«Des ONG ont exagéré sur l’Érythrée»

MigrationDe retour d'Afrique, le PDC Claude Béglé estime que le pays souffre davantage de sa pauvreté que de sa dictature.

Le conseiller national Claude Béglé (PDC/VD) rentre aujourd’hui d’Erythrée après y avoir passé une semaine.

Le conseiller national Claude Béglé (PDC/VD) rentre aujourd’hui d’Erythrée après y avoir passé une semaine. Image: VANESSA CARDOSO

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Il ne regrette rien. Malgré le déferlement de critiques en Suisse sur le voyage privé d’un groupe d’élus en Erythrée, le conseiller national Claude Béglé (PDC/VD) est très satisfait d’avoir eu l’opportunité de se faire un avis personnel sur la situation. L’Erythrée est le premier pays d’origine des requérants d’asile en Suisse. Après une semaine sur le terrain, Claude Béglé livre son sentiment.

Qu’avez-vous visité? Qui avez-vous rencontré?

Avant de partir, j’ai eu de nombreux contacts avec des personnes qui ne sont pas du même avis que le régime. Sur place, j’ai rencontré le conseiller du président, les ministres des Affaires étrangères, de la Communication, de la Santé, de l’Education, le gouverneur d’une région. J’ai aussi parlé à toute une série d’ambassadeurs, à la représentante des Nations Unies, et à des personnes du CICR. J’ai rencontré également le directeur de l’Hôpital d’Asmara et des réfugiés revenus au pays. Evidemment, je sais que, parmi mes interlocuteurs érythréens, l’on m’a fait voir des personnes plutôt favorables au régime. Je ne suis pas naïf. Mais on a pu sortir sur le terrain et on a vu beaucoup de choses.

Et alors, vos impressions?

La première impression n’est vraiment pas celle d’une prison à ciel ouvert. J’ai tellement voyagé que je peux me permettre de comparer. Nous avons tous lu ces rapports sur les droits de l’homme en Erythrée et nous savons qu’il y a des problèmes, mais les gens que l’on nous montre sont complètement dévoués à leur tâche. A très haut niveau, c’est d’ailleurs étonnant, il n’y a pas de corruption. Il m’a fallu trois jours pour comprendre encore un autre aspect de ce petit pays de 3 millions d’habitants, qui a mené une guerre pour son indépendance et est toujours en tension avec l’Ethiopie. Le gouvernement, composé de sexagénaires, a voulu créer une espèce de petite île qui vit en autarcie. Vous avez une limite de 1 à 8 entre les salaires les plus élevés et les plus bas du gouvernement. Vous avez cette idée totalitaire, mais aussi égalitaire, un Mai 68 totalement anachronique dans le monde d’aujourd’hui. Mais ces gens, comme ils sont honnêtes, sont convaincus de leur bon droit et sont surpris que la communauté internationale les ait mis au ban.

Vous justifiez donc le régime autoritaire d’Asmara?

La question est: jusqu’où est-ce acceptable? Pour moi ils sont allés trop loin. Mais la plupart des ambassadeurs disent aussi que ce système carcéral, répressif, horrible, s’assouplit. Quelque chose est en train de se passer. Des observateurs indépendants que j’ai rencontrés le disent sous couvert d’anonymat: le rapport des Nations Unies est tendancieux. C’est un copié-collé de choses qui se sont passées mais qui ont aujourd’hui évolué. Les gens aux premières loges, qui ne sont pas des naïfs, estiment qu’il y a une désinformation du monde occidental.

Des ONG se sont déchaînées contre le régime en place!

En partie, oui. Il y a eu des exagérations de la part des ONG. Vous avez beaucoup d’effractions aux droits de l’homme, c’est vrai, mais aussi une volonté d’apaisement. La semaine dernière, une petite délégation des Nations Unies a pu pour la première fois visiter une prison. Cela montre une forme d’assouplissement du système. De nombreuses délégations européennes arrivent dans le pays. En ce moment, les Britanniques sont en train de négocier les conditions de rapatriement de migrants, et non pas les rapatriements volontaires, mais sous contrainte.

Pensez-vous à présent que les personnes qui fuient l’Erythrée sont des migrants économiques ou politiques?

L’eau saumâtre qui se trouve entre une rivière et la mer est-elle de l’eau fraîche ou de l’eau salée? C’est un peu les deux. Personne n’a la réponse exacte. Ma conviction est que ce sont surtout des migrants économiques. Mais il y a évidemment aussi une part de gens qui auront fui un régime autoritaire. Cela dit, il faut imaginer quand même un petit pays entouré par l’Arabie saoudite, le Yémen, l’Ethiopie, le Sud-Soudan et la Somalie. Vous avez neuf ethnies et des religions différentes. Tous ces ingrédients sont explosifs. Or c’est l’un des rares pays où vous avez de la stabilité à cause de la dictature.

La Suisse devrait-elle renvoyer des requérants érythréens? Allez-vous le proposer au parlement?

Premièrement, des membres de notre délégation – Suzanne Hochuli (conseillère d’Etat verte argovienne), Thomas Aeschi (conseiller national UDC) et moi – allons proposer qu’une commission officielle vienne ici et examine plus à fond la situation. Nous allons aussi proposer une normalisation et une intensification des liens diplomatiques, une ouverture des discussions sur le rapatriement de certains Erythréens et un programme d’aide au développement. La principale raison pour laquelle des jeunes partent est le manque de perspectives. Ces jeunes regardent la télé, ont Internet et ils ont envie d’autre chose que de la révolution à grand-papa. J’ai lu tous les rapports. J’essaie de rester neutre.

Vous voulez donc signer un accord de réadmission avec Asmara?

L’idéal est de convaincre les gens de rentrer, mais pour les convaincre il faut qu’ils aient de quoi vivre chez eux. Il faut que la Suisse investisse de façon importante dans le développement économique, qu’elle convainque autant que possible les gens de rentrer de manière volontaire, quitte à leur donner un peu d’argent. Et alors la discussion va se poser sur les rapatriements forcés. On pourrait faire quelques rapatriements forcés de délinquants par exemple, pour envoyer le signal psychologique que l’eldorado est fini. Il faut dissuader un exode massif. Une condition clé toutefois, c’est que des observateurs puissent vérifier le sort de ceux qui sont rentrés. (TDG)

Créé: 12.02.2016, 21h58

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