En Suisse aussi les oiseaux battent de l’aile

NatureSous nos cieux, plus encore qu’en France, les gazouillements se font rares en zones agricoles. En cause, l’intensification de l’agriculture en plaine et les pesticides.

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La biodiversité a décidément bien du plomb dans l’aile. Deux études scientifiques françaises révèlent que les populations d’oiseaux vivant en zones agricoles ont perdu un tiers de leurs effectifs en 17 ans. En Suisse, c’est pire. Près de 40% des piafs colonisant les terres cultivées de notre pays ont disparu des écrans radars en 25 ans, selon la Station ornithologique suisse de Sempach, dans le canton de Lucerne, qui précise toutefois ne pas utiliser exactement la même liste d’oiseaux que nos voisins pour leurs calculs.

La disparition des oiseaux dans les campagnes françaises s’effectue à une «vitesse vertigineuse» et cette tendance s’est encore accentuée ces deux dernières années, alertent le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et le Muséum d’histoire naturelle. À tel point que leur déclin «atteint un niveau proche de la catastrophe écologique», estiment les chercheurs de l’Hexagone. S’il n’existe pas d’étude directement comparable chez nous, le constat est tout aussi alarmant, explique Michael Schaad, biologiste et porte-parole de la Station ornithologique suisse. «Nous avons fait des comparaisons sur la diversité des oiseaux à la frontière franco-suisse. Les résultats sont sans appel. Du côté suisse, les oiseaux se portent moins bien qu’en France.»

Alouette, je te plumerai…

Comme dans tous les pays européens, l’agriculture intensive et l’utilisation de pesticides tueurs d’insectes sont montrés du doigt, «mais en Suisse, l’intensification agricole – par manque de surface cultivable – accentue ce phénomène», poursuit l’ornithologue. «Sur le Plateau, pratiquement chaque mètre carré qui n’est pas bétonné ou forestier est dédié à l’agriculture. Ce qui n’est pas le cas dans un pays comme la France», treize fois plus grand que le nôtre. «Nos montagnes mettent à l’abri certaines espèces, mais tous les oiseaux ne montent pas en altitude!» Prenons l’alouette des champs, un animal typique des milieux agricoles, «ses effectifs ont diminué de 50% en un quart de siècle», souligne Michael Schaad. En France, ce chiffre est divisé par deux. Revenons aux pratiques agricoles qui figurent au premier rang des facteurs explicatifs de ce déclin spectaculaire. «Non seulement les oiseaux vivant dans les zones cultivées ne trouvent plus d’endroits où nicher, mais ils n’ont plus de quoi se nourrir», enchaîne le chercheur. L’intensification des cultures, le recours accru aux insecticides, et plus particulièrement aux néonicotinoïdes, ainsi que la disparition des haies qui entourent les champs et l’abandon des jachères ont mené à la disparition de plus de 75% des insectes volants en Europe en trois décennies, selon une étude allemande publiée en octobre dernier.

«Or les insectes nourrissent la quasi-totalité des oiseaux à un moment ou à un autre de leur développement. De nombreux migrateurs en dépendent totalement», rappelle l’expert qui insiste sur le fait que ce déclin ne concerne pas tous les vertébrés volants de Suisse. «Dans les forêts par exemple, les populations d’oiseaux augmentent!» Voilà pour la bonne nouvelle.

«Il est urgent d’agir!»

Mais alors comment limiter la casse dans les zones cultivées? «Des mesures en matière de politique agricole ont été prises en Suisse, mais ça ne suffit pas. L’utilisation des pesticides devrait être contrôlée plus sévèrement. Par ailleurs, il y a aussi un effort à faire du côté des consommateurs. Renoncer aux produits issus de l’agriculture industrielle au profit de ceux des producteurs favorisant la biodiversité aurait indéniablement un effet positif», estime Michael Schaad.

L’organisme helvétique chargé de surveiller l’avifaune indigène appelle aussi les heureux propriétaires de jardins à ranger définitivement les pesticides au placard et à aménager plus d’endroits permettant aux oiseaux de nicher.«La situation est grave. La disparition des oiseaux est un signal très inquiétant, cela en dit long sur l’état de la biodiversité. En limitant les produits toxiques et en changeant nos habitudes, la situation est encore réversible, en tout cas pour certaines espèces. Mais il est urgent d’agir», conclut l’ornithologue. (TDG)

Créé: 24.03.2018, 10h09

«On ne peut pas se passer totalement des pesticides»


Jacques Bourgeois, Directeur de l’Union suisse des paysans, conseiller national PLR

Pour Jacques Bourgeois, directeur de l’Union suisse des paysans (USP) et conseiller national PLR, le déclin des populations d’oiseaux dans les zones agricoles est aussi une source de préoccupation.

Quelles sont les mesures prises par l’agriculture suisse pour enrayer cette situation?

À l’heure actuelle, les exploitations agricoles ont l’obligation de mettre 7% de leur superficie totale en surface de compensation écologique. D’autre part, la Politique agricole 2014-2017 a renforcé les outils de contribution pour la biodiversité, des réseaux écologiques sont mis en place pour permettre notamment
aux oiseaux de nicher.

La Station suisse d’ornithologie estime qu’il faudrait entre 12 et 15% de surface de compensation écologique de haute qualité. Est-ce envisageable?

Il faut déjà faire un bilan de l’impact que vont avoir toutes les mesures qui viennent d’être mises en place. En fonction des résultats, il faudra bien évidemment optimiser ces dispositions pour préserver la faune et la flore.

Les Suisses ont recours à plus de 2000 tonnes de pesticides chaque année. Comment limiter leur utilisation?

On a tout un plan d’action des produits phytosanitaires en cours visant à réduire au minimum leur impact sur la faune et la flore. Mais on ne peut pas complètement s’en passer parce qu’il faut aussi protéger les plantes contre les maladies et les ravageurs. Les pertes qu’engendrerait un renoncement total aux pesticides nous rendraient plus tributaires de l’étranger pour notre sécurité alimentaire, ce qui n’est pas le but. Mais des efforts importants ont été faits, on intervient par exemple dans certaines cultures de façon curative et non préventive. En agissant de façon ciblée quand il y a un problème, on limite le recours aux insecticides.

Soutenez-vous les mesures proposées par le Conseil fédéral visant à réduire de 30% l’utilisation des produits phytosanitaires d’ici à 2027 et de 25% les émissions
de pesticides?


Oui, bien sûr. Et j’ai personnellement demandé que ce projet soit à l’ordre du jour de la Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie du Conseil national, dont je fais partie, au mois de mai. Ces mesures pourraient donc entrer en vigueur rapidement.

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