Carlos, icône d’un système désavoué

ProcèsLe détenu le plus médiatisé de Suisse encourt une peine de prison ferme. Retour sur une saga hors norme.

Une image du reportage de la TV alémanique qui avait fait découvrir Carlos en 2013.

Une image du reportage de la TV alémanique qui avait fait découvrir Carlos en 2013. Image: Keystone/SRF

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Le jeune délinquant le plus célèbre de Suisse, connu sous le pseudonyme de «Carlos», repasse ce vendredi devant la justice. Le Tribunal de district de Dietikon (ZH) juge le jeune homme pour avoir saccagé deux cellules du centre de mesures d’Uitikon, à l’hiver 2014. Il est également accusé de menaces et de délit de fuite. L’affaire Carlos est peut-être l’histoire d’un beau gâchis. De l’avis de ses éducateurs, le jeune homme était sur la voie de la réinsertion avant d’être pris dans la tourmente. Mais son traitement ultracoûteux et ses récidives ont fait de lui le symbole d’un système carcéral de moins en moins accepté par la population. Quoi qu’il en soit, ce procès est l’une des conséquences du tollé provoqué par la médiatisation du cas du jeune Zurichois. Rappel des faits.

En août 2013, la télévision alémanique SRF réalise un reportage sur un programme spécial de réinsertion destiné aux délinquants mineurs ayant vécu une enfance difficile. Le public découvre alors Carlos, un jeune homme de 18 ans qui bénéficie dans ce cadre, entre autres, de cours de boxe thaïe et d’un appartement de 4 pièces à sa disposition et celle de sa famille. Coût de la prise en charge: 29 000 francs par mois.

L’opinion publique s’offusque. Qu’une telle somme soit consacrée à un jeune homme multirécidiviste et violent, coupable d’avoir poignardé dans le dos un adolescent de 15 ans, choque. L’affaire enfle, les journaux nationaux s’en emparent. Pendant des semaines, pas un jour ne passe sans qu’un média n’évoque l’affaire.

Descente aux enfers

La suite de l’histoire? Une pression du public mal gérée par les autorités. En novembre 2013, la Commission de justice du Grand Conseil zurichois publie la facture des coûts liés à la prise en charge du mineur entre octobre 2006 et fin août 2013: 998 199 francs. Le conseiller d’Etat Martin Graf (Vert) ordonne la mise en détention de Carlos à Uitikon. En cherchant à apaiser la colère populaire, le chef du Département de la justice réveille celle du délinquant. Fou de rage d’être «injustement incarcéré», Carlos détruit successivement deux cellules. Les dégâts sont évalués à plus de 9000 francs. Les responsables du dossier, eux aussi, le paieront cher (lire ci-dessus).

Multiples provocations

Trois mois et deux recours plus tard, Carlos obtient le soutien du Tribunal fédéral, qui dénonce une «atteinte grave à la personnalité et à la liberté» et ordonne sa libération immédiate. De retour auprès de ses éducateurs, Carlos est redevenu ingérable. Alors qu’il avait fait de gros progrès avant l’affaire, il est devenu impossible d’en tirer quoi que ce soit, selon l’une de ses accompagnatrices citée dans les colonnes du Tages-Anzeiger. A nouveau libre, Carlos multiplie les provocations, pose avec une arme à la gare centrale et fait des déclarations fracassantes sur les réseaux sociaux. En octobre 2014, il menace un homme avec une lame de 20 cm et fuit à l’arrivée de la police.

Majeur au moment des faits, Carlos est classé dans la catégorie des délinquants atteints de troubles mentaux ou de problèmes de dépendance. L’acte d’accusation réclame une peine ferme de 11 mois de prison ainsi que 15 jours-amendes à 30 francs. La peine devra être accompagnée d’un traitement ambulatoire.

Créé: 26.08.2015, 07h56

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Facture partagée

Grève de la faim, déclaration de foi à l’islam ou photos provocatrices avec un sabre à la main: pendant des mois, chacun des gestes et dérapages de Carlos a été suivi par les médias. Même les photos de ses deux cellules défoncées ont été transmises au journal dominical «SonntagsBlick», en février 2014.

Le jeune homme n’a pas été le seul à pâtir de la pression médiatique. Certains responsables en ont aussi subi les conséquences. Considéré comme trop dépensier avec l’argent de l’Etat, le juge des mineurs qui avait pris en charge Carlos a été dessaisi du dossier. Quant à Martin Graf, le conseiller d’Etat en charge du Département de la justice, ses hésitations lui ont coûté son siège lors des élections zurichoises, en avril 2015. Selon un sondage réalisé par le «Tages-Anzeiger», sa gestion de l’affaire est clairement une des raisons de sa non-réélection. Sa décision d’envoyer Carlos dans un hôtel wellness aux Pays-Bas à sa sortie de prison, après l’avoir fait enfermé, avait fait déborder le vase.

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