Berne lance une table ronde pour aider les victimes de l'amiante

SantéL’ancien conseiller fédéral Moritz Leuenberger est chargé de réunir tout le monde pour élaborer un plan d’indemnisation.

L'ex-conseiller fédéral Moritz Leuenberger (PS, à g.) assume la charge de venir en aide aux victimes de l'amiante.

L'ex-conseiller fédéral Moritz Leuenberger (PS, à g.) assume la charge de venir en aide aux victimes de l'amiante. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Le but est de voir ce qu’on peut faire tout de suite pour venir en aide aux victimes de l’amiante et à leurs familles.» Le conseiller fédéral Alain Berset a annoncé mercredi la création d’une table ronde nationale. Elle sera présidée par Moritz Leuenberger, ancien conseiller fédéral socialiste.

La fibre cancérigène, interdite en Suisse depuis 1990 (lire ci-dessous), continue de tuer en masse. Quelque 120 personnes contractent un cancer chaque année des décennies après leur exposition à l’amiante. La Suva (Caisse nationale d’assurance en cas d’accidents) a déjà accordé plus de 800 millions de francs d’indemnités pour des maladies professionnelles liées à l’amiante.

C’est insuffisant, estime le Conseil fédéral. Chaque année, plus de 30 malades de l’amiante n’ont pas droit aux indemnités de l’assurance professionnelle. «Des bricoleurs qui utilisaient de l’amiante à l’époque, des travailleurs indépendants, voire des enfants, explique Alain Berset. Ces personnes n’ont pas droit aux indemnités et, très souvent, leur situation financière est moins bonne.»

La table ronde est chargée de chercher «des solutions» pour venir en aide à ces victimes. Sa mission consiste d’abord à réunir tout le monde autour d’une même table: associations de victimes, industriels, syndicats et assureurs. «Il est trop tôt pour esquisser les solutions à ce stade, nous ferons un bilan dans un an», promet Moritz Leuenberger. Il évoque tout de même l’éventualité d’une fondation «avec des fonds privés».

«Pas de peanuts!»

L’initiative est bien accueillie par les syndicats. «L’aide aux victimes est une priorité. Cela dit, nous espérons que ce processus aboutira à des dédommagements sérieux et pas seulement des peanuts charitables», réagit Luca Cirigliano, secrétaire central de l’Union syndicale suisse (USS).

Même son de cloche du côté des associations de victimes, qui demandaient cette table ronde depuis longtemps: «Nous en espérons beaucoup, il est temps que la Suisse prenne au sérieux cette épidémie qui tue chaque semaine autour de nous», lâche François Iselin, fondateur du Comité d’aide aux victimes de l’amiante (Caova).

Fonds ou table ronde

Mais tant les syndicats que les victimes auraient préféré la création d’un fonds national d’indemnisation. Une proposition faite à Berne et sur laquelle le National se prononcera le 11 mars. Cette solution n’a pas le soutien du Conseil fédéral, qui juge qu’elle «reporterait une responsabilité privée sur l’Etat».

Coauteur de la motion à l’origine de cette demande, Guillaume Barrazone (PDC/GE) estime qu’un fonds ou une table ronde, c’est kif-kif. «L’important, c’est qu’on arrive à réparer des injustices avec un véritable instrument légal», estime le Genevois. Il pense que la Suisse pourrait s’inspirer de l’exemple de l’Angleterre, qui a forcé les assurances à accorder une aide aux victimes.

L’autre source d’injustice du dossier de l’amiante, c’est que la prescription pour les maladies professionnelles s’éteint dix ans après l’exposition à la fibre. «Ce qui est totalement injuste quand des personnes tombent malades des décennies après», rappelle Jean Christophe Schwaab (PS/VD).

Ce délai a d’ailleurs été condamné en 2014 par la Cour européenne des droits de l’homme. La gauche souhaiterait le prolonger à trente ans via la révision du droit de la prescription, ce que refusent la droite et le patronat.

«Une épée de Damoclès»

«On marchande des délais, mais ce sont les victimes qui sont toujours perdantes», se désole la conseillère nationale Anne Mahrer (Verts/GE). Dans le monde politique, elle sait mieux que personne le danger que représente l’amiante: contaminée lorsqu’elle était bibliothécaire au collège du Foron, elle vit avec des plaques pleurales dans les poumons, qui pourraient provoquer un cancer. «L’amiante a fait son nid dans mes poumons et c’est une épée de Damoclès permanente», dit-elle. Elle espère en tout cas que la table ronde créée hier ne soit pas «un alibi pour se donner bonne conscience». (TDG)

Créé: 26.02.2015, 16h35

Articles en relation

50 nouveaux dossiers pour relancer le procès Eternit

Amiante Le Parquet turinois a ajouté jeudi 50 dossiers supplémentaires à la procédure contre Stephan Schmidheiny dans le cas de 256 décès pour cancer de la plèvre liés à l'amiante d'Eternit. Plus...

La Cour de cassation italienne se penche sur le dossier Eternit

Ravages de l'amiante La Cour de cassation italienne, plus haute instance judiciaire du pays, pourrait rendre en début de soirée son verdict définitif à l'encontre du milliardaire suisse Stephan Schmidheiny. Plus...

Pas de fonds public pour les victimes de l'amiante

Indemnisation Le Conseil fédéral a estimé que l'Etat n'a pas à assumer la responsabilité des entreprises concernées. Il mise plutôt sur une prolongation du délai de prescription. Plus...

L'USS plaide pour l'indemnisation des victimes de l'amiante

Droits L'Union syndicale suisse (USS) juge insuffisante la réforme adoptée par le National visant à allonger le délai de prescription des victimes de l'amiante. Plus...

Victimes de l'amiante: 20 ans pour exiger réparation

Droits Le Conseil national s'est finalement rallié à la proposition du PLR, après un débat houleux sur une réforme visant à allonger et simplifier les délais de prescription. Plus...

Catastrophe sanitaire

La fibre qui provoque la mort depuis un siècle

1906 Premiers cas de fibrose respiratoire rapportés chez des ouvriers de filatures d’amiante en France et en Angleterre.
1939 Inscription de l’asbestose (fibrose du tissu pulmonaire,due à l’amiante, qui entraîne une insuffisance respiratoire chronique) sur la liste des maladies professionnelles en Suisse.
1960 Mésothéliomes (cancers de la plèvre) en Afrique du Sud chez des travailleurs de mines d’amiante.
1973 Classement de l’amiante comme substance cancérigène par l’Agence internationale de recherche sur le cancer (IARC).
1990 La Suisse interdit l’usage de l’amiante.
2013 Stephan Schmidheiny, ancien CEO des usines Eternit, est condamné à 18 ans de prison par le Tribunal de Turin (I)pour avoir provoqué une «catastrophe sanitaire
permanente». La condamnation sera annulée.
2014 La Cour européenne des droits de l’homme donne tort à la Suisse, estimant qu’une prescription de dix ans pour les maladies professionnelles est insuffisante.
2015 Le Conseil fédéral institue une table ronde pour indemniser les victimes, alors que 120 personnes meurent chaque année à cause de l’amiante.
2030 L’amiante aura tué jusqu’à 4500 personnes en Suisse, selon les projections de la Suva (caisse nationale en cas d’accidents).

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Grève des jeunes pour le climat
Plus...