, il n’emmènerait pas les pylônes et les cabines avec lui!» (TDG)

Créé: 16.12.2016, 08h24

A la tête d'un empire immobilier

A travers CMA, Radovan Vitek contrôle non seulement les remontées mécaniques de Crans-Montana, mais aussi plusieurs parkings et restaurants. Pourtant, dans la station, rares sont ceux qui peuvent prétendre le connaître. L’homme d’affaires, 45 ans, tient à y rester discret. Au bénéfice d’un forfait fiscal, il vit dans un bel appartement avec sa femme et ses quatre enfants.

C’est cependant dans les avions qu’il passe le plus clair de son temps. Radovan Vitek détient la majorité de CPI (Czech Property Investments), un groupe basé au Luxembourg, actif dans l’immobilier et l’hôtellerie de luxe. Il gère un portefeuille d’actifs évalué à 4,2 milliards d’euros, composé d’une myriade de propriétés en République tchèque, Slovaquie, Allemagne, Hongrie, Pologne et Roumanie notamment.

Vitek a étudié la médecine et les sciences économiques. Ce self-made-man s’est lancé dans les affaires en Slovaquie peu après la chute du communisme, en privatisant une usine. Vingt ans plus tard, il s’est imposé parmi les mille plus grandes fortunes du monde, selon le magazine Forbes. En Suisse, Bilan le classe en haut de son classement des 300 plus riches: la capitalisation boursière de CPI s’élève désormais à près de 4,6 milliards de francs, grâce au récent rachat du groupe allemand Orco.

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