Bien des surprises ont marqué l'histoire du gouvernement

Election au Conseil fédéralLes candidats officiels des partis ont souvent mordu la poussière devant l'Assemblée fédérale. Avec ou sans larmes. Rappel.

Des épisodes spectaculaires et parfois même dramatiques ont rythmé la course au Conseil fédéral.

Des épisodes spectaculaires et parfois même dramatiques ont rythmé la course au Conseil fédéral. Image: Patrick Martin

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Un Zougois, Thomas Aeschi, un Vaudois, Guy Parmelin et un Tessinois Norman Gobbi: à quelques heures de l'élection au Conseil fédéral, aucun des trois candidats officiels ne se détache. Sous la Coupole, les observateurs sont prudents au petit jeu des pronostics. Et si au final, l'Assemblée fédérale optait pour un candidat non officiel - voire une personnalité hors du Parlement. Depuis la création de la formule magique, en 1959, les coups de force et les surprises n'ont pas manqué. Des épisodes spectaculaires, et parfois même dramatiques. Rappel avec le journaliste Georges Plomb, qui suit depuis un demi-siècle l'actualité fédérale.

1959: Le Parlement veut un profil moins marqué
Les temps semblent mûrs pour accorder au Parti socialiste un deuxième siège au Conseil fédéral. Et c'est le président du PS suisse, le Schaffhousois Walther Bringolf qui porte les couleurs de son parti. Mais son profil très marqué à gauche - l'homme a participé à la grande grève de 1918 - crispe le Parlement. «Le Parlement le voyait comme un communiste mal repenti», se souvient Georges Plomb. La droite lui préfère le Bâlois Hans Peter Tschudi, qui siège au Conseil des Etats depuis trois ans. Ce grand spécialiste des assurances sociales dirigera le Département fédéral de l'Intérieur durant 14 ans et est considéré comme le père de l'AVS moderne.

1973: Triple coup de sac dans le jeu des partis
Trois démissions d'un seul coup. En 1973, le jeu est très ouvert pour l'élection au Conseil fédéral. Le Parti socialiste présente le président du parti, l'Argovien Arthur Schmid. Le PDC lance un Tessinois, Enrico Franzoni, tandis que le Parti radical suisse soutient le Genevois Henri Schmitt. Mais les choses s'emballent et au final, aucun des trois candidats officiels n'est élu. «Les trois candidats officiels suscitaient des réserves diverses dans les groupes. Arthur Schmid était conseiller d'Etat, mais il n'était pas spécialement brillant. Enrico Franzoni, lui, était un brillant avocat d'affaires tessinois, mais il avait été mêlé à des affaires pas très claires. Quant au Genevois Henri Schmitt, il était jugé trop répressif. On le surnomait «Schmitt la matraque. La chute d'Arthur Schmid a entraîné celle des deux autres», analyse Georges Plomb. Au terme d'une matinée pleine de rebondissements, le socialiste Willi Ritschard, le PDC Hans Hurlimann et le radical Georges-André Chevallaz sont élus.

1983: le complot anti-femme
Les femmes ont le droit de vote depuis 1971. Beaucoup estime qu'il est maintenant temps qu'elles accèdent au Conseil fédéral. Le Parti socialiste lance dans la course la Zurichoise Liliane Uchtenhagen. Mais la brillante féministe fait peur à la majorité bourgeoise. Un complot s'ourdit la veille de l'élection. Le conseiller d'Etat soleurois Otto Stich est contacté. «Il venait de quitter le Parlement, mais il était très connu et perçu comme un spécialiste des affaires fiscales tout à fait capable de reprendre les Finances fédérales», raconte Georges Plomb. Son élection surprise crée une onde de choc au sein du PS, qui hésite alors à quitter le Conseil fédéral. Option finalement écartée au terme d'un congrès extraordinaire quelques mois plus tard.

1993: l'homme sacrifié
Dix ans après le complot Stich, l'affaire Francis Matthey! La revendication féminine a pris encore davantage d'ampleur en dix années. Et cette fois, c'est la syndicaliste genevoise Christiane Brunner, l'organisatrice de la grève des femmes, qui porte les couleurs du parti. Tout de rose vêtue, elle chute pourtant face au Neuchâtelois Francis Matthey. Colère des femmes réunies devant la Place fédérale. Et doute sous la Coupole où le coup de force tourne au drame. Francis Matthey renonce à son élection. Et une semaine plus tard, c'est une autre syndicaliste genevoise, Ruth Dreifuss, qui est élue.

2000: Le Parlement bloque la route aux blochériens
Depuis une décennie, l'UDC se renforce et la bataille fait rage entre l'aile modérée et les blochériens. A la démission du Bernois Adolf Ogi, ces derniers veulent s'imposer. Ils lancent dans la course deux représentants de l'aile dure, la conseillère d'Etat Rita Fuhrer et le conseiller d'Etat thurgovien Roland Eberle. Mais tous deux seront battus par le modéré bernois Samuel Schmid. L'UDC avale l'affront mais traite Samuel Schmid de «demi conseiller fédéral». En 2008, Samuel Schmid quitte l'UDC pour le PBD.

2003: Le PDC doit s'incliner face à Christoph Blocher L'UDC prend sa revanche trois ans plus tard. La formation est désormais le premier parti de Suisse et réclame deux sièges au Conseil fédéral. Christoph Blocher est son candidat officiel. Le PDC, désormais quatrième force politique, ne veut pas lâcher l'affaire et représente ses deux conseillers fédéraux. Première à affronter le vote de l'Assemblée fédérale, l'Appenzelloise Ruth Metzler n'est pas réélue. Christoph Blocher accède au Conseil fédéral.

2007: la chute du tribun Après quatre ans de gouvernement, l'homme fort de l'UDC suscite toujours une aussi forte hostilité de la gauche et du centre, qui caresse l'idée de le faire chuter. Des contacts sont noués en secret des semaines à l'avance. Mais c'est pourtant la surprise totale lorsque son nom est lâché, le matin du 12 décembre. «Eveline Widmer-Schlumpf ne siégeait pas à Berne, mais elle était quand même connue. Elle avait présidé la Conférence des directeurs cantonaux des Finances. Et c'était un personnage», analyse Georges Plomb. La ministre grisonne est élue au deuxième tour, faisant chuter Christoph Blocher. Le Parlement lui laisse un jour pour annoncer si elle accepte ou non son élection. La tension est intense lorsque, le 13 décembre, elle remonte l'allée du Conseil national pour prendre place à la tribune et annoncer qu'elle accepte son élection. Une page d'Histoire est écrite. (TDG)

Créé: 08.12.2015, 13h58

Articles en relation

A Jour J-1, les tacticiens sont à l’œuvre au Palais

Election du Conseil fédéral L’Assemblée fédérale va élire un nouveau membre au gouvernement pour remplacer Eveline Widmer-Schlumpf. Voici les deux scénarios d’une élection disputée et incertaine. Plus...

La tension monte avant le vote de mercredi

Conseil fédéral Un candidat surprise pour concurrencer le ticket UDC? Des noms circulent depuis dimanche. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Le PLR repousse son vote sur la démission de Maudet
Plus...