«En Suisse aussi, il est important que nous commémorions la Nuit de Cristal»

SuisseLes synagogues de Suisse s’illumineront ce jeudi, 80 ans après la nuit des pogroms. Alors qu’en Europe, le climat politique est inquiétant.

Une synagogue incendiée en 1938, lors de la «nuit de cristal»

Une synagogue incendiée en 1938, lors de la «nuit de cristal» Image: Keystone

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Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, en Allemagne, la communauté juive était la cible d’un déferlement de haine, conduisant au meurtre et à la déportation de milliers de personnes, au saccage de synagogues et de commerces. Quatre-vingts ans après la Nuit de Cristal, ce jeudi 8 novembre, la communauté juive de Suisse va commémorer ces événements en illuminant les synagogues du pays et en organisant une soirée du souvenir (dès 18 h à Genève et à Lausanne). Entretien avec Jonathan Kreutner, secrétaire général de la Fédération suisse des communautés israélites.

Pourquoi commémorer, en Suisse, la Nuit de Cristal?
La Nuit de Cristal marque le début de l’anéantissement systématique des juifs, le début de la Shoah. Même si la communauté juive et les synagogues de Suisse ont été épargnées, nombre de juifs vivant aujourd’hui dans notre pays sont les descendants ou des proches des victimes de ces atrocités. Quelques-uns sont eux-mêmes des survivants de la Nuit de Cristal. Ils ont plus de 90 ans, ils sont encore là pour en témoigner, et c’est précieux. Il est important de transmettre cette mémoire aux jeunes générations pour ne pas revivre les horreurs du passé et continuer à bâtir un futur serein. Ce que l’on commémore, c’est une part sombre de l’histoire européenne dont doit avoir conscience la société dans son ensemble, pas seulement la communauté juive.

Mais cette commémoration s’inscrit précisément dans un climat politique difficile, dans une Europe en repli…
Il y a en effet une multiplication de signes inquiétants autour de nous. Qu’ils soient le fruit d’un nationalisme de droite, de la gauche extrême ou de l’islamisme radical, les actes antisémites croissent en Allemagne, dans les pays de l’Est, en France. Et l’attentat de Pittsburgh a été un choc pour toute la communauté juive. Mais même en Suisse, nous ne sommes pas à l’abri de menaces sérieuses. La parole antisémite, sur internet, se manifeste, comme ailleurs, de manière effroyable. Nous travaillons d’ailleurs avec le Conseil fédéral pour que la sécurité des minorités religieuses soit mieux prise en charge par l’État. À ce jour, c’est la communauté juive qui paie les coûts pour protéger ses membres et ses institutions, ce qui représente plusieurs millions de francs par an. C’est une question de moyens, mais aussi de principe: l’État doit assurer la sécurité de ses minorités. Nous saluons à ce sujet la récente décision du Conseil fédéral de prendre à sa charge une partie des frais de sécurité encourus par les minorités particulièrement menacées. Des mesures supplémentaires doivent aussi être prises par les Cantons. Mais nous sommes sur la bonne voie.

Le mois dernier, le parti d’extrême droite allemand Alternative für Deutschland a fondé une section juive. Comment interpréter une telle initiative?
Cette initiative a provoqué un tollé dans toute l’Allemagne et nous partageons l’indignation de ces institutions juives. N’oublions pas que ce parti véhicule des idées d’extrême droite et qu’il offre une plate-forme aux négationnistes.

Comment qualifiez-vous le dialogue interreligieux en Suisse?
Un gros travail est fait par les organisations faîtières représentant les principales religions en Suisse. Ce travail peut servir d’exemple, car le dialogue est bien plus difficile en France ou en Allemagne. Avec les organisations faîtières musulmanes de Suisse, nous avons un échange fructueux. Le mois dernier, nous avons publié une déclaration commune pour dénoncer le racisme, l’islamophobie et l’antisémitisme. Ce dialogue est primordial pour contrer les discours de haine, quels qu’ils soient.

(TDG)

Créé: 07.11.2018, 22h54



Jonathan Kreutner
Secrétaire général de la Fédération suisse des communautés israélites

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