Faudra-t-il attendre trente ans pour développer la 5G en Suisse?

EnvironnementLe rapport fédéral sur la 5G n’apporte aucune réponse définitive sur les effets de la nouvelle technologie, mais déconstruit certains mythes.

La nouvelle génération de téléphonie mobile 5G suscite de vives inquiétudes auprès d'une part de la population.
Vidéo: Fabien Grenon

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Au premier abord, la présentation du très attendu rapport fédéral sur l’avenir de la téléphonie mobile commence par une déception. «Aujourd’hui n’est pas le jour où l’on décide du futur de la 5G», prévient d’emblée le chef du groupe de travail Paul Steffen, également sous-directeur de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV).


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Et ce, malgré plus d’un an de travaux et une pression énorme, qui se traduit par au moins cinq projets d’initiatives populaires (dont deux lancées), des dizaines de pétitions et pas moins de 18 interventions parlementaires. «Ne parvenant pas à se mettre d’accord, le groupe n’émet aucune recommandation quant à une éventuelle modification des valeurs limites de l’installation», souligne en préambule le rapport. Nous voilà prévenus. Au Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication, à présent, de se dépatouiller avec les 129 pages et prendre des décisions en conséquence.

Seul un effet prouvé

Dans les détails, les experts, des représentants d’offices fédéraux, d’opérateurs de téléphonie mobile, du corps médical ou des Villes et des Communes répondent toutefois à quelques questions. L’enjeu crucial est surtout de comprendre si, oui ou non, la 5G nuit à la santé. Les données empiriques sur cette nouvelle technologie étant manquantes, Martin Röösli, professeur d’épidémiologie environnementale, base sa réponse sur les fréquences de téléphonie mobile utilisées actuellement. «Jusqu’à présent, aucun effet sanitaire n’a été prouvé de manière cohérente en dessous des valeurs limites fixées dans la loi. Par contre, il est vrai que l’on a pu observer une réaction biologique au-delà de ces valeurs limites, et que son impact sur la santé n’est pas clair», nuance-t-il.

Face à la foison d’études sur le sujet au niveau mondial, le groupe de travail a passé en revue 1757 publications publiées entre le printemps 2014 et l’automne 2018. Résultat, très peu de preuves concluantes ont pu démontrer avec certitude un lien de cause à effet entre l’exposition aux ondes et le développement de cancers, tumeurs ou troubles de la fertilité. Certaines études pèchent toutefois sur la méthodologie, notamment sur la durée d’observation.

Seuls les effets d’une exposition de la tête au rayonnement de haute fréquence d’un téléphone mobile sur les ondes cérébrales au repos et pendant le sommeil ont pu être prouvés. Ils n’affectent pas les performances cognitives ni la qualité du sommeil, souligne toutefois l’expert. À nouveau, «leur importance pour la santé n’est pas claire».

Même puissance que la 4G

Martin Röösli précise à ce titre que la principale source d’exposition aux rayonnements ne vient pas des antennes, mais des appareils en contact direct avec le corps – autrement dit les téléphones portables. «Mais c’est autant valable pour la 4G que la 5G, souligne le professeur. Cela ne change rien.»

Et ce d’autant plus que la 5G, comme elle a été introduite récemment dans une centaine de communes, émet sous les mêmes fréquences et à la même puissance que la 4G, rappelle l’Office fédéral de la communication (OFCOM). A priori, les éventuels effets de la nouvelle technologie ne devraient ainsi pas se faire sentir. Au contraire: selon des simulations, «l’énergie serait même moins fortement absorbée par les organes internes du corps», souligne l’OFCOM.

2% de capacité disponible

Une chose est sûre, pour développer la 5G, les opérateurs de téléphonie mobile vont avoir besoin de davantage de capacité. Le volume de données transférées a doublé tous les 12 à 18 mois au cours des dernières années. Actuellement, dans les zones urbaines et suburbaines, la technologie 5G ne peut être implémentée que sur près de 2% des installations existantes. Les installations sont déjà utilisées quasi à leur maximum. Impossible d’exploiter son potentiel avec les réglementations en vigueur.

Cinq options possibles

Le rapport conclut ainsi sur cinq options possibles pour développer la 5G. C’est là que les experts du groupe de travail se divisent. L’option 1 prône le statu quo, sans relèvement des valeurs limites, ce qui signifie l’installation de 26'500 nouveaux sites et des réaménagements de 5000 stations existantes, pour un coût de 7,7 milliards de francs d’investissement, et surtout un temps d’attente de vingt ans. Trois autres options, présentées par la Commission de la communication et l’Association suisse des télécommunications, proposent un rehaussement des valeurs plus ou moins important, permettant de diminuer le nombre d’installations requises, le temps d’attente (cinq à dix ans) et les coûts (1 à 3,2 milliards). «Même si l’on opte pour l’option aux rayonnements plus élevés, on reste très en dessous des normes européennes», rappelle Philippe Horisberger, directeur suppléant de l’OFCOM.

Enfin, l’option présentée par les Médecins en faveur de l’environnement est la seule à demander un renforcement de la protection. L’association veut en outre que la couverture de l’extérieur soit séparée de l’intérieur des bâtiments. Cette dernière, au plus proche de l’utilisateur, devrait permettre une meilleure maîtrise ainsi qu’une forte réduction des rayonnements. Cette option représente un coût de 13 milliards et un temps d’attente d’au moins trente ans.

«Les intérêts des milieux de la santé et ceux des opérateurs de téléphonie mobile sont trop divergents pour tirer des conclusions définitives, conclut Paul Steffen. L’important est de renforcer les connaissances sur le sujet, d’être le plus transparent possible avec la population.»


Les opérateurs sautent sur l’occasion

Sunrise, Swisscom et Salt, par l’intermédiaire de l’Association des télécommunications, n’ont pas caché leur satisfaction face aux conclusions généralement rassurantes du rapport. À leurs yeux, le rapport «confirme que rien n’empêche le déploiement de la 5G d’un point de vue sanitaire. Les craintes et les préoccupations concernant les risques de la téléphonie mobile n’ont pas été confirmées. Il lève donc les doutes et apporte de la clarté. Les Cantons et les Communes peuvent désormais traiter sans délai les procédures d’autorisation conformément aux recommandations applicables.» L’appel du pied concerne en particulier le Jura, Vaud et Genève, qui ont depuis ce printemps gelé les dossiers relatifs aux nouvelles installations. Mais Jacqueline de Quattro, qui préside la Conférence intercantonale des chefs de l’environnement, semblait moins convaincue, jeudi soir au téléjournal de la RTS. Déçue du manque de conclusion du rapport, elle prévient: si les craintes ne sont pas apaisées au cours des prochains mois, «on ira de blocages en blocages».

Créé: 29.11.2019, 09h03

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