Ce que la Suisse peut apporter à l'ONU en matière de drogues

DroguesLa Confédération siégera à la Commission des stupéfiants des Nations Unies. Quels sont les enjeux?

Jean-Félix Savary, directeur du Groupement d’étude romand des addictions (GREA).

Jean-Félix Savary, directeur du Groupement d’étude romand des addictions (GREA). Image: Keystone

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La Suisse sera à nouveau membre de la Commission des stupéfiants de l’ONU (CND) dès 2018. C’est une habituée de cette institution, dans laquelle elle a siégé à quatre reprises (1961-1975, 1988-1995, 1997-2001 et 2004-2011). Mais cette fois, la donne est différente. Depuis 2011, la politique mondiale sur le contrôle des drogues s’est assouplie. Et notre pays peut jouer un rôle dans ce changement. Analyse avec deux spécialistes du dossier, favorables aux réformes.

La CND n’a pas pour seule mission de lutter contre le trafic de drogue. Après la Seconde Guerre mondiale, elle a d’abord été créée pour régler au niveau mondial la distribution de produits thérapeutiques contenant des psychotropes. Notons au passage qu’avec son industrie pharmaceutique, la Suisse a un premier intérêt à en être membre.

Un nouveau tournant
Dans les années septante, l’objectif répressif a pris le dessus au sein de l’ONU. On y a vu une convergence d’intérêts entre les Etats-Unis, qui voulaient combattre le trafic, et des pays autoritaires, qui y voyaient une façon de surveiller leurs populations. Les nations réformatrices, comme la Suisse, ont été critiquées. Mais le vent a une nouvelle fois tourné. «Aux Etats-Unis, plusieurs Etats ont assoupli leur politique et réglementé le marché du cannabis, rappelle Jean-Félix Savary, directeur du Groupement d’étude romand des addictions (GREA). Washington avait de plus en plus de mal à tenir sa position. Ses anciens alliés se sont retrouvés seuls.»

Signe du changement, l’ONU a décidé en avril 2016 de mettre les personnes au centre des politiques mondiales sur le contrôle des drogues. Avec un accent sur la santé, le bien-être et les droits de l’homme. Tout cela est intéressant pour la Suisse. «Longtemps, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC) a été cantonné à Vienne, où se trouve son siège, étaie Jean-Félix Savary. Avec ce changement, il aura davantage de liens avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou le Conseil des droits de l’homme, qui ont leur siège à Genève.»

Ce renouveau vient du terrain et d’Etats qui cherchent des solutions autres que la répression pour répondre aux problèmes liés aux drogues, précise l’ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss. «On ne parle pas encore de renégocier les conventions internationales qui s’opposent notamment à la régulation du marché. Mais l’UNODC s’implique davantage en faveur des réformes. Il n’est pas encore question de nouveau consensus, mais d’un appui aux expériences menées par certains Etats.»

Contre la peine de mort
La Suisse a pris des positions qui vont au-delà de celles de l’Union européenne. Elle est notamment à la pointe du combat pour que la peine de mort ne soit plus appliquée en cas de violation des lois sur les stupéfiants.

Genève abrite aussi le secrétariat de la Commission globale de politique en matière de drogues. Cette ONG, présidée par Ruth Dreifuss et réunissant d’anciens dirigeants, défend précisément des réformes qui prennent en compte la santé publique, la réduction des risques, les droits de l’homme et milite pour la dépénalisation de la consommation.

N’oublions pas le rôle pionnier de la Suisse dans la prise en compte des questions sanitaires, avec la distribution de seringues puis la prescription médicale d’héroïne. «Les salles de consommation que nous avons ouvertes ont longtemps été critiquées sur le plan international, glisse Ruth Dreifuss. Aujourd’hui, elles sont reconnues comme des mesures efficaces de prévention des risques.» L’ancienne ministre de l’Intérieur a incarné cette politique dite des quatre piliers, entérinée par le Conseil fédéral en 1994 et soutenue par le peuple à plusieurs reprises.

Notre pays reste à l’avant-garde en ce qui concerne la politique de santé publique. Des spécialistes étrangers viennent régulièrement s’informer et plusieurs nations ont suivi la même voie. Aujourd’hui, quelque 1500 personnes bénéficient notamment d’une prescription médicale d’héroïne en Suisse.

«Cette solution, qui coûte moins cher que la prison, est plus efficace en termes de sécurité et de santé publique», conclut Jean-Félix Savary. (TDG)

Créé: 25.04.2017, 21h50

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