Camp de l’extrême pour de futurs astronautes

Crans-MontanaDes étudiants s’initient aux conditions de l’espace avec un entrainement digne des grandes agences spatiales.

Sophie Lismore et Christian Cardinaux, 20 et 25 ans, suivent un entraînement similaire à celui des grandes agences spatiales. Les défis se succéderont dans le froid tout le week end dans la station de Crans-Montana.

Sophie Lismore et Christian Cardinaux, 20 et 25 ans, suivent un entraînement similaire à celui des grandes agences spatiales. Les défis se succéderont dans le froid tout le week end dans la station de Crans-Montana. Image: Odile Meylan

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Engoncée dans sa combinaison de plongée, Sophie Lismore, échouée au bord d’un carré noir d’eau creusé dans la glace du lac de Crans-Montana (VS), écoute les dernières instructions d’Alban Michon. Déjà dans l’eau, cet explorateur français, adepte de plongée extrême, lance une boutade. «C’est froid? C’est vrai? Tu veux qu’on annule?» En guise de réponse, la jeune physicienne de 20 ans enfile son masque et se glisse dans l’eau glaciale. Sa silhouette fait peu à peu place à de grosses bulles, qui rapetissent au fur et à mesure que la plongeuse s’éloigne, explorant les profondeurs du lac recouvert d’une épaisse couche blanche.

Il n’y a pas grand-chose à voir en dessous, à part une légère lumière verte et quelques algues. Le but de l’opération n’est pas de traquer les poissons, mais de se mettre en condition de stress. Sophie Lismore, comme sept autres étudiants, participe à la mission Asclepios 2020, un projet scientifique interdisciplinaire organisé par l’association lausannoise de l’EPFL Space@yourService (lire l’encadré).

Du 13 au 16 février, Alban Michon leur a réservé un entraînement de l’extrême, qui simule au plus proche possible du réel les conditions d’une mission spatiale sur «un autre corps céleste» — comprenez la Lune ou Mars. Le corps et l’esprit doivent ainsi être mis à rude épreuve afin d’analyser les conséquences de ce stress sur le déroulement d’une mission spatiale.

Triés sur le volet

Willem Suter, vêtu d’une combinaison argentée lui valant le sobriquet de «Ziggy Stardust», attend que Sophie Lismore remonte à la surface pour se glisser à son tour dans l’eau. «La plongée fait partie de l’entraînement de tous les astronautes, explique le jeune homme de 23 ans, étudiant à l’EPFL et plongeur expérimenté. L’eau froide recrée les conditions les plus proches de celles de l’apesanteur.» Les abysses noirs du lac s’apparentent à la nuit infinie de l’espace, tandis que le froid mordant de la montagne rappelle les températures de la Lune.

«La sélection est extrêmement dure pour aller dans l’espace, et elle est réservée à des scientifiques plus âgés, explique Chloé Carrière, présidente de l’association. Cette mission est faite pour les étudiants, afin de leur donner une possibilité unique de suivre un vrai entraînement d’astronaute.» Les participants rêvent tous un jour d’aller dans l’espace, mais n’y parviendront pas forcément. Qu’importe. «Ils pourront se targuer d’une expérience enrichissante qui aura servi à développer des compétences bienvenues dans des laboratoires ou des entreprises», ajoute Chloé Carrière.

Pendant tout le week-end, les scientifiques vont donc vivre à la dure. À l’heure où le commun des étudiants se retrouve dans des bars, l’équipe est arrivée jeudi soir au pied de la station valaisanne, sous une tempête de neige et de vent. Après une nuit passée entassés deux par deux sous des tentes, les voici donc, ici à créer un abri de neige, là à plonger joyeusement dans une eau glacée. Et tout ça de leur plein gré. «C’était génial!» s’exclame Manuela Raimbault, doctorat en astrophysique à l’UniGe, à peine titillée par le froid après un quart d’heure à patauger dans l’eau glacée.

Bonne ambiance

Tous semblent avoir le cuir épais. Heureusement, car la résistance est le maître-mot. Ce week-end de l’extrême n’est qu’un entraînement pour le but ultime du projet, une mission prévue en avril. Les huit apprentis astronautes seront isolés sept jours «dans un coin reculé du Jura», dans les conditions les plus proches de l’espace. Totalement coupés de l’extérieur, ils devront être capables d’être autonomes, d’y produire certaines expériences touchant à l’astronomie ou la robotique… et de se supporter entre eux.

«L’expérience présente également un aspect psychologique, note Chloé Carrière. Souvent, des tensions apparaissent entre les scientifiques de la tour de contrôle et les astronautes en mission. Les premiers leur dictent certaines actions, tandis que les autres ne sont pas forcément capables de les accomplir en fonction de la réalité du terrain. Cela crée des malentendus. Il arrive même qu’il y ait des mutineries!»

Pas de cela dans le camp. L’ambiance est à la colonie de vacances, malgré le froid et les paquets de nourriture lyophilisée. La moustache et le look rétro de Willem impressionnent davantage ses camarades que les plongées dans ce carré d’eau glacée. Où sont donc les conditions de stress recherchées? «Les personnes sélectionnées l’ont été car elles sont capables de résister à des conditions extrêmes, répond Chloé Carrière. Il faut également considérer l’expérience dans la durée. Nous venons d’arriver. Il reste encore plusieurs jours à vivre dans ces conditions.» Bilan dimanche, donc. Ce vendredi soir, lorsque la nuit sera tombée, les astronautes plongeront encore.

Créé: 14.02.2020, 22h39

Chaperon prestigieux

L’association Space@yourService possède des antennes dans le monde entier. Son but principal est la vulgarisation des sciences du spatial auprès du grand public.

À l’École polytechnique fédérale de Lausanne, l’association est soutenue par de prestigieux scientifiques, dont l’astronaute vaudois Claude Nicollier en personne. Ce dernier a également participé à la sélection des huit candidats à la mission, dont les critères d’admission ont été calqués sur ceux de l’Agence spatiale européenne (ESA).

La mission a attiré 194 volontaires venus du monde entier. Au final, trois Suisses, deux Français et un Chilien ont été choisis après une batterie de tests portant tant sur leur résistance physique que psychologique.

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