Deux espions russes avaient pour cible le labo de Spiez

EnquêteDeux agents des services russes ont été arrêtés aux Pays-Bas. Ils étaient en route vers la Suisse avec du matériel électronique.

Le Laboratoire fédéral atomique, biologique et chimique de Spiez, dans le canton de Berne, était la cible des deux agents. Dans leurs effets, la police a retrouvé du matériel de cyber-espionnage.

Le Laboratoire fédéral atomique, biologique et chimique de Spiez, dans le canton de Berne, était la cible des deux agents. Dans leurs effets, la police a retrouvé du matériel de cyber-espionnage. Image: ALESSANDRO DELLA VALLE - A

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Dans la nouvelle guerre froide entre l’Est et l’Ouest, les espions russes ciblent de plus en plus souvent des objectifs en Suisse. Dimanche, nous révélions que les deux auteurs présumés de l’attaque à l’agent innervant de Salisbury (GB) s’étaient rendus à six reprises et pour de longues périodes à Genève. Mais cette fois, on réalise que la Suisse n’est pas juste une base arrière. Les espions de Vladimir Poutine ont visé notamment une cible stratégique dans l’Oberland bernois.

Deux autres agents russes qui s’apprêtaient à mener une opération d’envergure en Suisse ont été arrêtés au mois de mars aux Pays-Bas. C’est ce que montre une enquête commune de la «Tribune de Genève-24 heures», du «Tages-Anzeiger» et du quotidien néerlandais «NRC Handelsblad».

Dans les effets découverts lors de la perquisition, il y avait des équipements servant au cyberespionnage. Leur cible: le Laboratoire fédéral atomique, biologique et chimique de Spiez, dans le canton de Berne.

Ce laboratoire de réputation internationale, en mains de la Confédération, s’engage pour un monde sans armes de destruction massive. Ces derniers mois, les experts fédéraux ont analysé des traces d’armes chimiques utilisées en Syrie ainsi que l’agent innervant utilisé à Salisbury, en Grande-Bretagne.

Diplomates?

Les deux thèmes sont très importants pour la politique extérieure et intérieure russe. La Russie soutient le régime de Bachar el-Assad, accusé d’avoir utilisé des armes prohibées par les accords internationaux. Quant au Renseignement militaire russe, le GRU, il serait derrière la tentative d’assassinat avec du Novitchok survenue contre l’ancien agent double Sergueï Skripal et sa fille, le 4 mars dernier à Salisbury.

L’arrestation des deux hommes aux Pays-Bas est survenue ce printemps. La date exacte est inconnue. Il s’agit possiblement de deux porteurs d’un passeport diplomatique qui travaillaient à l’ambassade de Russie à La Haye expulsés fin mars. Cette mesure avait été annoncée publiquement le 26 mars par le premier ministre néerlandais Mark Rutte, qui s’était dit soucieux de donner un «signal fort», indiquant que désormais, «la Hollande en avait assez».

Selon nos informations, ces deux agents avaient été chargés de placer le laboratoire sous surveillance électronique. Les autorités néerlandaises et suisses partent du principe qu’ils cherchaient à obtenir ou à manipuler des informations à Spiez. Ou alors tout simplement à compromettre la réputation du laboratoire, note un expert helvétique sous couvert de l’anonymat.

«Le cas des espions russes découverts puis expulsés à La Haye est connu des autorités suisses»

Une chape de plomb a longtemps tenu les quelques personnes impliquées dans ce dossier au secret. Mais l’affaire a toutefois été jugée suffisamment sérieuse pour qu’une «information [soit] faite au Conseil fédéral», comme le confirme aujourd’hui son porte-parole, André Simonazzi.

«Le cas des espions russes découverts puis expulsés à La Haye est connu des autorités suisses», confirme Isabelle Graber, cheffe communication Service de renseignement de la Confédération (SRC). «Nous avons participé activement à cette opération en collaboration avec nos partenaires hollandais et britanniques», poursuit-elle avant d’ajouter que le SRC a ainsi contribué à la prévention d’actions illégales «contre une infrastructure critique suisse». Elle ne précise pas, à ce stade, de quelle infrastructure il s’agit.

Plusieurs sources officielles nous ont confirmé sous couvert d’anonymat que la cible était bien le laboratoire de Spiez.

Andreas Bucher, le porte-parole du laboratoire fédéral, explique qu’il n’est pas autorisé à commenter les informations du SRC: «Nous pouvons juste confirmer que le laboratoire de Spiez a été les cibles d’attaques cybernétiques. Mais nous y sommes préparés et aucune donnée n’a été volée.»

Dans le collimateur du Mini­stère public depuis 2017

Le Ministère public de la Confédération (MPC) s’intéresse aussi aux deux agents russes arrêtés aux Pays-Bas. Une procédure pénale pour espionnage et service de renseignements politiques a été ouverte en mars 2017 déjà, «à l’origine dans un autre contexte», comme l’écrit la porte-parole du MPC, Linda von Burg. «Dans cette procédure, deux personnes ont pu être identifiées en collaboration avec le Service de renseignement de la Confédération»: les deux agents arrêtés à La Haye.

Les autorités néerlandaises n’ont pas souhaité expliquer les raisons pour lesquelles les deux hommes ont été extradés vers la Russie et n’ont pas été remises aux autorités suisses.

cellule-enquete@tamedia.ch

(TDG)

Créé: 13.09.2018, 21h41

Les agents au Novitchok disent être venus à Genève pour leur «commerce»



Dimanche, nous révélions que deux autres Russes, accusés par les enquêteurs britanniques d’avoir tenté d’assassiner Sergueï Skripal et sa fille au moyen de l’agent innervant Novitchok, avaient effectué plusieurs déplacements à Genève durant les mois qui ont précédé l’attaque du 4 mars à Salisbury. Un jour après que Vladimir Poutine a demandé à ses deux concitoyens de s’expliquer et de proclamer leur innocence publiquement, Rouslan Bochirov et Alexandre Petrov ont donné une interview à RT, la chaîne de télévision d’information en continu financée par le gouvernement russe. Ils seraient effectivement les deux personnes recherchées et présentes sur les photos, mais tout ne serait qu’un terrible quiproquo.

À l’origine, ils se seraient rendus à Londres «pour faire la fête», ont raconté les deux compères. Mais la météo était si exécrable et le chaos dans les transports tellement grand qu’ils auraient décidé de se rendre à l’improviste à Salisbury. Ils étaient particulièrement intéressés par la cathédrale. «Elle est connue pour sa flèche de 123 mètres et son horloge, la plus ancienne du monde à toujours fonctionner», a expliqué doctement Alexandre Petrov. Il se peut que durant leur «promenade», expliquent les deux hommes, ils soient aussi passés devant le domicile des Skripal. Mais ils n’auraient entendu ce nom pour la première fois que lorsqu’ils ont vu les avis de recherche de la police britannique «et que tout ce cauchemar a commencé». Les deux hommes font l’objet d’un mandat d’arrêt international.

Tous deux nient également appartenir au Service du renseignement militaire russe GRU. Ils déclarent gagner leur vie grâce au commerce de compléments alimentaires pour sportifs. C’est du reste ce qui les aurait menés à plusieurs reprises en Suisse – également à la fin de l’année 2017 et au début de 2018. Selon les registres de vol en possession de notre journal, ils se sont rendus six fois à Genève dans les mois qui ont précédé l’attaque.

Julian Hans (Moscou) et Thomas Knellwolf

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